Lynx.info s’entretient avec Mr Mézétou Adom Orphé, dit MAO, Premier Conseiller de CAFIA (Centre d’Appui et Formation aux Initiatives d’Auto développement)

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Lynx.info : Vous vivez et travaillez en Europe depuis près de 20 ans et vous êtes ingénieur de formation. Comment êtes-vous venu á l’idée de créer un centre d’appui  et de formation que vous dénommez CAFIA pour les jeunes agriculteurs et les paysans ?

 

MAO : Tout d’abord, je vous remercie de vous intéresser à CAFIA. C’est vrai que mon quotidien en Europe n’a rien à voir avec la pauvreté abjecte dans laquelle vivent mes aînés condamnés aux contrées de certaines zones rurales du Togo. Oh, mon Dieu,  comment aurais-je pu continuer à rester inactif, voire insensible, face à cette extrême pauvreté matérielle qui s’est empirée de jour en jour et devenue aujourd’hui absolument insupportable dans les zones rurales qui nous ont vus naître? J’en suis donc venu à l’heureuse conclusion que les Western Unions seuls ne pouvaient pas changer fondamentalement les choses sur le long terme. C’est alors que j’ai eu l’idée, lors d’un triste séjour à Kara pour y inhumer ma pauvre maman décédée, (après qu’elle ait passé sa vie entière à travailler la terre à l’Est Mono), d’aider autrement les miens. D’entrée nous avons initié et inscrit CAFIA dans une vision forte et simple articulée autour du principe de durabilité des 3xP, à savoir : Population, Place et Prospérité. 

1        D’abord les Populations paysannes: nous voulons construire avec elles ce qui est socialement juste pour eux dans leurs efforts quotidiens pour valoriser leurs terres, legs de nos parents;

2        Ensuite, nous voudrions les aider à améliorer leur Place dans le pays: nous voulons former et sensibiliser les populations paysannes sur leurs responsabilités écologiques dans la préservation de la biodiversité du Togo. Les populations paysannes sont celles qui remplissent aujourd’hui, et continueront certainement de remplir demain aussi, le grenier national. Il est donc naturel et normal qu’ils aient une place de choix dans notre pays et surtout dans le milieu rural;

3        Enfin, la Prospérité communautaire: la mission de remplisseurs du grenier du Togo doit avoir une valeur ajoutée économique reconnue et partagée avec ceux qui la créent comme fruit de leur travail et de leur dur labeur. CAFIA et CMEC veulent contribuer à augmenter socialement cette valeur ajoutée économique, qui se veut mesurable année après année. Nous voulons plus globalement contribuer, dans CAIFA,  à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) à l’horizon 2015, fixés par les Nations Unies.  Nous voulons aussi contribuer de façon responsable et engagée, par notre action à la base à la réduction du réchauffement climatique en sensibilisant et en formant nos populations paysannes à poser dès aujourd’hui des actes responsables qui n’hypothèquent pas leur milieu naturel.

Somme toute, je crois profondément au proverbe chinois qui nous enseigne que : « si on veut qu’il continue à manger le lendemain, il faut plutôt apprendre l’Homme à pêcher aujourd’hui et non lui donner du poisson ». En d’autres termes, j’ai décidé, à partir du 26 octobre 2006, d’appliquer ce proverbe chinois, en aidant les miens dans les zones rurales à s’organiser pour leur auto développement. Mais, d’emblée, je m’empresse d’ajouter pour votre information que ceci n’aurait probablement jamais été possible n’eut été la rencontre de deux ingénieurs agronomes locaux. C’est vous dire qu’on ne peut pas développer les choses à distance, encore moins un pays comme le Togo. Il est donc impératif d’avoir l’implication directe et volontariste des acteurs locaux et de terrain. C’est ce que nous faisons et continuons à faire,  dans CAFIA. J’en profite pour féliciter et encourager très sincèrement et profondément l’équipe managériale de CAFIA qui s’y reconnaîtra.      

Lynx.info : Combien de groupements avez-vous et comment coordonnez-vous les activités avec la base ?

