Ralliements politiques au Togo : Mon ethnie, mon ventre, pas ma conviction

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Le peuple éprouve bien du mal à se retrouver dans les agissements de la classe politique togolaise. Conséquence, on observe un certain désintérêt pour la chose politique. Une attitude préjudiciable pour la démocratie togolaise.

Ce à quoi l’on s’attend dans toute démocratie, c’est-à-dire l’alternance et les débats d’idées sur la vie politique et les grands enjeux de la société. L’engagement en politique est le signe que l’on a des idées à défendre. Et l’adversaire politique n’est pas un ennemi. Faire de la politique, c’est entrer et accepter les débats d’idées contradictoires, c’est savoir défendre les siennes sans porter atteinte à l’intégrité de l’adversaire. Car, l’homme politique, c’est celui qui a du respect pour ses adversaires. Autrement dit, lorsque les uns et les autres lancent des débats d’un très bas niveau, le peuple peut tout simplement en rire. Il n’y prête pas attention parce qu’il peut, lui, prendre de la hauteur par rapport à celui-ci.

Au Togo, la vie politique est marquée par les allers-retours, les défections de nos « hommes politiques ». Ces « péripéties » de la vie politique togolaise interviennent généralement avant et après la période électorale.

On se met à deux ou à trois pour démissionner d’un parti politique et regagner un autre. Parfois ce sont des meetings de ralliements qui sont administrés aux citoyens. Certains signeront le ralliement de toute une famille, de tout un canton et, pire de toute une ethnie. En réalité un non-événement. Des actes qui, ailleurs, feraient de leurs auteurs la risée de tout le pays. Sous nos cieux, cela paraît tout à fait normal.

Quand les avantages ne suivent plus, le navire prend l’eau de partout

L’adhésion à un parti politique devrait se faire par rapport au projet de société que propose ce regroupement. Mais, que constate-t-on ? A part la forme de l’Etat, ce qui distingue nos partis politiques, ce sont les individus qu’ils ont à leur tête. Qu’est-ce qui guide donc l’adhésion à un parti politique au Togo ? Le constat nous emmène à deux critères essentiels : les privilèges et avantages, et l’appartenance ethnique. Certains peuvent fondre les deux. Pour donner un cachet national à leur organisation, ceux qui créent les partis politiques au Togo ont pris le soin d’un saupoudrage de personnes d’origines diverses. La pratique est la suivante : un homme s’entoure de quelques inconditionnels auxquels il adjoint un sous-fifre qui ne serait qu’au protocole et pas plus, dans le parti de son ethnie. Un parti politique est créé qui vivra par lui et pour lui. Notre homme en sera la tête pensante et le principal pourvoyeur de fonds. Il décidera seul des orientations. Conséquence, on désigne les partis politiques non pas par leur sigle mais, par le nom du fondateur. Les partis dont la tête a changé, passent aux oubliettes justement à cause de cela. L’élément « étranger » du parti sera responsabilisé, mais l’instance de décision se trouvera ailleurs. Les décisions importantes se prendront en dehors de lui.

Excédé, il se tournera vers les siens, le parti de son ethnie, pour monnayer sa défection. Partir en faisant le maximum de bruit pour espérer avoir une place dans le nouveau parti ou dans son service. Ce qui n’est pas aujourd’hui donné à n’importe qui. Le parti d’adhésion se servira de cette belle trouvaille pour tenter de déstabiliser l’autre parti. Il y verra une preuve de son implantation nationale.

L’adhésion au parti au pouvoir par le canal de la presse

Aujourd’hui, beaucoup seront surpris s’ils relisaient les textes écrits de la main de certains d’entre eux il y a quelques années. A leur tour, ces nouveaux militants puisent dans les villes et les campagnes des jeunes issus de la même origine ethnique qu’eux. Ils pistonnent alors certains pour leur obtenir une intégration à la Fonction publique ou dans un projet, soutiennent d’autres lors des événements heureux ou malheureux. Lorsqu’ils se sont entourés d’une bonne dizaine de partisans, ils convoquent la presse, décident et proclament l’adhésion de tout leur village, leur canton, voire de leur ethnie au parti. Cette place à l’ombre se mérite par le nombre de personnes que l’on a autour de soi, ceux qui sont de la même région se livrent une guerre sans merci pour en être le chef de file politique. « Défenseurs » de celle-ci, ils négocient, des prébendes en son nom (établissements scolaires, château d’eau, centre de soins, etc.) qui sont pourtant des droits pour les populations. D’ou les expressions du genre, « aidez-moi pour que je vous aide ». Pire, les autres lettrés de la même origine, véritables empêcheurs de tourner en rond qui ne se rangent pas derrière eux, sont « combattus à mort ».

Du fait de la nécessité de réunir le plus grand monde possible autour de soi, cette clientèle politique se monnaie assez cher. Et, le seul moyen de faire face à ses charges, c’est de détourner, se laisser corrompre, faire toujours allégeance au parrain pour s’assurer de sa place. Ces pratiques poussent à la compromission qui conduit les gens pieds et poings liés entre les mains du parti, lequel peut les manipuler à sa guise.

