Racisme : L’homme noir est-il vraiment meilleur que l’homme blanc ?[Par Sidiki Aboubacar Wendin ZERBO]

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La mort de Georges Floyd aux Etats-Unis a suscité de vives tensions dans le monde, et réveillé avec beaucoup de passions le débat sur le racisme, l’esclavage, la colonisation et l’acceptation de l’autre. Dans cette réflexion de Sidiki Aboubacar Wendin Zerbo, sur ce sujet sous un angle africain, il conclut qu’en matière de racisme, l’homme Noir, qui est toujours victime, n’est pas au fond si meilleur que l’homme blanc.

La levée de boucliers engendrée par la mort de Georges FLOYD aux Etats Unis d’Amérique perdure, et la vague de protestations se poursuit dans plusieurs cités de la planète. Indignés à l’extrême par la vidéo odieuse de ce crime ; frustrés par le sempiternel excès de zèle létal dont fait preuve certains policiers américains lors des interpellations des afro-américains ; et foncièrement scandalisés par l’impassibilité du bourreau policier blanc face aux supplications et jérémiades de l’infortuné Georges, les protestataires tenaient mordicus à se faire entendre et obtenir l’assouplissement de certaines pratiques policières.

L’indignation se mondialisa, des marches de solidarité s’improvisèrent et une grogne spontanée émergea de plusieurs contrées d’Amérique, d’Asie, d’Europe et d’Afrique. Les manifestations observées dans certaines grandes villes africaines sont normales, légitimes et pertinentes. 

En revanche, ce tollé africain pour la mort de Georges FLOYD dénote le paradoxe de nous les ressortissants d’Afrique noire qui, à mon humble avis et sans prétention aucune, n’avons aucune leçon à donner à ce policier blanc et à cette Amérique blanche en matière de droit de l’Homme, d’intégration intra et inter communautaire, et de respect de la vie et de la dignité humaine. Ci-après, des exemples illustratifs et argumentatifs de l’affirmation susdénommée :

Les sud-africains noirs qui ont marché pour Georges FLOYD et contre le racisme et la ségrégation aux Etats Unis d’Amérique étaient-ils absents d’Afrique du Sud, où n’étaient-ils pas encore nés, quand il ya 03 ans, leurs compatriotes noirs traquaient et massacraient sauvagement d’autres noirs pour la simple raison qu’ils sont des « étrangers » et qu’ils sont venus en Afrique du Sud « voler le travail des autochtones ». Ces africains noirs, qui ont tué d’autres africains noirs dans un pays d’Afrique Noire valent-ils mieux que ce policier blanc qui a tué Georges FLOYD. Pour rappel : ces massacres furent brillamment exécutés dans la patrie d’un certain Madiba Nelson MANDELA.

Certains africains affirment haut et fort que l’Amérique Blanche est raciste, et préconisent le retour de tous les noirs dans leur berceau ancestral. Quand on considère que l’Amérique a accordé deux mandats présidentiels à Barack OBAMA, un afro-américain originaire du Kenya. Quand on considère que l’Amérique a permis au Général Colin POWELL et à Condoleezza RICE, deux afro-américains d’accéder au cercle fermé et restreint de l’élite gouvernementale américaine.

Quand on considère que l’Amérique a ouvert les portes de son joyau scientifico-technologique à savoir la NASA, à Cheick Modibo DIARRA, un afro-africain originaire du Mali, lui a permis d’y exceller et d’y faire valoir ses talents et compétences, lui permettant ainsi de faire honneur à tout le continent africain et à toute la race noire.

Au regard entre autres de toutes ces considérations, nous pouvons affirmer, n’en déplaise à quiconque et sans peur de représailles, que l’Afrique Noire n’est pas moins raciste que l’Amérique Blanche, puisque chez nous, certaines ethnies ou tribus n’ont pas droit de cité à la magistrature suprême ; nos élections ont des assises ethnicistes, tribalistes et régionalistes ; et l’égalité des chances pour accéder à nos institutions et établissements d’élites n’est pas une réalité, puisque leurs conditions d’accès ne sont pas toujours fondées sur le mérite, la valeur intrinsèque ou la compétence, mais selon des critères d’appartenance clanique, d’alliances familiales, de copinage et autres accointances impertinentes.

Par conséquent, avant de braquer nos narines vers l’Amérique pour sentir l’odeur de son racisme, qui est d’ailleurs une réalité, baissons simplement la tête pour constater la puanteur pestilentielle de notre tribalisme, régionalisme et xénophobie inter-africains.

