Mme Kpatcha Gnassingbé menacée de mort

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Malgré un permis de communiquer dûment délivré par le juge, l’ANR empêche les femmes de voir leurs maris

«Ils sont sortis avec des armes impressionnantes et ont menacé de tirer sur nous»

L’affaire Kpatcha Gnassingbé – du nom du demi-frère de Faure Gnassingbé-, continue de faire couler de l’encre deux ans après l’arrestation dans des conditions qui demeurent toujours floues, d’une dizaine de citoyens togolais accusés de « tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat » togolais et incarcérés sans jugement dans les locaux de l’Agence nationale de renseignements (Anr). Même le sit-in improvisé samedi dernier par les épouses des détenus pour protester contre le refus de l’Anr de se soumettre à l’ordonnance délivrée par un juge leur autorisant une visite à leurs maris n’a pas réussi à décanter la situation.

L’Anr serait-elle au-dessus des lois de la République togolaise ? Est-elle une institution qui répond à d’autres exigences que celles édictées par la constitution de la 4ème République que Faure Gnassingbé a juré respecter et protéger le 03 mai dernier ? Ce sont des questions qu’on est en droit de se poser vu que ce service de l’Etat refuse de se soumettre aux décisions des juges togolais, en l’occurrence à un permis de communiquer dûment délivré par un juge de la République qui autorise des citoyennes togolaises, jouissant de leurs droits, à rendre visite à des personnes incarcérées dans le cadre d’une procédure judiciaire.

Au lendemain de l’attaque du domicile de l’Honorable Kpatcha Gnassingbé par un commando lourdement armé et de son arrestation quelques jours plus tard, Faure Gnassingbé, dans une adresse à la nation n’avait-il pas promis que la Justice fera son travail en toute liberté et impartialité en vue de faire toute la lumière sur ces événements ? Deux ans après, c’est toujours le statu quo qui prévaut dans ce dossier. Et pour se rendre compte de ce refus du pouvoir de faire la lumière dans ce dossier, il fallait être samedi dernier autour des clôtures de l’Anr.

Samedi 12 février dernier, c’est sous la menace d’armes de guerre que les épouses de Kpatcha Gnassingbé, Bagoubadji Gnassingbé, Esso Gnassingbé, Adjinon Lambert et autres ont rebroussé chemin et regagné leur domicile. Détentrices de permis de communiquer délivré par le juge, ces dames –une dizaine- attendaient rencontrer leurs époux incarcérés depuis près de deux ans sans jugement dans la nébuleuse affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Elles se sont donc rendues à l’Anr accompagnées de Zeus Ajavon, l’un des deux avocats constitués par les familles des détenus –Me Djovi Gally étant désormais dans le « mangement » avec Faure Gnassingbé. Mais elles vont faire face à des éléments de l’Anr à bord de voitures 4X4 postées sur les voies menant à l’Agence. « Cela fait bientôt deux ans que nos maris sont arrêtés et détenus ici, confie les larmes aux yeux l’une des femmes. Presque tous les mois, des permis de communiquer nous sont délivrés par les juges. Vendredi dernier, un permis de communiquer nous a été délivré et lorsque nous nous sommes rendues à l’Anr, on nous a dit de revenir le lendemain parce que le commandant des lieux n’était pas présent. C’est la raison pour laquelle nous sommes revenus ce matin (samedi, ndlr), mais on nous empêche d’avoir accès à l’Anr. Ils ont mis les éléments des renseignements partout dans les broussailles environnantes. Ils nous ont demandé de rebrousser chemin parce que nous ne pourrions pas voir nos maris. Mais on s’est dit que nous devons voir coûte que coûte nos époux. C’est là qu’ils sont sortis avec des armes impressionnantes et ont menacé de tirer sur nous ou de crever nos pneus. Comment se portent aujourd’hui nos maris ? Nous ne le savons pas.

Même quand nous leur amenons à manger, ce sont les soldats qui récupèrent la nourriture en route. On ignore si la nourriture leur parvient effectivement ».

Tous les frais d’entretien de ces détenus sont supportés par ces femmes, témoigne la femme du plus célèbre d’entre eux, Mme Mimi Gnassingbé, l’épouse de Kpatcha. « On était là, lorsqu’au environs de 13 heures, la maman d’un des détenus (Essolizam Gnassingbé) est rentrée apparemment sans permis de communiquer, raconte-elle. C’est là que nous aussi nous avons voulu forcer le passage en klaxonnant et ils nous ont dit qu’ils vont tirer sur nous si nous continuons nos manifestations ».

Quelle valeur peut-on alors donner à la parole de Faure Gnassingbé de laisser la Justice faire son travail en toute impartialité quand un permis de communiquer délivré par cette même Justice est foulé aux pieds ? « Aucune valeur, répond Mimi Gnassingbé. Il ne respecte rien. Même un criminel qu’on surprend en flagrant délit a droit à la visite de sa famille. C’est cela la loi et ils sont plus au courant de ces textes que nous autres pauvres femmes. Le minimum que nous demandons c’est d’aller leur rendre visite et voir s’ils se portent bien. A notre connaissance, quand l’Etat arrête une personne, ce n’est pas sa famille qui subvient aux besoins de cette personne ! Ce n’est pas à nous d’acheter les produits pharmaceutiques, le savon et je n’en sais plus quoi d’autres. Mais on nous tend à chaque fois des ordonnances où nous constatons qu’ils souffrent des maux dont ils n’ont jamais souffert quand ils étaient à la maison comme des maux d’yeux, de reins, de tension… ».

« Nous voulons savoir dans quel état ils sont ? Est-ce qu’ils vont bien ? C’est la raison pour laquelle nous étions allées, mais il y a certains qui ont eu le culot de nous dire de ne pas venir exposer nos états d’âme à l’Anr. Mais on est dans quel pays ? Les droits de l’homme, ça existe quand même au Togo? », a-t-elle pesté.

Pour finir, les dames désespérées ont lancé un appel à la communauté internationale, aux organisations de défense des droits de l’Homme, aux représentations diplomatiques dans le pays et à l’Etat togolais. « Qu’ils prennent à cœur notre problème et nous aident à avoir au moins un contact avec nos époux et voir dans quel état ils sont. Sont-ils en vie, nous n’en savons rien. Il y en a qu’on évacue de temps en temps au CHU de Lomé Tokoin sans rien nous dire. C’est grâce à nos propres investigations qu’on est mis au courant », a ajouté Mme Mimi Gnassingbé.

Aux dernières nouvelles, des individus mal intentionnés appellent ces femmes au téléphone pour les menacer. L’objectif étant de les dissuader dans les initiatives qu’elles ont prises.

O. A.

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