MAO : Les groupements de CAFIA se forment chaque jour que Dieu bénit le Togo. Aujourd’hui CAFIA compte 40 Groupements à Elavagnon Est-Mono, 4 Coopératives à Kpété Maflo à Badou, la Coopérative FEED à Kara, le Groupement OSSARA à Gléi (Ogou). Tous ces groupements comptent plus 1000 membres effectifs. Une cinquantaine de membres d’honneur sont répartis sur l’ensemble du territoire de Lomé à Cinkassé. Le gros de l’équipe de management vit et travaille majoritairement à Lomé.  Mais CAFIA compte aussi dans ses rangs des membres d’honneurs vivant et travaillant un peu partout au Togo, en Afrique et en Europe. Ce sont les meilleurs soutiens de CAFIA. Aussi le site de CAFIA est-il hébergé en Europe : www.cafia.eu; et alimenté régulièrement par tous ses membres d’honneur. En dehors de sa structure opérationnelle directe, au quotidien, pour remplir ses missions à la base, CAFIA s’appuie aussi sur ses bénévoles inscrits dans les trois commissions suivantes. Il s’agit de :

1.     La Commission Administration

2.     La Commission Projets

3.     La Commission Finances

J’en profite pour remercier tous les sympathisants et bénévoles de CAFIA sans lesquels CAFIA ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui.

Lynx.info : Vous êtes en route les jours á venir vers le Togo. Que dites-vous á la masse paysanne lors de vos rencontre ?

MAO : Je leur dirai « et bien, où en êtes-vous dans vos efforts d’auto développement » ? Ces efforts sont structurés autour de huit (8) objectifs clés, élaborés et à assignés à l’équipe de management dès la création de CAFIA. Pour rappel, nous nous sommes assignés les objectifs suivants 

 1.     Renforcer les capacités institutionnelles et organisationnelles du CAFIA et de la CMEC

2.     Renforcer les capacités productrices du CAFIA ;

3.     Vulgariser les techniques agricoles ;

4.     Conserver et commercialiser les produits agricoles ;

5.     Protéger l’environnement, la bio-diversité et l’industrie agricole;

6.     Organiser les approches participatives des masses paysannes;

7.     Intégrer le genre féminin dans les activités du CAFIA ;

8.     Organiser l’autofinancement du CAFIA via sa caisse mutuelle CMEC.

Mais au-delà des retrouvailles à proprement parler, je ne pense pas qu’il soit  nécessaire d’attendre mon arrivée au pays avant d’y faire un bilan. En effet, CAFIA est une structure d’action directe à la base. La majorité des responsables, voire presque tous, dispose d’un cellulaire et ont accès à internet. Et nous communiquons quotidiennement et de façon directe. Et en plus ils disposent gratuitement d’un site web (www.cafia.eu) où ils peuvent venir s’informer aussi régulièrement que possible. 

Mais j’ai bien de bonnes nouvelles fraîches à leur annoncer. Et je leur en réserve la primeur ainsi que la teneur. 

Lynx.info : la micro-finance pour les paysans á toujours exister de tous les temps au Togo. Pourtant l’agriculture non seulement elle reste rudimentaire mais aussi  alimentairement le Togo n’est pas auto-suffisant….

MAO : Il y a eu certes des efforts louables de l’Etat pour accompagner les producteurs en leur accordant des crédits via la CNCA (Caisse nationale de crédits agricoles). Cependant cette dernière a connu des problèmes qui ont entraîné sa fermeture et n’a pas été substituée. La loi de 1996 de le BCEAO a permis la naissance et la multiplication des institutions de microfinances. Ces institutions ont une méfiance vis à vis des crédits agricoles d’autant plus qu’elles ne maîtrisent pas le suivi et l’évaluation des activités agricoles. Le monde rural qui participe à plus de 12 % du PIB souffre du soutien. C’est donc dans le soucis de combler ces insuffisances et à relever le niveau socio-économique du producteur togolais que CAFIA s’est proposé d’organiser les producteurs en coopératives, de suivre quotidiennement et de façon rapprochée les activités de ces producteurs et de leur accorder les crédits pour s’approvisionner en intrants (semences, cheptels, engrais, produits phytosanitaires et zoosanitaires) indispensables pour une bonne productivité.

Lynx.info : Vous travaillez avec des structures en Europe qui auraient pu fournir un engrais bio et très moins coûteux. Une initiative est-elle prévue pour les agriculteurs au Togo dans les prochains jours…

MAO : Suite à un certain nombre de controverses et de crises impliquant l’agriculture conventionnelle (organismes génétiquement modifiés), les consommateurs ont des attentes plus grandes vis à vis de leur alimentation et de leur environnement. L’agriculture biologique offre ainsi des produits très recherchés et plus coûteux. C’est pourquoi l’idée d’un engrais bio est au centre des concertations entre CAFIA et ses partenaires européens. Dans ce sens, Terradialoog (www.terradialoog.be) l’un des partenaires de CAFIA a réalisé avec succès les essais d’utilisation d’un engrais bio (appelé Terra Cottem) dans les jardins scolaires de la région de la Kara avec RJR (Réveil de la Jeunesse Rurale). CAFIA va étendre ces expériences afin de vulgariser l’utilisation des engrais bio à toutes ses coopératives dans les zones rurales. Notre ambition dans les prochaines années est de faire de nos producteurs agricoles les meilleurs exportateurs des produits bio de l’Afrique au Globe.

