Nadim Kalife : La gestion de nos finances publiques et les pratiques de notre justice, voila les problèmes du Togo

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Golfe.info : Quel regard portez-vous sur la situation économique actuelle du Togo ?

Michel Kalife Nadim : Depuis la fin de l’année dernière (2011), je n’ai pas lu les statistiques économiques concernant notre pays. Mais je constate, au vu de mes enquêtes personnelles auprès de mes amis opérateurs économiques, que le niveau des activités ne s’accroit pas et qu’il a plutôt tendance à décliner avec des marges plutôt négatives, ce qui cause désolation et désespoir chez les opérateurs économiques qui ne bénéficient pas de soutien particulier auprès d’un baron « à long bras »…
Aussi, l’annonce d’une croissance de 4,5% en 2012, annoncée bruyamment par certains représentants du pouvoir, ne se ressent guère pour l’instant, dans la population courante.

 Cela me désole profondément pour le peuple togolais qui semblait croire au nouveau message d’espérance et de renaissance, que les animateurs du nouveau parti « UNIR » ont déversé tous azimuts. Aussi, le questionnement des observateurs avisés est-il de savoir qui « UNIR » va pouvoir réunir en dehors du cercle des jeunes « RPTistes » et des amis de Faure, ceux-là   mêmes qui l’ont encouragé à créer ce nouveau parti en vue de pouvoir établir son propre règne et se démarquer du « Père » en effaçant sa mémoire omniprésente dans l’appellation du « RPT », dont la très mauvaise gouvernance couvre 30 ans, de 1975 à 2005. Et Faure doit absolument réussir à convaincre, en dehors du grand tapage médiatique qui apparaît comme purement partisan et sans convictions, s’il veut éviter que cette mutation du RPT en UNIR ne finisse par un non événement à l’épreuve des dures réalités sociales togolaises. C’est donc un énorme pari politique que s’est donné FAURE, sans peut-être en avoir mesuré l’ampleur et la nécessité absolue de changer de politique pour faire ressentir dans chaque foyer togolais une nette amélioration de ses conditions de vie. C’est donc un vrai challenge pour sa prochaine gouvernance. Il lui faudra se pencher concrètement et par lui-même sur les vrais problèmes des Togolais dans leur diversité, en allant à leur rencontre pour discuter sérieusement avec eux, s’il veut le vrai changement par lui-même, sinon c’est le vrai changement qui finira par l’emporter, comme l’a si bien dit la candidate de la CDPA, Mme Adjamagbo-Johnson, au cours d’un récent débat télévisé, houleux, avec le ministre Pascal Bodjona représentant le Président Faure. Ce n’est donc pas si facile…

Et si Faure ne prend pas ces problèmes à bras le corps avec le souci de justice sociale, les observateurs politiques seront amenés à admettre la raillerie de Me Apévon, Président du CAR, disant que le parti UNIR n’est que la nouvelle robe bleue de Dame RPT, enlaidie avec sa vieille robe décousue,  mais sans réelle volonté de changement au service du peuple togolais.

Justement, M. Kalife, quel est le fond de nos problèmes économiques au plan local ?

C’est avant tout la gestion de nos finances publiques et les pratiques de notre justice, qui se répercutent sur une très mauvaise répartition de nos richesses nationales ainsi que des fruits de la croissance économique annuelle. Cela se retrouve dans une répartition très inégale des revenus entre les diverses composantes de la population togolaise, dont les deux tiers vivent en dessous du seuil de pauvreté avec un revenu par tête inférieur à 1 euro par jour, soit 650 FCFA par jour pour s’alimenter, s’habiller, se soigner, se transporter au travail et se loger en zone rurale. En dessous de ce revenu quotidien moyen en zone rurale, on dit que l’on vit en dessous du seuil de pauvreté, en zone rurale, alors qu’en zone urbaine de Lomé, ce seuil de pauvreté extrême est fixé à 1.000 FCFA par jour.

