Lire Dahuku Pére pour comprendre le Togo

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Monsieur le Président-Fondateur du RPT,
Monsieur le Secrétaire Général,
Chers collègues, membres du Comité Central,

Je vous remercie d’avoir bien voulu lire la présente déclaration. Cela fait quelque temps déjà qu’il me tient à cœur de la faire, étant donné les récents développements de la vie politique de notre nation.
Chacun le sait, depuis plus de dix ans, notre nation traverse une phase de son histoire pleine de difficultés et de dangers. Grâce à Dieu, le Président du Parti, chef de l’Etat, a su garder son calme dans les moments les plus critiques, ce qui nous a permis d’éviter de justesse la catastrophe. Mieux, Dieu nous a permis, nous militants et sympathisants du RPT, de nous réorganiser et de revenir aux affaires, alors même que l’opposition triomphante nous en avait pratiquement chassés et avait pris le contrôle du gouvernement de notre pays.

Chacun sait également qu’à l’époque, certains de nos cadres et de nos responsables, gagnés par le découragement, en observant l’agitation fébrile au sein du Parti et le triomphe croissant de l’opposition, parlaient volontiers et avec inquiétude d’”atmosphère de fin de règne.” D’autres, par contre, sont demeurés confiants, faisant remarquer que l’agitation au sein du Parti n’était rien d’autre que la nouvelle vie s’organisant à la base pour rassembler de nouvelles énergies en vue de notre encrage sur la dynamique des mutations en cours dans le pays. Les faits leur donneront raison.
Effectivement, des groupes de réflexion se sont organisés presque spontanément, au niveau de toutes les instances du Parti, parmi les aînés comme parmi les plus jeunes, avec le soutien massif des militantes et des militants à travers le pays. Toutes les réflexions ainsi que les conclusions pertinentes qui en sont sorties ont été synthétisées par un bureau informel. Ce sursaut d’espoir a conduit, comme chacun le sait, à l’organisation du “congrès du renouveau” en novembre 1991. Celui-ci favorisera une critique honnête et objective des pratiques et des méthodes du Parti à la lumière des nouvelles aspirations de la Nation. Tous ensemble, les militants et les responsables convinrent en conséquence d’un nouveau contrat politique faisant une large place aux valeurs, méthodes et pratiques conformes à la nouvelle donne démocratique et d’Etat de droit qu’ils avaient résolument décidé d’accepter et d’assimiler. Ce sont là les bases des réformes qui avaient été projetées et qui avaient justifié que le congrès fût considéré comme un congrès du renouveau.

Puis le temps a passé, nous apportant de la part de Dieu faveurs sur faveurs. Le Parti s’est effectivement réorganisé en une immense équipe de battants. Nous avons remporté, grâce à Dieu, une première série d’élections puis une deuxième série. Malheureusement, nous n’avons pas tardé à trahir les espoirs du renouveau. En effet, au fur et à mesure que le RPT reprenait de l’assurance dans le contrôle des rouages du pouvoir, les anciennes ”habitudes”, pratiques et méthodes condamnées et rejetées lors du congrès du renouveau refaisaient surface, de façon insidieuse, donnant ainsi raison à ceux qui avaient redouté un retour trop hâtif de notre mouvance au pouvoir, avant d’avoir appris et assimilé les leçons de notre précédent désastre politique.

Aujourd’hui, en effet, l’intolérance et l’exclusion semblent avoir déserté les rangs de l’opposition pour s’incruster solidement dans les nôtres. Le pardon que nous prêchons ressemble davantage à une revendication de pardon pour nous-mêmes qu’à une disposition de notre parti à pardonner les erreurs des autres.
Naguère, c’était à nous militants et responsables du RPT que l’on refusait le droit de nous exprimer, de circuler librement dans le pays et de nous mobiliser. Aujourd’hui, nous prenons notre revanche et, profitant abusivement de notre position de force, nous refusons à nos adversaires le droit de s’exprimer, de circuler librement à travers le pays et de mobiliser leurs militants.

Naguère, c’était les responsables et militants du RPT qu’on traquait partout, qu’on molestait et même tuait. Aujourd’hui, c’est nous qui, profitant toujours de notre position de force, traquons l’adversaire et même ceux des nôtres qui osent être différents, molestons et même tuons.
A quand donc la fin de la barbarie? Voulons-nous continuer à maintenir le Togo dans un état de régression permanent où le RPT et l’opposition se succéderont au pouvoir et continueront à se venger et à traquer l’adversaire? Ou bien voulons-nous, comme nous l’avons promis lors de nos campagnes électorales, mettre définitivement un terme à ces cycles infernaux de barbarie, d’oppression et de déni systématique de droits, pour édifier à la place un Togo où régneront la sécurité et la paix, un Togo civilisé et prospère où chacun se sentira pleinement citoyen, respecté dans ses droits, dans sa liberté et dans sa dignité? Face à ces alternatives radicales, il ne peut plus y avoir ni tergiversation, ni atermoiements!

Ma conscience de chrétien, de citoyen de la République et de responsable impliqué à un haut niveau dans les structures de notre parti m’interpelle fortement en toutes ces interrogations et à bien d’autres égards. Et je pense que nous devons, individuellement comme collectivement, y répondre sans ambages et sans ambiguïté.
Sous cette optique, je pense pour ma part que nous devons soigneusement méditer le retour de notre parti aux affaires que, répétons-le, Dieu a bien voulu favoriser, pour en tirer des conclusions intelligentes, pertinentes et sages, susceptibles de nous inspirer des choix conformes aux exigences du moment et aux indications de l’histoire. C’est aujourd’hui, maintenant, qu’il faut se déterminer; c’est à notre parti le RPT, qui fut jadis le Parti de tous les Togolais, qu’il incombe en premier de donner l’exemple en construisant, pour les générations présentes et futures, une nation où toutes les ethnies et tous les courants politiques coexisteront, s’enrichiront mutuellement et coopéreront dans la paix et la concorde en acceptant leurs différences et en mettant celles-ci à contribution pour créer les richesses spirituelles, morales et matérielles dont dépendra un développement sans cesse croissant du pays.

Dans cette perspective, ce serait une erreur fatale de penser que ce sont les autres qui ont plus besoin de notre pardon que nous du leur. Nous démontrerions ainsi que nous avons très vite oublié la modestie, l’humilité et le repentir que nous avons eus lors du congrès du renouveau. Or, ce sont précisément ces valeurs positives qui ont rendu jadis possibles un pardon et une réconciliation sincères entre nous, lors du congrès du renouveau et, en fin de compte, ont conduit à une reprise vigoureuse de la vie au sein du Parti.

 Maurice Dahuku

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