Présidentielle togolaise: l’opposition dit non au K.-O.

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La présidentielle togolaise, prévue pour le 28 février 2010, va-t-elle elle aussi commencer à s’éloigner comme une ligne d’horizon au fur et à mesure que l’on s’en approche ?
Comme c’est le cas en Côte d’ Ivoire où l’élection a été repoussée à maintes reprises ? L’interrogation est d’autant légitime avec les derniers remous politiques relatifs à une disposition de la Constitution de ce pays qui a fait l’objet de discussions entre les acteurs politiques à Ouagadougou, sous l’égide du chef de l’Etat burkinabè, Blaise Compaoré, facilitateur du dialogue intertogolais.
Le point de discorde entre les acteurs politiques : « Le scrutin uninominal majoritaire à un tour », suivant la loi fondamentale, qui permet d’élire le président de la République « à la majorité des suffrages exprimés ». En tout cas, depuis le mardi 17 novembre 2009, les deux principaux partis de l’opposition togolaise, l’Union des forces de changement (UFC) de Gilchrist Olympio et le Comité d’action pour le renouveau (CAR) de Yawovi Agboyibo, donnent encore de la voix.

Menaçant de boycotter la présidentielle si elle ne se déroule pas à deux tours, ils en ont appelé à la mobilisation des forces vives du Togo pour refuser le scrutin uninominal majoritaire à un tour comme le dispose la Constitution du pays, modifiée en 2002. Que de boulot pour le facilitateur du dialogue intertogolais, Blaise Compaoré ! En tout cas, les obstacles sont toujours là, et on a l’impression que chaque fois qu’un problème est réglé, il se dresse d’autres sur le chemin du processus de paix au Togo.

L’exigence du mode de scrutin à deux tours pour la tenue de la présidentielle en est une autre équation à plusieurs inconnues que Blaise Compaoré, le docteur ès facilitations, doit s’atteler à résoudre. Il est indéniable que la revendication de l’opposition togolaise est légitime. C’est le lieu de le souligner avec force, car partout où il y a eu un scrutin à un tour, les candidats aux affaires sont toujours passés.

Le cas récent d’Ali Bongo au Gabon en est illustratif, avec seulement 41,79% des suffrages devant ses deux principaux challengers que sont Pierre Mamboundou (25,64) et Mba Obame (25,22). Le fils d’Omar Bongo a donc été élu sans avoir gagné en réalité le scrutin, parce que ses adversaires réunis comptaient plus de 50%. La revendication de l’opposition togolaise, reconnaissons-le, est assez importante.

Quels que soient les qualificatifs positifs qu’on collera à la présidentielle – candidature unique, élections transparentes, etc. – si le mode de scrutin est à un tour, il ne faut pas se faire d’illusions, Faure Gnassingbé ne manquera pas du minimum électoral pour remporter l’élection. Il y a donc un blocage certain et le facilitateur, après la Côte d’Ivoire et la Guinée, va devoir mettre la main dans le cambouis pour dénouer la situation. La question qu’on peut se poser, c’est de savoir si la majorité va lâcher du lest.

Dans tous les cas, à moins de choisir de se faire hara-kiri, l’opposition, qui a eu la preuve de sa force aux législatives passées en réunissant ensemble 1 059 725 des suffrages contre 922 636 au RPT, parti au pouvoir, ne peut pas s’amuser à admettre ce genre de concessions. C’est accepter le coup K.-O., comme c’était le cas sous Gnassingbé père.

Hamidou Ouédraogo

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