Quand «la Solution» se dirige tout droit dans le mur

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Après les kalachnikovs, les chars et autres armes lourdes, place à une toute autre guerre en Côte d’Ivoire. C’est maintenant aux civils de s’affronter dans l’arène politique ivoirienne. Les hommes en treillis ont donc été relégués au second plan, même s’ils demeurent encore en embuscade, au cas où.

Dans cette bataille qui fait actuellement rage, chaque protagoniste y va de ses armes. Là où certains préconisent qu’il faille d’abord décrisper l’atmosphère socio-politique afin de créer un cadre propice aux projets de développement et au jeu politique, d’autres, dont monsieur Ouattara, préfèrent développer leur programme, fut-ce au mépris du désordre dans lequel lui et ses acolytes ont plongé ce pays.

Ainsi, à chacune des étapes de sa récente tournée en Asie et en Europe, monsieur Ouattara n’a cessé de mettre en avant son programme pendant que derrière lui en Côte d’Ivoire, des ivoiriens se faisaient massacrer à Nahibly. A Londres, lors d’une conférence de presse, il affirme: «Le pays a traversé une période très difficile et très angoissante. Vous le savez et je n’ai pas besoin de revenir là-dessus. Parce que c’est ouvrir des plaies et nous devons regarder vers l’avenir (…) Considérons que le passé est derrière nous». Comment regarder vers l’avenir quand les plaies dont il parle sont encore bé antes, même qu’elles n’ont jamais été couvertes comme il l’insinue ? Qu’appelle-t-il donc « le passé » ? Quand un an après, le rocambolesque scénario de sa prise du pouvoir et son corolaire de morts et de victimes sont encore vivaces dans tous les esprits ? Ces plaies dont souffre la Côte d’Ivoire, l’ivoirien lambda en sait bien quelque chose, car c’est lui qui vit au quotidien ses affres.

Après les massacres du camp des réfugiés de Nahibly, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, l’Onu-ci, indexée, n’a eu d’autre choix que d’ouvrir la boite de pandore pour se défendre. Dans la Résolution 2062 de son conseil de sécurité, l’organisation internationale met à nu ces plaies purulentes dont souffre actuellement la Côte d’Ivoire, mais que le régime d’Abidjan tente de cacher au reste du monde depuis plus d’un an.

En effet, le conseil de sécurité de l’Onu, par la voix de monsieur Bert Koenders, représentant spécial du secrétaire général des nations unies en Côte d’Ivoire, «prie instamment» – une manière assez polie de faire une injonction au régime de monsieur Ouattara – d’appliquer un certain nombre de mesures pour mettre fin au désordre qui agace énormément cette organisation. Cet agacement transparait très bien dans la Résolution expliquée par les soins de monsieur Koenders. On n’y trouve des termes qui mettent la pression sur Ouattara: «(…) le plus rapidement possible», «nécessité urgente de faire plus (…)», «(…) accélérer le processus», «prendre rapidement des mesures concrètes». Et le représentant spécial de conclure, pour souligner le caractère très particulier de cette Résolution adressée au régime de monsieur Ouattara: «Je pense que c’est quelque chose que nous n’avions pas vu encore, [cette] spécificité  dans la résolution du Conseil de sécurité». Les points que cette Résolution souligne sont, selon le terme de monsieur Koenders, «exprimé(s) très clairement». A sa lecture, on comprend bien que le conseil de sécurité remet en cause de la justice des vainqueurs pratiquée par le régime; qu’il insiste sur «la prévention et la répression des violences inter-communautaires» dont on commence à s’habituer; qu’il réclame «Des mesures concrètes à ces fins et d’aménager un espace politique à l’opposition». En d’autres termes, il s’agit de mettre un terme à la pensée unique, donc à la dictature; qu’il prie instamment les autorités ivoiriennes quant au problème l’insécurité, dont les conséquences ont pour nom arrestations arbitraires, tortures, braquages, exécutions sommaires, tirs sur les populations civiles, etc. Sans oublier le désarmement. Car des milliers de voyous ont été armés pour la prise du pouvoir de monsieur Ouattara. Aujourd’hui encore, ils n’ont ni été désarmés, ni démobilisés. Ils constituent ainsi une bombe à retardement pour la Côte d’Ivoire.

