Plus la peau est noire, et moins grande est l’espérance…

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Connaissez-vous bien le PAIGC ? C’est le Parti Africain de l’Indépendance de la Guinée et du Cap Vert. Ce parti politique (ou mouvement) a prôné la lutte armée pour venir à bout de la puissance coloniale portugaise.
L’entité était composée de la Guinée (capitale, Bissau) et du Cap Vert (capitale, Praia) et les dirigeants de cette colonie portugaise avait pour chef nationaliste et charismatique, le grand combattant AMILCAR  CABRAL. Le pays obtient l’Indépendance le 10 Septembre 1974 puis se scinda en 1980 en ses deux sous entités : Guinée Bissau et le CAP VERT. Les deux pays indépendants ont deux particularités : le premier est habité par une majorité de Noirs et le second par une majorité de « Blanchâtres » (métisses de 1er, 2e et 3e degré et « des blancs résiduels », vestiges des anciens colons…

Ma première grande mission d’Agent Secret s’est déroulée en Guinée Conakry, un jour de Noël, le 25 Décembre 1971, où j’ai rencontré SEKOU TOURE et AMILCAR CABRAL, le leader du PAIGC qui avait son quartier général sécurisé à Conakry.

Le 23 Décembre 1971, l’étudiant en Médecine que j’étais, prit le train à Dakar, à 19H, pour Bamako avec, cousu dans la doublure de ma veste, un message écrit de mes employeurs pour le Président SEKOU TOURE. Nous arrivâmes à Bamako à 7H 23 minutes, ce matin de Noël1971. Un membre de l’Ambassade de Guinée à Bamako me prit en charge et, à 10H30, nous décollâmes de l’aéroport international de Bamako, pour Conakry, à bord de l’avion régulier d’Air Mali d’alors. Je fus reçu par le Président SEKOU TOURE à 13 heures, lequel m’entraîna aussitôt dans la salle à manger où se tenaient une demi douzaine de convives. Nous déjeunâmes en silence avec du riz du pays et sauce d’arrachide-poulet, et comme boisson… de l’eau plate. J’étais très surpris de cette atmosphère austère, puis je me rappelai que SEKOU TOURE était un musulman pratiquant. Après le repas, il m’invita dans son bureau et nous nous enfermâmes à trois (le Secrétaire Général de la Présidence nous a rejoint). Je lui débitai mon laiüs et sollicitai une entrevue d’urgence avec AMILCAR CABRAL. Avec son regard perçant de fauve assoiffé de sang, je me dis que si ce dictateur sanguinaire n’a pas cru à mon histoire, j’était fichu, parce qu’il allait me jeter dans une cellule du camp BOIRO et finies mes carrières d’étudiant en Médecine et d’Agent Secret ! SEKOU TOURE me crut, mais me cuisina pendant au moins une heure.
A 16heures, je fus introduit dans le quartier général du Secrétaire Général du PAIGC, Mr AMILCAR CABRAL.

Je vouais une admiration sans bornes pour ce combattant courageux, intelligent et pragmatique et beaucoup d’étudiants de ma génération avaient, comme moi, sa photo collée sur le mur de leur chambre d’étudiant. Il me regarda avec des yeux malicieux et me demanda :

– « Combien de combattants pouvez-vous nous fournir ?
Je lui répondis
– « Soixante dix à quatre vingt ! »
– « Parfait, parfait.. » me dit-il …

 Mais je n’étais pas chez lui pour lui parler de combattants, mais de sa propre sécurité. Le but réel de ma mission en Guinée était de lui annoncer que le PIDE (le principal Service de Renseignement Portugais) allait l’assassiner bientôt et que des proches de son mouvement étaient dans le coup ! Comme quarte de ses collaborateurs étaient avec lui lors de l’audience, j’appliquai les consignes que mes employeurs m’avaient données : j’entonnai une chanson qu’on m’avait apprise et qui était une berceuse que sa mère lui chantait dans son enfance. AMILCAR  CABRAL fronça les sourcils, se leva, me prit par la main et nous sortâmes seuls dans le jardin, en fredonnant en duo la chanson. Je lui transmis rapidement le message, dehors, puis nous rejoignâmes ses quatre collaborateurs, toujours vissés sur leurs fauteuil !