Aussi, deux faits méritent d’être évoqués : premièrement, comme le dit ces deux adages du Burkina Faso, « la couleur blanche est plus jolie avec le mouton que la chèvre » et « les cornes sont plus assorties avec le taureau que le phacochère ». A ce propos, un policier blanc qui tue un noir aux Etats Unis d’Amérique est une scène odieuse, laide et criarde. Néanmoins, cette scène reste moins odieuse, laide et criarde que celle d’un homme noir d’Afrique Noire, qui tue copieusement un autre noir d’Afrique Noire, sur la terre d’Afrique Noire, pour des raisons ethniques, politiciennes ou foncières. Dans le même ordre d’idées, c’est méchant d’être traité de « sale nègre » à Paris, Madrid ou Londres ; ou de « singe » dans un stade de Milan, Nice ou Berlin.

Par contre, il est inhumain et inadmissible, franchement inadmissible, qu’un burkinabè soit traité de « bouky l’hyène » à Abidjan, ou qu’un congolais soit appelé « gniack, niack ou mauvaise herbe » à Dakar. Il n’y a rien de plus normal pour un africain noir de se faire contrôler les papiers en France, en Italie ou aux Etats Unis, mais c’est un crime de voir par exemple un voyageur malien se faire racketter et vider les poches par un policier burkinabè à la frontière Mali-Burkina Faso.

Par ailleurs, « si tous les blancs ne sont pas des diables, tous les noirs ne sont pas des anges », alors, quand des leaders de mouvements de défense de la cause noire appellent à s’insurger contre les discriminations, exactions et autres brimades contre des noirs, cela est noble et digne, mais insuffisant. Votre petit frère et serviteur, humble rédacteur de ces lignes pense que c’est pertinent de s’indigner contre le racisme et ambitionner promouvoir la dignité et la respectabilité de l’Homme Noir.

En revanche, il faudrait que dans le même temps, ces mêmes leaders d’opinion noirs sensibilisent et exhortent leurs frères noirs à arrêter d’être des braqueurs à Miami, des trafiquants de drogue à New York, des arracheurs de sacs de vieilles femmes blanches à Paris, et des voyous bruleurs de bus et de voitures dans les rues et banlieues de Marseille. Ces actes susmentionnés nous portent préjudice, nous dévalorisent et serviraient d’alibi ou même de sérieux justificatifs pour faire subir violemment aux noirs cette intolérance, cet irrespect et ce mépris que tous nous connaissons.

Enfin, ces leaders d’organisations et d’associations de défense de la cause des noirs doivent aussi inciter et motiver leurs frères noirs, surtout ceux d’Afrique Noire, à cesser de s’armer les uns contre les autres, de se torpiller, et piller les ressources et deniers publics de leur continent. Ils doivent conscientiser leurs frères d’Afrique Noire, en leur disant d’abandonner leur micro-nationalisme ridicule et insensé, leur concurrence inter-états africains nulle et absurde, et bien au contraire, à unir leurs forces, fédérer leurs atouts, intégrer leurs compétences, pallier aux manquements des uns par la force des autres, et surtout, à se mettre ardemment au travail au lieu de croiser les bras et toujours attendre tout de l’occident, qui sera ensuite traiter de raciste. Et ce, afin de vaincre la féroce et redoutable mondialisation, qui nous dépouille de toute notre essence, substance et quintessence africaine.

Les noirs d’Afrique doivent impérativement s’accepter tels qu’ils sont, aimer rester chez eux en Afrique et travailler à y créer les conditions et l’environnement propices à leur épanouissement, afin de se départir de cette obsession meurtrière à coûte que coûte aspirer à rejoindre une Europe saturée, et dont l’économie est en perte de vitesse.

Toutes ces bassesses et ignominies, tant qu’elles perdureront, exacerberont le mépris de l’occident blanc envers l’Afrique Noire et toute sa diaspora. Pour finir, si le Blanc n’est pas simple dans ses agissements, le Noir aussi n’est pas facile dans son comportement. Des efforts sont à faire des deux côtés.

Sidiki Aboubacar Wendin ZERBO
Spécialiste en Management de l’Achat International et en
Ingénierie Logistique.
Doctorant (PHD) en Management
[email protected]

Un commentaire

  1. Hors sujet.
    Les Noirs tués en Afrique dont vous parlez ne le sont pas parcequ’ils sont noirs.
    Les agressions intercommunautaires, des guerres tribales, des violences entre tribus, des nationalistes violents et autres, chaque coin du monde en connaît.

    Mais ici, il n’est question de se faire agressé, violenté ou de se faire tué parceque vous avez pris le travail de qui que se soit.
    Vous êtes tué à cause de votre couleur de peau.

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