Messan Agbéyomé Kodjo, victime ou coupable ?

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Il ne laisse personne indifférent. On l’aime ou on ne l’aime pas. Agbéyomé Kodjo aura réussi par son attitude arrogante à mettre beaucoup de personnes sur son dos. Il faut reconnaitre que l’homme a cependant appris depuis sa traversée du désert et son expérience carcérale.
Néanmoins, pour se faire une nouvelle virginité, il doit avoir le courage d’aller vers tous ceux qu’il a” froissé” pour faire son mea culpa franc et sincère. Il a déjà beaucoup fait, mais c’est insuffisant. Il doit cultiver l’humilité et la simplicité. Agbéyomé doit vider son contentieux avec Agboyibo qui doit accepter les excuses de son cadet et pardonner les griefs.

Trois éléments aujourd’hui constituent un frein à ses aspirations:
– Sa déclaration a la Conférence Nationale Souveraine (CNS)
– La tuerie de Freau jardin
– Et son implication dans l’incarcération d’Agboyibo.

On serait tenté de le clouer toute suite au pilori. Mais a y voir clair, Agbéyomé est beaucoup plus victime que coupable. Il a été l’instrument dont le clan Gnassingbé s’est servi pour régler ses comptes.

D’abord le plus grave, la tuerie de Freau jardin. Agbéyomé a eu le Malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, étant Ministre de l’Intérieur au moment des faits. Mais à la lumière des analyses et des recoupements faits, les leaders de l’opposition sont plus coupables que lui. Ils ont laissé se dérouler une manifestation à laquelle eux-mêmes n’ont pas pris part. Ils ont eu la vie sauve parce que Agbéyomé les avait dissuadés d’y aller. Ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’il leur avait demandé aussi d’annuler la manifestation parce que l’unité de la “brigade rouge” au sein de la police nationale, constituée de militaires et de policiers tous issus de Pya, avait prévu d’assassiner des manifestants et des leaders pour décourager et dégoûter les gens de manifester encore. L’opposition a refusé d’annuler la manifestation parce qu’elle voulait ainsi exposer la véritable face du pouvoir aux Ministres Allemand et Français de la Coopération. Avec du recul, plutôt que de pointer un doigt accusateur vers Agbéyomé, il faut au contraire poser la question à Agboyibo, Edouard Kodjo et Gnininvi de savoir pourquoi ils n’étaient pas à la marche de Freau jardin alors qu’ils ont appelé le peuple à venir massivement. Il faut préciser que Gilchrist est exempt parce qu’étant absent du territoire.

Il y a ensuite l’arrestation arbitraire et le jugement inique du leader du CAR. Là aussi, il faut avouer qu’Eyadema est passé maitre dans l’art de diviser. Il a utilise Agbéyomé, qui malheureusement s’est prêté au jeu, pour affaiblir moralement et surtout écarter un concurrent gênant.

Cependant, l’homme n’est pas complètement blanc puisqu’il a déclaré en larmes à la CNS qu’il était au service d’un homme, Eyadema. Il lui revient de venir expliquer le sens de ses propos. Il est courageux de reconnaitre ces erreurs mais il est héroïque de se tenir devant Eyadema et les caciques du régime pour dénoncer les dérives du pouvoir. Deux hommes ont eu le mérite de le faire, Maurice Dahuku Péré et Messan Agbéyomé Kodjo.

Ce qu’il est important de retenir de l’homme est qu’il ne recule jamais devant ses droits. Il s’inscrit dans la lignée de Wade et de Gbagbo qui ont su transcender leur peur pour aller chercher non leur victoire, mais le pouvoir qui leur avait été injustement refusé.

Agbéyomé a eu le courage de dénoncer le système alors qu’il était au sommet. Il a eu un passage a vide, a reconnu ses erreurs quand il était aux affaires, et s’est publiquement repenti. Que celui là qui n’a jamais péché lui jette la première pierre.

A l’analyse de la situation politique du Togo, le choix aujourd’hui est entre un renégat et un repenti. Faut il choisir entre celui qui a goûté aux délices du pouvoir et qui y a renoncé librement en soutenant au péril de sa vie un ami en difficultés à cause de ses opinions et celui qui veut goûter aux mêmes délices en foulant au pied les valeurs défendues par son parti et en usant d’artifices et de moyens lâches pour écarter de la course le candidat investi, son ami d’hier. Face a ce dilemme, Monsieur Olympio doit parler et surtout designer le roi.

Faure Gnassingbé prétend appeler le peuple à l’union et a la paix. Il a créé une commission Vérité et Réconciliation et il a promis des élections apaisées et transparentes. Le voila encore qui sème les germes de la discorde et de l’injustice en écartant par des moyens peu orthodoxes d’éventuels ou supposés concurrents. Un climat social apaise appelle à la participation de tous les candidats dont les dossiers sont en conformité avec le code électoral. A tirer à hue et à dia, Faure ne laisse à l’opposition d’autre alternative que le rapport de force.

L’opposition doit se préparer à aller vers la confrontation si c’est ce que lui propose le pouvoir et pour ce faire, il faut un leader qui tienne la dragée haute au RPT. Nos leaders traditionnels ont tous lamentablement échoué face à cette stratégie du pouvoir. Mieux, en 2003 et en 2005, alors qu’ils avaient les renseignements que le RPT avait commandé des urnes supplémentaires qu’il avait bourrées, que le vote avancé de l’armée et des forces de sécurité était un moyen de tricher, que le RPT allait interrompre le réseau de communication téléphonique et internet, et qu’il y aurait des agressions et des voies de fait pour décourager d’éventuels audacieux, les leaders de l’opposition n’ont pu trouver la parade.

L’opposition sait qu’il y a une pratique au RPT qui veut qu’a chaque élection présidentielle on mette a la disposition des observateurs de l’argent, des chambres, des voitures et surtout des femmes payées pour les occuper dans leurs chambres, les détournant donc de leur mission. Ces observateurs pour la plupart ne visitent les bureaux de vote que depuis leurs chambres, rédigent des rapports pour déclarer que globalement tout s’est bien passé a part quelques incidents mineurs qui ne sont pas d’ordre à remettre en cause les résultats des élections.

Pour dénoncer toutes ces pratiques il faut un homme nouveau, un homme qui n’a pas sa langue dans la poche et qui n’a pas peur d’avancer. C’est en avançant que le pouvoir reculera.

 M. Tchalla     Lynx.info

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