En fait, la répartition des richesses créées chaque année par notre croissance économique nationale, affichée dans les statistiques annuelles de la Banque Mondiale, n’est pas juste : elle ne profite pas à l’ensemble des citoyens. Cela signifie qu’il s’agit d’une mauvaise croissance, comme les médecins parlent de mauvais cholestérol face au bon cholestérol. Et, malheureusement, depuis très longtemps chez nous, au Togo, le peuple subit cette mauvaise croissance en subissant la hausse du chômage de sa jeunesse, notamment celle qui est diplômée et qui, malgré ses diplômes, ne trouve comme emploi que de faire le « zémidjan » en raflant ce métier manuel aux jeunes non diplômés auxquels ce métier de taxi-moto devrait être destiné. Et cette activité-là occupe environ 300.000 jeunes à travers tout le pays, ce qui n e les épanouit guère… 

Il faut aussi constater que du fait de la fraude douanière et son corollaire d’évasion fiscale (puisque les fraudeurs qui ne paient pas les droits de douanes ne paient pas non plus la TVA ni les autres taxes fiscales) privaient notre budget d’Etat, jusque cette année-ci, de plus de 300 milliards FCFA de recettes internes qui auraient pu servir à mieux payer nos fonctionnaires, nos enseignants, nos médecins et cadres médicaux, en même temps qu’une partie de ces sommes aurait pu financer, année après année, des centaines de dispensaires et dizaines de petits hôpitaux à travers tout le pays, de même que des centaines d’écoles primaires et de collèges secondaires, servant à l’amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens et faisant reculer la pauvreté, l’ignorance et l’indigence partout, particulièrement dans les zones rurales vivant en dessous du seuil de pauvreté, caractéristique de la mauvaise croissance. Cette fraude douanière et fiscale avait pris sa source sous le Président Eyadema, quand il devenu très malade, le privant de sa capacité exceptionnelle de tout surveiller, ce qui permit à certains d’en profiter pour frauder et déverser des marchandises frauduleuses sur le marché. C’est à ce moment-là, vers 1998, que la grande fraude a commencé à se développer à petits pas, pour ensuite s’amplifier in crescendo après sa disparition, car plus personne n’avait plus cette peur d’être débusqué dans son forfait. De ce fait, il s’est instauré deux catégories d’opérateurs économiques, les uns prospères et s’enrichissant en éliminant leurs concurrents, opérateurs citoyens qui s’acquittaient normalement de leurs devoirs fiscaux.

Or, les opérateurs frauduleux employaient peu de personnels pour ne pas se faire remarquer et utilisaient les circuits des revendeurs et revendeuses du secteur informel pour écouler leurs marchandises en douce, ce qui ne favorisait pas l’emploi des jeunes diplômés, tandis que les opérateurs honnêtes, censés employer beaucoup plus de personnels (qui, plus, étaient déclarés à la CNSS), se retrouvaient éliminés par la concurrence déloyale des opérateurs frauduleux et finissaient par compresser leurs emplois de jeunes diplômés et non diplômés. C’est ainsi que le chômage des jeunes augmenta, année après année, du fait de cette fraude qui rongeait de plus en plus divers secteurs de l’économie. Cette dichotomie entre ceux qui payaient la douane et les impôts et ceux qui ne les payaient pas, finit par faire partir du pays la plupart des sociétés étrangères qui employaient et payaient relativement mieux leurs nombreux emplois, tant dans leurs commerces et industries que dans leurs maisons d’habitation. Et pour illustrer mes propos, j’ai constaté que le Togo est l’unique pays au monde où les commerçants chinois ont fermé leurs boutiques et sont partis ces 5 dernières années, alors que partout ailleurs les commerçants chinois se multiplient, année après année. C’est assez expressif !