Toutes ces «plaies», monsieur Ouattara s’en détourne. Il ne veut pas les voir. Tant elles lui font honte: «je n’ai pas besoin de revenir là-dessus. Parce que c’est ouvrir des plaies (…)», affirme-t-il. Il préfère les ignorer et «regarder vers l’avenir», selon ses propres termes. Pour lui, tout ce qui compte, c’est de «faire de la Côte d’Ivoire la troisième puissance en Afrique». Durant toutes ses interventions, il n’a fait que parler de ce projet, aux fins de séduire son auditoire. Quel arracheur de dents!

Malgré tout, gardons la tête froide pour comprendre le passage en force qu’il s’entête à réaliser au cours de son mandat à la tête de ce pays. Un entêtement  qu’il risque de payer très cher.

Ce qu’il faut savoir en fait, c’est qu’un programme, si beau soit-il, a toutes les chances d’aboutir droit dans le mur, s’il ne tient pas compte des vraies réalités du terrain, des besoins de ceux pour lesquels il est mis en œuvre. «Les 12 chantiers de l’éléphant d’Afrique » initiés par monsieur Konan Bédié, étaient prometteurs en soi, mais ils ont été stoppé net par un coup d’Etat. «La Refondation» de Laurent Gbagbo, tout aussi plein d’espoir, a été perturbée par les spécialistes en «pays ingouvernables».

Une autre raison pour laquelle monsieur Ouattara tend à éluder les problèmes cruciaux de l’heure est que, c’est bien lui et ses différents soutiens qui ont créé la situation  chaotique que vit, en ce moment, la Côte d’Ivoire. Mieux, cette situation qui s’aggrave d’avantage, malgré sa présence au pouvoir, montre bien qu’il est incapable d’y apporter des solutions idoines. En réalité, monsieur Ouattara ne maîtrise rien sur le terrain. Il ne maitrise ni ses suiveurs, ni son armée d’analphabètes notoires que sont les Frci et leurs supplétifs, les dozos. Tout son «mielleux» programme cache en définitive, son incapacité à ramener la Côte d’Ivoire sur la voie de la stabilité.

Par ailleurs, quel mérite a-t-il à mettre en œuvre un programme de développement dans un pays qui regorge déjà d’énormes potentialités, tant au niveau des ressources naturelles que humaines ? L’essentiel aujourd’hui, dans cette Côte d’Ivoire défigurée, ne réside donc pas dans la réussite d’un quelconque projet, mais bien sûr, dans sa capacité à rassembler, à ramener la confiance et à réconcilier durablement les ivoiriens. Car ce pays est plus que jamais, à la recherche de sa dignité perdue, de son identité à retrouver et de sa cohésion à consolider. Les ivoiriens ont besoin d’être rassurés. Ils ont besoin de savoir que leurs terres, leurs richesses, bref, leur pays, ne sera pas «vendu» aux premiers prédateurs qui eux, ne se préoccupent que de leurs intérêts. Des prédateurs qui s’en fichent pas mal de savoir si les ivoiriens sont réconciliés ou pas, ou bien massacrés pour préserver leurs intérêts.

Les ivoiriens ont donc besoin d’un véritable chef qui les conduit certes sur le chemin du progrès économique, mais en les respectant, c’est-à-dire en sauvegardant leur dignité et en préservant leurs intérêts. C’est cela, la richesse dans la dignité. Sinon, pour qui sont les beaux projets de monsieur «la Solution» s’il ignore royalement leurs souffrances et leurs aspirations réelles? Ainsi, tant qu’il demeurera aux antipodes des réalités que vivent ces ivoiriens, loin de leurs aspirations profondes, la voie royale qui mène tout droit au mur lui est ouverte.

Marc Micael La Riposte

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