Présidentielles 2010: Le processus électoral gravement saboté

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Les kits électoraux mis à la disposition de la CENI pour servir à la révision électorale ne sont pas adaptés. Dans un rapport remis au ministre d’Etat Pascal Bodjona en charge de l’administration territoriale, de la décentralisation et des collectivités locales, la CENI a émis de « sérieux doutes sur la compétence de la société ZETES et sa capacité à accompagner convenablement la CENI tout au long de ses travaux »

La CENI a demandé à ce que le « gouvernement prenneles dispositions pour que la société ZETES assume pleinement ses responsabilités vis-à-vis du processus électoral en cours». Pour information, ZETES est la société belge ayant travaillé avec le gouvernement et la CENI pour l’organisation des législatives d’octobre 2007. ZETES avait déjà travaillé avec le Congo-Kinshasa dont les kits électoraux ont servi, après adaptation, au Togo. Pour cette élection, le ministre Bodjona a préféré des kits électoraux neufs.

Le rapport met en cause ZETES, fournisseur et prestataire principal, sur toute la ligne en ce qui concerne la révision des listes électorales, de la formation des opérateurs de saisie jusqu’à l’état des 1275 kits électoraux dont plus de la moitié étaient défectueux et n’ont jamais pu être réparés.

« La formation des formateurs des OPS [opérateurs de saisie, note de la rédaction], activité capitale pour la réussite de la révision électorale, s’est déroulée les 16 et 17 novembre 2009 ; la CENI constate que cette formation s’est faite avec légèreté de sorte qu’elle devait être complétée», dit le rapport. Plus loin, le rapport souligne que «certains formateurs choisis par ZETES pour donner la formation aux formateurs des OPS, ont un niveau plus bas que celui des apprenants qui avaient exercé déjà la fonction en 2007». Pour l’histoire, le gouvernement avait publié un communiqué interdisant aux fonctionnaires de l’Etat togolais de collaborer avec la CENI, sous prétexte de permettre aux chômeurs de trouver des emplois dans le cadre des opérations électorales liées à la présidentielle. Or, en 2007 une forte majorité des techniciens de la CENI étaient des fonctionnaires de l’Etat. En choisissant de prendre des techniciens novices donc peu expérimentés avec les kits électoraux de ZETES, le ministre Bodjona a choisi délibérément de bâcler la phase opérationnelle de la révision électorale.

La partie du rapport mettant en cause les kits électoraux est encore plus scandaleuse:

«Les travaux de reconditionnement ont révélé l’absence, sur les kits, de plusieurs composants ou matériels nécessaires au bon fonctionnement de plus de la moitié des kits ; les caractéristiques électriques des kits n’étaient pas aux normes, les diodes intervenant dans l’alimentation des kits fondent après un certain temps de fonctionnement ; les imprimantes connaissent également quelques difficultés», indique le rapport.
Lors d’une réunion avec la CENI le 19 novembre, ZETES a fait
comprendre que «conformément à la demande du gouvernement, le logiciel installé sur les kits est destiné au recensement, comme en 2007, et non à la révision des listes électorales ; en effet les fonctionnalités et les spécifications exigées par la CENI, dans le cadre d’une révision électorale, ne sont pas prises en compte par le logiciel.»

Le 23 novembre, La CENI demande à ZETES d’accélérer le
reconditionnement des kits pour la formation des formateurs des OPS.
Le 26 novembre, stupeur : «sur les 120 kits destinés au recyclage des formateurs, 96 n’étaient pas fonctionnels en raison de la non-activation du système d’exploitation Windows ; le recyclage n’a démarré qu’à 14 heures et une journée supplémentaire (le 28 novembre) y a été consacrée », souligne le rapport.

ZETES éprouve visiblement des difficultés d’ordre techniques à
intégrer les fonctionnalités, spécifications et modifications
demandées par la CENI. Les opérations électorales ont commencé le 14 novembre, à deux semaines de cette date, la CENI n’était pas encore prête. Voici l’état de la situation des matériels mis en exergue par la CENI à la date du 28 novembre : 495 kits opérationnels à 100%, 480 kits utilisables sans jauge de la batterie ni de la sonde de température ; 23 kits n’ont pas de scanner ; 231 kits n’ont pas de camera ; 1 kit n’a ni scanner ni camera ; 45 kits sont totalement à revoir par les techniciens de ZETES.

Les kits électoraux ont été commandés par le gouvernement et les contrats signés par le ministre Bodjona en charge des élections au niveau du gouvernement. Pourquoi le ministre n’a-t-il pas vérifié l’état des kits avant leur remise à la CENI ? Y aurait-il un laisser-aller de sa part ? Il serait vain de répondre à cette
question. Il est fort probable que le ministre a voulu tout simplement saboter le processus électoral. Dans l’entourage de Kofi Yamgnane, on dit que les conseillers du candidat indépendant avaient contacté l’opposition et leur avait suggéré que la CENI commande elle-même les kits électoraux ou dans le cas échéant qu’on reprenne les kits de la RDC utilisée pendant les législatives 2007. Les ministres CDPA au gouvernement
auraient également attirés l’attention de l’opposition sur la question.

La réaction du ministre Bodjona

A la lecture du rapport de la CENI, le ministre Bodjona écrit au
président de la CENI : « après avoir échangé sur le sujet avec les
représentants de [ZETES] je crois percevoir qu’il y a des
incompréhensions qui nécessitent d’être clarifiées .»

Il demande une séance de travail entre la CENI, ZETES et
le gouvernement le 04 décembre. Dix jours plus tard, le 14 décembre, le processus démarre sans que les manquements techniques relevés par la CENI ne soient revus et corrigés. Comme on le verra par la suite dans les zones élues pour les opérations : panne des groupes électrogènes, des kits électoraux qui déglinguent, des imprimantes qui ne fonctionnent pas.

Mais en plus de cela, il faut aussi relever le manque de publicité du recensement et la non-sensibilisation des populations. Résultat : un recensement électoral déficient.
L’opposition CAR/UFC qui a toujours protesté depuis le début du
processus électoral, menace de se retirer en demandant à ses membres de démissionner de la CENI.
Tout comme en 2005 à la mort du général Eyadema, les Togolais font un remake d’un processus électoral qui semble aller vers le chaos.
Gageons que les protagonistes et notamment Faure Gnassingbé, sauront raison garder pour conduire les populations vers des élections paisibles.

La présidentielle togolaise aura lieu le 28 février prochain. Celle de 2005 avait fait 400 à 500 morts, selon le Haut commissariat des nations unies aux droits de l’homme.

 

(mo5-togo.com)
 

 
 

 

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