Et moi-même, je vous confie que j’ai dû personnellement cesser toute importation commerciale en 2002, après avoir constaté que mes concurrents fraudeurs vendaient avec profit à des prix nettement inférieurs à mes prix coûtants en TTC : c’était parce qu’ils ne payaient pas la douane ni la TVA, qui représentaient 40% de mon prix de revient. C’est que la sphère commerciale est divisée en deux, dont la partie honnête se rétrécit comme une peau de chagrin si elle ne détient pas de monopole d’exclusivité de marques auxquelles les opérateurs frauduleux ne peuvent pas accéder. Tout cela reflète la mauvaise croissance économique, assise sur ces opérateurs corrompus et corrupteurs, qui minent l’économie nationale en générant un chômage accrû au lieu de créer des emplois.
Actuellement, la situation semble continuer à s’enfoncer plus bas encore, alors que l’on nous avait annoncé, fin 2011, un virage de redressement des finances publiques, en changeant les têtes de la Douane et du Trésor. Aussi, dois-je attendre de connaître les recettes budgétaires de fin d’année 2012 pour pouvoir vérifier si la nomination de ces deux nouveaux responsables a permis d’augmenter d’une centaine de milliards FCFA les recettes prévisionnelles du Budget 2012 (dont les recettes internes sont d’environ 330 milliards FCFA, de mémoire).  Si ma projection d’assainissement progressif rapide se vérifiait, cela confirmerait que le bon choix des hommes a été fait. Et, dans ces conditions, si ce redressement rapide se poursuivait  dans les deux prochaines années, 2013 et 2014, alors nous pourrions récupérer encore 100 milliards FCFA de plus en 2013 et encore 100 milliards FCFA de plus en 2014, au titre des recettes budgétaires internes, provenant des Douanes, des Impôts et des Domaines.  C’est alors que nous pourrions nous comparer au Bénin voisin, en tenant compte du nombre de notre population s’élevant à ¾ de celle du Bénin.

Je rappelle donc à l’attention de tous les observateurs économiques et financiers, que, si nous arrivons à juguler la fraude douanière et sa corollaire l’évasion fiscale, nous pourrions obtenir un complément de recettes budgétaires internes de 300 milliards FCFA de plus dans notre Budget national, de quoi nous permettre, si les dépenses budgétaires sont saines, de réaliser la bonne croissance. 

Mais c’est là un secret de polichinelle. La pauvreté est endémique au Togo selon les institutions de Bretton Woods. Quelle solution proposez-vous pour résorber cette crise ?

Vous savez, c’est toujours le même problème, celui de la répartition des richesses nationales entre tous les Togolais. La bonne solution consisterait à redresser les inégalités sociales (à travers le système scolaire et hospitalier) et à offrir aux plus pauvres les moyens de gagner des revenus pour les sortir de la pauvreté, d’autant plus que 4 millions de Togolais sont extrêmement pauvres, notamment dans les milieux ruraux où ils vivent dans l’analphabétisme et l’indigence. Il faut constater que l’ambiance de la pensée unique, instaurée par l’ancien Parti Unique, RPT, durant plus de 40 ans, a vraiment marqué les mentalités des Togolais âgés de moins de 55 ans, qui n’ont pas eu la chance d’avoir fait des études primaires ou secondaires ou universitaires à l’étranger.

En effet, ceux qui ne sont pas sortis du Togo pour nourrir leur esprit de « Lumières » de liberté de pensée et de discernement propre, ne furent pas habitués à agir et penser pour le bien commun de la société comme on l’apprend au cours d’une bonne formation civique, et n’ont pas appris à respecter l’Autre (=celui qui est différent de soi, soit par son ethnie, soit par sa religion). Ceux-là ont cultivé la peur du pouvoir dictatorial qui avait instauré une terreur d’Etat, sans recours possible devant les tribunaux en cas de suspicion politique : tous ceux qui ne s’exprimaient pas selon la ligne tracée par le RPT, étaient considéré comme des ennemis avec des sorts imprévisibles…miserere nobis.
 
Et la solution, me demandez-vous ?
 
En récoltant ces 300 milliards FCFA de manque à collecter en recettes douanières et fiscales, grâce à leur meilleur recouvrement en supprimant tous les privilèges de passe-droit, l’Etat togolais pourra affecter d’abord 130 milliards pour doubler les traitements des fonctionnaires et tripler les salaires des enseignants et du corps médical, qui sont prioritaires. Cela permettra d’améliorer leur niveau de vie qui s’était gravement dégradé depuis les plans d’ajustement structurel des années 1980, d’une part, et d’autre part, cela permettra de faire revenir au pays des milliers d’enseignants et de membres du corps médical qui travaillent à l’étranger alors que nous en avons bien besoin chez nous.