Je quittai Conakry le 27 décembre, toujours par Air Mali, pour Bamako, puis rejoignis Dakar soixante douze heures plus tard…

AMILCAR CABRAL fut quand même assassiné quelques mois plus tard, en 1973, lors d’une opération militaire de grande envergure, avec aviation, bateaux de guerre, hélicoptères etc. Ce raid massif causa la mort de plus de deux cents personnes et  SEKOU TOURE profita de l’aubaine pour liquider une centaine d’opposants ou de supposés tels à son régime…

Le frère d’AMILCAR CABRAL, Luis CABRAL, succéda à son frère à la  présidence du PAIGC en 1973 et de l’Etat indépendant en 1974. Il fut déposé par un coup d’Etat militaire, le 14 Novembre 1980, alors que le pays faisait ses premiers pas de nation indépendante.
Dès lors, les Métisses et les « Blancs résiduels » décidèrent de se séparer des Nègres, qui choisirent de rester à Bissau, tandis que les frères de Luis et AMILCAR CABRAL rejoignirent Praia…

Aujourd’hui, le Cap Vert est un modèle de démocratie et d’initiative de développement prometteur, mais la Guinée Bissau est devenu un état nacro-traficant où les Nègres crèvent de faim et se shootent à la Cocaïne et au crack Guinée Bissau, la honte du Continent noir ! L’espérance de vie ne dépasse pas 45ans pour les femmes et 43 ans pour les hommes. Le pays est devenu un ghetto à ciel ouvert, la jeunesse se meurt, les officiers sont devenus des trafiquants de drogue et des consommateurs de stupéfiants, avec une violence inouïe. Le Président Bernardo Niño VIERA a été assassiné dans son lit, puis les tueurs font bouillir son cœur et… le mangent, en se soûlant à mort ! Très récemment, Mr Carlos GOMEZ Junior, le premier Ministre et candidat placé en tête du premier tour, lors de la dernière présidentielle, a vu son domicile éventré par des tirs de roquettes et même d’obus ! Coups d’Etat sur coups d’Etat, assassinats sur assassinats, l’Etat Bissau guinéen est en déliquescence morbide.

AMILCAR CABRAL, que tu dois te trouver mal dans ta tombe aujourd’hui ! Il t’aurait fallu mieux lutter pour l’Indépendance du Cap Vert seulement et laisser les Nègres se débrouiller seuls ! Tu serais aussi sûrement assassiné, mais en observant du fond de ta sépulture le Cap Vert d’aujourd’hui, tu serais fier de tes héritiers. Tu m’avais dit cette phrase, prémonitoire, lorsque je prenais congé de toi, à 17H 42min, ce 25 Décembre 1971 :

« Jeune homme, prends garde à toi, jeune homme, nous, nous sommes des sacrifiés, mais, si nous perdons l’espoir avec vous, nous perdons tout ! »

Repose en paix, grand combattant, au moins le Cap Vert fait son petit bonhomme de chemin, vers l’espoir !

Pour clore ce chapitre sur le PAIGC, nous vous livrons cette prière terrifiante qu’un prêtre portugais, qui a officié longtemps à Bissau, avant de rejoindre son Portugal natal, a faite :

« Mon Dieu, si vous devez détruire le monde pour une seconde fois, commencez par la Guinée Bissau !»

Personnellement, je pense que la seule solution pour éviter que la Guinée Bissau ne meurt pour de bon, c’est de la mettre sous tutelle de l’ONU avec un Administrateur élu par l’ONU. Il faudrait auparavant faire un blocus naval et aérien du pays par une force internationale des Nations Unies, désarmer tous les militaires Bissau guinéens actuels. Au bout de deux ans de tutelle, des élections auront lieu, sous supervision onusienne et une nouvelle armée naîtra au bout de ses deux ans, encadrée par les Nations Unies pendant cinq ans. Il faut que la communauté internationale pense enfin au développement de ce pays, si les Bissau guinéens eux-mêmes n’en sont pas capables…

Une autre entité qui ressemble, par la forme, mais pas par le fond à la Guinée Bissau et au Cap Vert est la double sous entité HAÏTI et SAINT- Dominique. Seule entité avant leur indépendance, Haïti obtient l’indépendance en 1884. Cela fait 128ans !…
             
Et Haïti est le plus pauvre pays au monde aujourd’hui. A côté, Saint- Domingue a meilleure mine, et c’est un spectacle de voir des milliers d’ouvriers agricoles haïtiens en train de couper la canne à sucre dans les champs de gros propriétaires terriens de Saint- Domingue. Ils sont maltraités comme des esclaves (ce qu’ils étaient auparavant pour la grande majorité) et doivent avoir un visa pour aller dans cet enfer de Saint Domingue, mais ils y vont par dizaines de milliers. Haïti, la superbe île maudite ravagée par les cyclones, les tremblements de terre, la famine, le SIDA, et la terreur de leurs dirigeants, alors que St- Domingue où il y a plus de « peau claire » (Métisses et Blancs) fait office de paradis pour les pauvres nègres haïtiens…
    