Lynx.info : Comment décrivez-vous la transformation de cet engrais vert en amont jusqu’à la finition?

MAO : Le processus de transformation de l’engrais vert est une trivialité pour les ingénieurs agronomes formés de CAFIA qui en connaissent parfaitement les éléments induits (ce que beaucoup de personnes ignorent au Togo). Sans entrer dans les détails techniques, sachez l’engrais vert, développé sous forme d’engrais bio, est basé sur une préparation liquide, qu’on peut qualifié de magique. Le tout est une forme anaérobique qui consiste à:

1        Mélanger des matières organiques (exemple de son de riz) ;

2        Ajouter  le Liquide Magique à ce mélange ;

3        Ajouter graduellement la solution complète aux matières organiques et mélanger le tout très bien.

4        Emballer le mélange en un sac ou conteneur en plastique noir et fermez de manière étanche à l’air et le tenir à l’abri du soleil et de tous UV.

5        Laisser fermenter pendant 2 semaines dans un environnement chaud.

Et voilà l’Engrais Magique est ainsi superbement prêt à l’utilisation. Cet engrais en dégagera une odeur douce de fermentation, synonyme d’excellente qualité. En cas d’odeur acide et putréfiée, l’Engrais Magique n’est plus magique et pas bon à l’utilisation. Après les deux semaines de fermentation, l’Engrais Magique pourra être mélangé dans le sol ou être conservé séché et répandu simplement sur une dalle en béton, à l’ombre. Ensuite,  ensacher l’engrais une fois sec. 

Je laisse le soin aux Ingénieurs Agronomes d’en élaborer le processus industriel qui consistera à développer l’engrais bio et mettre à la disposition de leurs coopératives agricoles et pour le bien de nos terres dégradées.

Lynx.info : Une  tâche de CAFIA est de promouvoir  l’entrepreneuriat agricole dans les villages et cantons. L’idée du paysans-entrepreneur germe-t-elle au milieu des paysans que vous rencontrerez ?

MAO : L’adhésion des paysans à l’idée d’organisation des coopératives agricoles démontre leur engagement à unir leurs forces pour bénéficier des appuis de tous les partenaires en développement. Le développement collectif entraîne d’emblée l’épanouissement de chaque producteur. Et croyez-nous d’ici 2015 chaque producteur encadré par CAFIA deviendra un professionnel dans le domaine agricole et donc un auto-entrepreneur agricole.

Lynx.info : Une grande messe a réunie le monde paysans dans la ville de Kara. Au delà des discours politiques, concrètement que faut-il á court terme pour rendre notre agriculture plus compétitive ?

MAO : Le forum du paysan togolais tenu à Kara est le premier dans l’histoire du Togo. Au-delà des discours politiques, les actions concrètes et visibles que l’on peut retenir sont entre autres :

1        la disponibilité des engrais chimiques mis au profit du paysan à un prix fortement subventionné,

2        le recrutement des nouveaux agents d’encadrement pour appuyer le monde rural,

3        le restructuration de la SOTOCO en Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT) dans laquelle les producteurs détiennent 40 % des actions, C’est une grande première.

4        la réduction à plus de 26 % des coûts des travaux agricoles (labour notamment).

5        Une augmentation substantielle des capacités opérationnelles de l’Agence Nationale pour la Sécurité Alimentaire du Togo (ANSAT).

6        Etc, etc.

Lynx.info : Des chiffres élevés en milliards ont été promis pour la relance de l’agriculture. Pour vous des effets d’annonces ou la prise de conscience que l’agriculture et l’élevage sont les deux mamelles du Togo ?

MAO : L’agriculture et l’élevage constituent le secteur clé de l’économie de notre pays. Le développement d’un pays n’est possible que si la sécurité alimentaire est garantie. Assurer la sécurité alimentaire n’est synonyme de dépendre des importations. Mieux vaut tard que jamais. C’est à juste titre que l’Etat prend conscience pour relancer sa production agricole suivant les trois axes libellés dans le DSRP-C (Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté) Complet.

www.cafia.eu

Camus ALI

 


 

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