Et sur les 170 milliards FCFA restant de ces 300 milliards FCFA à recouvrer annuellement par redressement des recettes douanières et fiscales d’aujourd’hui, l’Etat pourra affecter 70 milliards par an à l’enseignement supérieur et à la formation technique et professionnelle pour valoriser l’agriculture, l’artisanat, le tourisme culturel ainsi que l’industrie, tant extractive que manufacturière.
 
Enfin, le reste de 100 milliards pourra servir à renforcer nos infrastructures médicales et d’enseignement primaire, secondaire et supérieur, spécialement réorienté sur la production, de manière à créer des centaines de milliers d’emplois productifs pour résorber le chômage, qui demeure le baromètre du bonheur d’un peuple.
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Notre pays a produit en avril dernier, son rapport ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives), pour l’année 2010 : il concerne vingt-deux entreprises exploitant les ressources minières locales. Quelle analyse faites-vous de ce premier rapport ITIE au Togo ? 

Je n’ai pas lu ce fameux rapport dont a vaguement parlé la presse écrite libre. J’en ai eu des échos à travers certains journaux privés qui, malheureusement, manquent de compétences dans l’analyse économique et financière : cela ne me permet pas de juger objectivement les accusations… Néanmoins, d’après les commentaires délivrés par cette presse privée, il y aurait des « trous financiers » injustifiés de plusieurs milliards FCFA. Alors, je me pose la question de savoir pourquoi la Cour des Comptes, mise en place tardivement certes, mais depuis 3 ans déjà, n’a rien dit pour nous éclairer sur ces allégations ?  Ce silence apparaît aussitôt comme complice, et j’en ressens une certaine amertume envers le nouveau parti « UNIR » qui est censé instaurer un véritable Etat de droit, en actes concrets et non plus en paroles…

En effet, il faudrait que les autorités doigtées par ces journaux libres, démentent ce dont on les accuse et qu’elles en apportent la preuve contraire, sinon, l’absence de confiance de nos concitoyens dans nos institutions va encore s’aggraver avec UNIR que l’on va alors assimiler à RPT bis. Et ce silence des responsables se traduit par une forme de mépris comme si elles sont intouchables et impénitentes, alors que le Peuple souffre de faim, d’ignorance et de maladie. Et ce silence n’est pas bien, car, il laisse les citoyens penser à mal, ce qui ne rétablit pas leur confiance en leurs dirigeants, et n’incite pas la diaspora togolaise travaillant à l’étranger à rentrer au pays et y apporter leurs très importantes capacités d’investissements.

Parlons de l’actualité internationale. La France a un nouveau président depuis le 06 mai 2012. Quelle doit être, selon vous, l’approche économique africaine de François Hollande ?

Je pense qu’il l’a expliqué tout récemment. Il a dit qu’il traitera les pays africains de façon très loyale, très juste, mais sans compromissions comme cela se passait auparavant. C’est pourquoi il n’a pas créé de « cellule africaine » à l’Elysée, à la grande différence de tous ses prédécesseurs de la V° République depuis 1960, avec Jacques Foccart comme premier « Monsieur Afrique ». De plus, il a confié l’ancien Ministère de la Coopération, devenu Ministère du développement, sous la tutelle du Ministre des Affaires Etrangères; de sorte que l’Afrique fasse partie des Affaires Etrangères, comme le reste du monde.

Je pense que la politique d’aide de la France à l’Afrique sera toujours maintenue, mais pas comme avant et plutôt de façon plus efficace et productive pour les pays africains qui en bénéficieront. Ce sera désormais des liens d’Etat à Etat et non plus de Président à Président. Et ce sera dans le respect mutuel des souverainetés nationales : par exemple, la France n’interviendrait qu’à la demande expresse des Nations Unies et de l’Union Africaine, et non plus par « amitié personnelle » entre un chef d’Etat africain et le Chef d’Etat français. Hollande a aussi précisé qu’il s’opposera aux fraudes électorales, aux détournements de fonds publics, aux blanchiments d’argent, etc… Donc de bons espoirs sont permis pour les patriotes africains assoiffés de justice, qui attendent cette Renaissance depuis si longtemps…

La zone euro traverse actuellement une profonde crise. Cela n’est pas sans incidence sur le continent Noir. Que conseillez-vous pour sortir de l’ornière ?