Haïti aurait pu être aussi presque un paradis, mais, depuis Toussaint Louverture, ce peuple n’a connu que des dictateurs diaboliques, civils et militaires, qui ont transformé tout le pays en ghetto..
Des dirigeants, il y en a eu, des médecins, des militaires, des prêtres, tous plus fous les uns que les autres. C’est Duvalier, élu président avec plus de 70% des voix de ses compatriotes, et médecin très populaire avant son arrivée à la Présidence. Il avait découvert un remède contre le PIAN, une maladie contagieuse endémique qui ravagea l’Ile. Devenu Président, il devient Papa Doc, crée les Tontons Macoutes, un redoutable escadron de la mort qui assassinait à volonté et emprisonnait tous les opposants à Papa Doc. Celui-ci transforma Haïti en prison à ciel ouvert et en cimetière surdimensionné. A sa mort, son fils lui succéda. Lui n’avait même pas de diplômes et ce poupon maudit fit connaître à son peuple les pires privations que les peuples peuvent connaître.

Il se fait illustrer par l’organisation de fêtes grandioses au Palais, avec réfrigération des salles de fête, pour que sa femme Micheline et ses dames du jet set haïtien puissent porter des fourrures de vision… Tandis que l’électricité fait défaut dans la capitale, Port- aux-Princes. Pourtant, une simple politique touristique efficiente aurait pu faire vivre décemment les Haïtiens… Ceux-ci crurent à un messie, quand ils virent arriver un curé qui fustige la misère, les inégalités sociales, la pauvreté extrême, la corruption à échelle inimaginable. Les pauvres haïtiens l’élirent  Président. ARISTIDE devient pire que le Vaudou même !

C’était le Diable en personne. Un pays qui attend Dieu et qui reçoit le Vodou…

L’entité Soudan est habitée par des Noirs à la peau très noire et par des Noirs à la  peau un peu plus claire, arabophones, mains ce « melting pot cutané » n’a pas apporté le bonheur au peuple soudanais. Voilà un peuple que Dieu bénit, en quelque sorte, en lui octroyant des gisements importants de pétrole, mais les « negroarabo » n’ont rien compris. Ils prennent l’argent du pétrole pour … acheter des armes pour se tuer, au lieu de profiter de la manne pétrolière pour se développer, comme les Saoudiens par exemple. Lors d’une conférence internationale des ministres africains et asiatiques de la Santé avec les bailleurs de fonds, au début des années 1992, j’ai eu le privilège de visiter l’hôpital Universitaire de RYAD. Le guide nous a expliqué que l’Université principale de RYAD a été la plus chère au monde en son temps, puisqu’elle avait coûté la bagatelle de six (6) milliards de dollars !  Et c’est un bijou. Nous avions été ébloui par le Centre Hospitalier Universitaire, où nous avions rencontré et discuté avec une chirurgienne saoudienne (chirurgie à cœur ouvert, excusez du peu !), de 35ans, formée aux Etats-Unis. Voilà ce que font les Saoudiens de leur pétrole. Les nègres soudanais, eux, bombardent leurs installations pétrolières, en attendant que des Blancs viennent les leur réparer à un prix exorbitant. C’est le destin des nègres du Nigeria, du Congo Brazzaville, du Gabon, de l’Angola, du Tchad, gros producteurs d’or noir, mais dont les peuples croupissent dans la misère.

Et que dire de l’autre Congo, non producteur de pétrole, mais regorgeant tellement de métaux (dont beaucoup de précieux métaux) mais qui vient d’être classé dernier au monde, pour l’Indice Humain de Développement (IDH) ? Mobutu et les prédateurs sont passés par là, laissant un pays exsangue. Et que dire de la Guinée Conakry, un autre « scandale géologique » dont la population a trimé, et trime encore, comme pas possible. SEKOU TOURE et LANSANA CONTE sont passés par là, et ont laissé le désespoir sur les monts Fouta Djallon, ou prennent source, les plus grands fleuves de l’Afrique Occidentale !

La peau noire est-elle une marque indélébile de malédiction, ou n’avons-nous pas pris la mesure de l’enjeu que constitue l’indépendance de nos pays ?

Par Dr David IHOU, Ancien Ministre de la Santé et de la Population. Consultant en géopolitique et stratégique sécuritaire.                                                                                     

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