Au Togo, aujourd’hui, le phénomène partisan est en passe de voler en éclats et cette tendance à vendre sa notabilité amène les gens à avoir des comportements de parti unique. Tout ce méli-mélo représente une menace grave pour l’expression plurielle et la démocratie dans le pays. Les cadres et intellectuels, les partis politiques de l’opposition devraient réfléchir à cette situation. Car, jusqu’à preuve du contraire, seul le RPT réfléchit aux stratégies et mène le bal. L’opposition se trouve confinée à exprimer des réactions, limitée qu’elle est dans ses capacités d’anticipation et de créativité. A défaut de conquérir le pouvoir par le sommet, elle devrait viser les communes et les collectivités décentralisées. Mais, de grâce, ne pas nous distraire au sujet de la prochaine présidentielle sans l’émergence d’un candidat unique.

Le mirage de juteux postes de responsabilité

L’émigrant qualifiera son ancien parti de regroupement ethnique et surtout son ancien chef de despote. Dans la presse, on lui accordera un traitement de choix quoique certains le fassent sur un ton ironique. Mais, là n’est pas l’important pour l’émigrant car, plus on fait du bruit autour, mieux c’est L’autre camp, celui qu’il vient de quitter, dans sa réplique, tiendra mordicus que son parti est démocratique, la preuve : ces allers et venues, ces défections et ralliements.

Il ne fait pas de doute que dans les prises de décisions aussi importantes que la conclusion d’alliances, le boycottage ou la participation aux consultations électorales, l’on ne fait ni recours au bureau exécutif, et moins encore aux organes de base. Mais, malgré cela certains départs paraissent trop opportunistes pour s’expliquer par ce seul manquement au sein de l’instance dirigeante.

Bien souvent, ceux qui s’offrent ainsi en spectacle sont des individus que l’on a à l’usure. La traversée du désert est souvent bonne conseillère surtout lorsqu’on vous a fait miroiter un poste de responsabilité. Les arguments avancés par ceux qui vont ou viennent sont toujours les mêmes et sont très peu convaincants. Il faut d’ailleurs suivre attentivement leur déclaration pour s’en convaincre. De plus, le fait de quitter tout parti pour ne faire son entrée que dans celui au pouvoir et à même de responsabiliser les gens le confirme. Ceux qui tenaient des propos acerbes vis-à-vis du parti au pouvoir se montrent très élogieux. Ils oublient peut-être que le peuple, lui, n’oublie pas. On a beau rechercher les changements dans le mode de gestion du pays qui expliquerait ce volte-face, on n’en trouve pas. On observe le même comportement lorsque des hommes politiques mis en disgrâce par le parti au pouvoir sont éjectés de leur poste de responsabilité. Cela ouvre les yeux et permet de se rendre compte que « le RPT a toujours mal géré le pays ». Se sacrifier pour ses idées, ne fait apparemment pas partie de notre vocabulaire politique.

Le plus grand bénéficiaire de ces migrations politiques est bel et bien le parti au pouvoir. Cela est vécu aujourd’hui, il le sera encore davantage demain quand viendra une autre réforme. Car seul le parti qui gouverne est en mesure de dispenser les honneurs et les avantages et de parrainer de fulgurantes ascensions sociales.

Le désintérêt pour la chose politique affiché justement par certains citoyens s’explique par la difficulté qu’ils ont à se retrouver dans ce micmac politique togolais. Ceux-là sont de plus en plus nombreux dans le monde associatif où l’engagement est jugé plus noble. Sur le terrain politique, la situation empire. Ce qui peut mettre en péril le processus démocratique en cours dans le pays. Mais le journaliste et homme politique français Charles Forbes de Montalembert l’a si bien dit : « Vous avez beau ne pas vous occuper de la politique, la politique s’occupe de vous ». A méditer donc !

La hantise de la géopolitique

Autre constante de la vie politique togolaise, c’est l’application subtile de la géopolitique. L’entrée dans un gouvernement ou les nominations à des postes de responsabilité suivent la même logique. Elles ne sont que rarement fonction de la compétence (critère souvent relégué à un second plan). Elles ne respectent pas la couleur politique mais, un subtil dosage géopolitique. Les populations y sont d’ailleurs très attentives lorsqu’un gouvernement se constitue ; on fait un décompte d’abord par rapport à l’appartenance politique pour mesurer le degré d’ouverture à l’opposition politique à laquelle le parti au pouvoir est lié par un accord, ensuite on repère le dosage géopolitique : combien y en a-t-il qui sont originaires du Nord, et combien sont du Sud ?

Le souci d’une discrimination positive à l’endroit des minorités ou des gens défavorisés peut être défendable. Mais au Togo, le système de gestion est pervertie, et ces allers et venues des hommes politiques ne les honore pas. Il y a lieu de s’en inquiéter.

Byalou Alfa-Toga

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