D’abord, il s’agit d’un problème européen. Le défaut fondamental de l’union des pays européens membres de l’Euro, c’est que l’on a aggloméré ensemble des pays de niveaux économique, juridique et administratif très différents, sans faire respecter la discipline de l’Union. Par contre, au niveau de l’UEMOA, nos pays de la sous-région sont de niveau de développement équivalent, avec des structures administratives, financières et juridiques très proches, parlant la même langue et très disciplinés par les règles budgétaires communes. Disposant en outre de constitutions semblables, des mêmes pratiques du pouvoir, cela favorise une entente entre nos pays. Cette harmonie des structures fait que l’UEMOA se porte très bien, tout en respectant les règles de bon fonctionnement du FCFA.  Il faut cependant reconnaître que tous les pays membres de l’UEMOA ont bénéficié de l’allègement massif de leurs dettes extérieures, au cours des dernières années, ce qui leur a permis de relancer leurs économies respectives avec de nouveaux emprunts dont ils furent privés entre 1982 et 2002/2010 selon leurs atteintes respectives de l’Initiative PPTE

En Europe, ce n’est pas du tout le même cas. La Grèce n’a rien à voir, du point de vue économique, administratif, politique, avec les structures françaises. Et l’Italie, l’Espagne, le Portugal et l’Allemagne sont très différents. Donc cette zone monétaire a aggloméré des pays très différents, sans harmonisation de leur fiscalité, ni de leur administration, ni de leur façon de dépenser leur Budget. Ils ont mis très longtemps pour créer l’Euro, de 1975 à 1999, période au cours de laquelle ils ont dû passer par la transition du fameux « serpent monétaire européen » qui a essayé de limiter les variations des taux de change du FF, DM, Florin, Lire, Escudo, Pesetas, …. Or, la monnaie pour l’économie d’une nation, c’est comme le sang pour le corps humain. Et voilà que cette même monnaie circule dans 17 pays à structures économiques très différentes. C’est notre harmonisation de l’UEMOA qui manque à la zone EURO. Tout le problème des distorsions est parti de là.
 
Ce qu’il faudrait faire dans une période transitoire, c’est de déprécier l’Euro par une forte émission monétaire par les soins de la BCE, Banque Centrale Européenne. Pour cela, je propose qu’elle rachète une grande partie des dettes publiques des Etats membres, pour les alléger du fardeau de leurs dettes et leur permettre de faire les investissements publics adéquats pour résorber le chômage existant. Il s’agirait de création monétaire exceptionnelle, à raison de 15.000 euros par tête d’habitant de chaque pays membre de la zone EURO : cela ferait aussitôt chuter le taux de change de l’EURO à moins de 1 US$, comme en 1999 où tout allait bien. Et l’ensemble des pays membres redeviendraient compétitifs et pourraient exporter beaucoup plus en créant des millions d’emplois. La relance économique se fera jour pour plusieurs années.

Justement, comment faire pour dévaluer l’Euro ?

Je l’ai déjà proposé aux députés européens à plusieurs reprises depuis deux ans et demi, mais personne n’a voulu aborder ce sujet, arguant que la BCE n’est pas autorisée à agir de la sorte. Mais il suffirait d’une volonté politique commune.

Il s’agit de transformer le statut de la Banque centrale européenne (BCE), en l’autorisant à racheter une partie des dettes de chaque Etat, de façon égalitaire, à raison de 15.000 euros par habitant.

Mais comme l’Allemagne est très jalouse de la force de sa monnaie, elle n’en voudra pas parce que l’EURO descendra en dessous de 1 dollar, comme à la création de l’EURO en 1999.
Pour la France, qui a 66 millions d’habitants, cela allègera sa dette de 990 milliards d’euros, abaissant sa dette actuelle de 1700 milliards d’euros à 710 milliards. Alors, l’Etat français pourra bien respirer pour faire des investissements productifs en créant des millions d’emplois directs et indirects, résorbant le chômage actuel de 3 millions. L’EURO baissera alors en valeur de change en rendant les produits français beaucoup moins chers pour être importés dans les pays de la zone dollar, rééquilibrant la balance commerciale de la France qui fut déficitaire de 70 milliards Euros en 2011.

