Pourquoi la France tarde à féliciter Faure Gnassingbé

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Faure Gnassingbé espérait effacer, à la faveur du scrutin présidentiel du 4 mars, le péché originel qui entacha, cinq ans auparavant, son accession au pouvoir. L’absolution attendra : Une analyse de Vincent Hugeux.

La victoire de Faure Gnassingbé, le président sortant du Togo, est contestée par l’opposition. Mais pas seulement. L’Union européenne a constaté des fraudes ; et la France, d’ordinaire prompte à avaliser la reconduction de ses poulains, s’abstenait encore, le 9 mars, de reconnaître celle du président réélu selon les estimations de la commission électorale nationale.

Certes, le président sortant ne doit pas, cette fois, son sceptre à un diktat des officiers nordistes, comme ce fut le cas en 2005, au lendemain du décès de son père, Gnassingbé Eyadéma, seul maître à bord du rafiot togolais trente-huit années durant.

Certes, son élection, quoique sujette à caution, n’aura pas donné lieu, cette fois, à un festival de fraudes éhontées.

Certes, la répression de la colère des électeurs floués n’a pas, en 2010, viré au carnage ; nul doute que le souvenir de l’hécatombe du printemps 2005 – un demi-millier de tués – aura réfréné l’ardeur des partisans de Jean-Pierre Fabre, candidat de l’Union des forces de changement (UFC), officiellement crédité d’à peine 34% des suffrages, contre près de 61% à « Faure ».

Il n’empêche. La victoire de ce dernier ne manquera pas d’attiser l’amertume, notamment à Lomé, la capitale, acquise à l’opposition. D’autant que les observateurs de l’Union européenne – qui a assuré le financement du rituel électoral – ont dénoncé divers manquements.

Passons sur l’inégalité de traitement entre les prétendants. Le champion du Rassemblement du peuple togolais (RPT), l’ex-parti unique, a bénéficié des moyens de l’appareil d’Etat et des faveurs des médias publics.

Mais il y a plus troublant : la défaillance du dispositif d’acheminement des résultats locaux vers la Commission nationale. Çà et là, il a fallu substituer à la connexion Internet par satellite, censée garantir la fiabilité du procédé, une bonne vieille transmission manuelle. Un indice de la gêne que suscite ce scrutin.. ?

Vincent Hugeux

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