Rapport de la commission Ouattara: De l’huile sur le feu !

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« Scandaleux et révisionniste ! », s’est indigné l’excellent Théophile Kouamouo (LNC N°586 du 13/08/12). C’est le moins qu’on puisse dire, du rapport de la Commission Nationale d’Enquête (CNE). À juste titre renommé par ce dernier, « Commission Ouattara ». A sa suite, permettons-nous – à notre tour – d’en dire deux ou trois mots. Car, croyez-nous, le jeu en vaut la chandelle.

Le rapport de la « Commission Ouattara », dans le fond comme dans la forme, ne nous en cachons pas, est carrément passé à côté de la plaque. Il a accouché d’une souris, diront certains. En effet, là où l’opinion nationale et internationale l’attendaient, il a préféré imiter l’éternel refrain du régime ouattariste: « ces sont les pro-Gbagbo ». Mieux, il constitue, au sortir de sa lecture, une grave menace pour la cohésion sociale. En d’autres termes, c’est de l’huile que cette commission vient de jeter sur le feu en Côte d’Ivoire. L’effet immédiat est de raviver, de plus belle, les foyers de tensions qui existaient déjà entre ivoiriens « pro-Gbagbo » et « pro-Ouattara ». Et pour cause…

Une fois de plus et ce n’est pas une surprise. Ceux qu’on aime à appeler « pro-Gbagbo », sont gravement mis en cause dans ce fabuleux rapport : « 1452 cas de violations du droit à la vie attribués aux forces pro-Gbagbo et 727 cas au FRCI (…) ». Ainsi, sur le total des crimes perpétrés durant cette crise post-électorale, les « pro-Gbagbo », se sont vus – c’est le cas de le dire – tailler la part du lion. Leurs adversaires directs, les « pro-Ouattara », eux, le sont – selon le rapport – à un degré moindre, voire insignifiant. Ce rapport aurait même pu omettre de mentionner les « crimes » perpétrés par les forces « pro-Ouattara », que cela n’aurait rien enlevé à son caractère scandaleux. D’ailleurs, les rédacteurs dudit rapport ont soigneusement – et volontairement – évité l’appellation « pro-Ouattara », s’agissant des militants du Rhdp, des rebelles issus des Forces Nouvelles, réunis sous le vocable « Frci » et leurs supplétifs les dozos, chasseurs d’animaux tout particuliers : les hommes. « Qui est fou ? », dira l’ivoirien. Cette « Commission » pouvait-elle se permettre de « salir » le nom de celui qui l’a mandaté ?

Les « pro-Gbagbo » », parlons-en

Qui sont-ils ? S’agit-il des seules FDS (forces de défenses et de sécurité) restées loyales à Laurent Gbagbo ? Des miliciens qui auraient combattu à leurs côtés, comme le stipule le rapport ? Ou uniquement des militants du Fpi ? Non. Absolument pas. Le contraire, c’est se tromper lourdement.

C’est le cas du régime ouattariste, lorsqu’il s’agit pour lui de désigner, ses adversaires (pour ne pas dire ses ennemis). Car  tous ceux qui sont et se sentent proches de Laurent Gbagbo, tous ceux et celles qui partagent ses idéaux et ses opinions, sans forcément militer dans un quelconque mouvement qui lui est proche. Tous ceux qui ont donné leur voix au candidat Laurent Gbagbo, lors de l’élection présidentielle de 2010, toutes ces personnes-là, sont des « pro-Gbagbo », c’est-à-dire proches de Laurent Gbagbo. Soit une large proportion d’ivoiriens. Il est donc malsain – pour la cohésion sociale et surtout pour la paix –  de persister dans cette voie qui consiste à vouloir, à tout prix « casser du Gbagbo ». C’est-à-dire, diaboliser, animaliser ceux qu’on appelle les « pro-Gbagbo », à tous les niveaux. Triste voie dans laquelle s’est inscrit monsieur Ouattara dès son accession au pouvoir. Renforçant ainsi, une certaine idée – sinon certaine – qu’il n’est que le président « reconnu par la communauté internationale » et aussi celui de ses seuls suiveurs. N’est-il pas, à ce jour, le président en exercice de son parti le RDR ?

Ainsi donc la politique du « tout, sauf Gbagbo », à laquelle vient s’ajouter ce rapport boiteux, foncièrement partisan, de la « Commission Ouattara », loin d’emprunter le chemin de la paix et de la réconciliation souhaitée, est une nouvelle douleur dans les plaies, déjà trop béantes de la fracture sociale en Côte d’Ivoire. Tant il travestit les faits et omet délibérément – pour le plaisir de son commanditaire – ce qui doit être, véritablement, dit et su.

Vive « les vainqueurs » !

Finalement, ce rapport annoncé et tant attendu, aura déçu. Notamment ceux qui croyaient dur comme fer au slogan « personne ne sera épargné » si bien chanté par monsieur Ouattara. Ses hommes à lui ont tué. Ce n’est plus un secret. De nombreux rapports d’ONG l’attestent. Seulement, la Commission a – volontairement – « mis de côté » les chiffres réels de leurs crimes et les endroits où ces crimes ont été perpétrés: Duékoué et ses environs – ville martyre – témoignage éloquent du génocide wê. Yopougon, la commune violée et violentée… Les « vainqueurs », une fois de plus viennent d’être consacrés, confirmés dans leur position « d’intouchables ».

Certains l’attendait impatiemment, ce rapport. D’autres avec beaucoup d’espoir. Nous, sans beaucoup d’enthousiasme, car au fait des  pratiques obscures du régime d’Abidjan. Tous, nous attendions ce rapport sur le terrain de la « réalité des faits » et de la vérité. La « Commission Ouattara », elle, a dribblé tout le monde. Mieux elle a jeté de l’huile sur le feu. « Sa » (monsieur Ouattara bien entendu), Commission a pondu « son » rapport. Pour se donner bonne conscience, pour faire bonne figure. Ce rapport, ce papier, tout juste bon pour l’emballage, est tout simplement nauséabond, à la limite révoltant, tant il travestit impudemment, volontairement les faits et consacre, une fois de plus, la justice des vainqueurs dans ce pays.

Cependant, étincelle dans la grisaille…, mais hélas (mille fois hélas), feu-Ibrahim Coulibaly et ses hommes du « commando invisible », au nombre des « pro-Ouattara » ont été, tout de même, cités. Pouvait-on autant en espérer des Chérif Ousmane, Fofié Kouakou, Koné Zakaria…, ces chefs de guerre connus et reconnus par tous pour leurs prouesses dans des crimes, les uns aussi crapuleux que les autres ?

Marc Miacael La Riposte

 

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