Les autres Etats de la zone Euro bénéficieront aussi de ce type d’avantages, grâce à la baisse du taux de change de l’Euro qui descendra en dessous d’un dollar au lieu de 1,50$ en 2010 et 1,25$ aujourd’hui en raison de la perte de confiance internationale dans la monnaie EURO. Rappelons-nous bien qu’à sa création l’EURO valait 0,80 dollar, et tous les pays de la zone se portaient bien. Or, l’Euro a beaucoup renchéri en 10 ans, en se réévaluant de presque du double par rapport à son ancien taux de change avec le Dollar. C’est ça qui a détruit la compétitivité des industries européennes puisqu’elles ne peuvent plus exporter ni concurrencer les produits d’importation. C’est là que se trouve le nœud du problème.

Donc en rachetant une grande partie des dettes de chaque Etat, la BCE fera baisser l’Euro à son ancien taux compétitif de 1999, à sa création, et l’économie européenne pourra redevenir compétitive et résorber son chômage actuel en tournant à nouveau à plein rendement.

Les Députés européens m’avaient répondu que la BCE n’a pas le droit de faire ce que je propose, et j’ai compris que c’est l’Allemagne qui s’y oppose en brandissant les statuts de la BCE, calqués sur ceux de son ancienne Banque Centrale du DM. Et je pense bien que, si elle continue à s’y opposer, il faudra qu’elle sorte de la zone Euro pour revenir à son ancien MARK qui vaudra alors 2 EUROS, tenant compte de l’évolution économique comparée entre l’Allemagne et les pays européens du Sud, qui souffrent de cette surévaluation de l’EURO (tout comme la zone FCFA souffrait de la surévaluation du FCFA de 1986 à 1993, amenant sa dévaluation de 50% en janvier 1994)nt en difficulté. Et en sortant de la zone EURO, l’Allemagne entraînera probablement avec elle les pays qui faisaient partie de l’ancienne zone MARK, comme le Danemark, les Pays-Bas…, qui formeront alors une nouvelle zone EURO-NORD, les autres pays constituant alors la zone EURO-SUD , dont le taux de change serait près de moitié de l’EURO-NORD, pour tenir compte de l’évolution de leurs compétitivités respectives entre 1999 et 2012.

Quelles sont les répercussions de cette crise sur notre zone FCFA ?

Comme l’Euro a été réévalué de 0,80 dollar en 1999 à 1,50 dollars en 2010, cela avait diminué la valeur des produits importés et facturés en dollar durant cette dernière décennie. Ce fut donc un bon gain de pouvoir d’achat pour les résidents de l’UEMOA .

Au Togo, par exemple, tous les produits importés et facturés en Dollar provenant de Chine et d’autres pays émergents, avaient coûté de moins en moins cher au cours des 12 dernières années. Désormais, c’est l’inverse qui est en train de se produire depuis 2 ans, ce qui explique le renchérissement des prix des biens de consommation importés en dollar et la perte de pouvoir d’achat de nos populations qui s’en plaignent sans comprendre pourquoi.

Et si l’Euro continue à se déprécier pour atteindre son taux d’équilibre de compétitivité des pays du Sud de la zone EURO dont la France, tous les produits importés de la Chine, des États-Unis et de la zone Dollar, vont encore augmenter en prix FCFA puisque le FCFA est rattaché à l’EURO qui se déprécie par rapport au Dollar. Par contre, cela devrait favoriser nos industries en rendant leurs produits moins chers à l’exportation en zone dollar et comparativement aux produits concurrents importés et facturés en dollar. Mais de combien d’industries de transformation dispose la zone UEMOA ???

En bref, si on laisse l’Euro se déprécier, le FCFA se dépréciera à proportion, puisqu’il est rattaché fixement à l’EURO. Nous pourrions alors plus nous industrialiser et créer plus d’emplois industriels. Mais serions-nous vraiment compétitifs pour concurrencer les produits chinois, si nous ne sommes pas protégés par une super protection douanière, nécessaire pour le développement harmonieux de l’UEMOA durant les 25 prochaines années…

Par contre, tous nos produits importés en dollar vont nous coûter plus chers….

Golfe .info

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