Licence pour «tueurs» dans le Grand Bassar (Partie I) [Par Tchapo Sina]

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Le jeudi 26 juin 2020, douze jeunes garçons de Bangeli sont écroués à la prison civile de Bassar. Ces derniers répondaient à une convocation du juge d’instruction  Mr Kazoule. Objet de l’invitation : «Affaire du bébé volé à Bangeli ».

Au Togo, les affaires d’assassinats et de disparitions de bébé ou d’enfants se suivent et se ressemblent surtout dans le septentrion qui échappe à toute médiatisation. Ici, journaux et masse médias sont inexistants. Le non droit est une réalité qui se le dispute à un far west.

L‘ affaire macabre du nouveau-né enlevé à Bangeli

L’enfant enlevé avec sa mère

Cette affaire remonte au 28 novembre 2019 et déclenche à ce jour une réaction violente des habitants de la localité toutes les fois qu’elle est évoquée.

Rappel des faits

En effet, le 28 novembre 2019, une jeune femme d’origine burkinabé après avoir accouché quelques jours plutôt est souffrante et est sur le lit avec son nouveau née. La femme en question n’est autre que l’épouse d’un jeune homme de la localité du quartier de Bitankpabe nommé N’Djérebi Komlan.  

Comme de nombreux jeunes de la localité, gangrenés par le chômage exponentiel, N’Djerebi Komla est parti quelques années plutôt tenter sa chance au Burkina-Faso. Pour faire connaître sa femme à sa famille, il l’envoie accoucher leur premier enfant auprès de sa mère à Bangéli, son village.

La belle-mère s’appelle N’Djerebi Yaya, une veuve connue dans le milieu comme revendeuse de foufou. Elle partage sa vie avec un tailleur connu dans le milieu du nom de Lagbare Kpabou Kokora.

La belle-mère  emploie une servante venue du Ghana voisin. Encore en convalescence, après son accouchement, la belle fille constate des comportements inhabituels de la servante dans la maison mais ne se fait aucun souci. Ce n’est qu’après son réveil qu’elle  constate la disparition de son enfant. Affolé, elle se souvient que la servante avait aspergé un liquide mystérieux sous le prétexte de chasser les mouches et moustiques dans la chambre. Elle donne l’alerte et se souvient du comportement suspect de la servante.

Sommer de s’expliquer, la servante passe aux aveux devant la foule et pointe du doigt, sa patronne N’Djerebi Yaya.

Boutique de Akla David mis à sac à Bangeli

Mis sous pression de révéler la destination du bébé,  le trio infernal (N’Djerebi Yaya, son compagnon et la servante) accable à leur tour un mécanicien de la communauté (Dajè). Rusée, cette communauté joue à un jeu trouble. Quand elle est coincée, elle devient Adja-Ewe de Tohoun donc Togolais pour éviter la furia des populations autochtones. Quand il n’y a aucun problème, la même communauté dit fièrement être béninoise. Le mécanicien désigné comme celui à qui, on a remis l’enfant enlevé à son tour admet les faits et désigne Mr Akla David, le chef de leur communauté à Bangéli.

La foule décide alors d’aller demander des comptes au chef de la communauté Dajè. A leur arrivée, ce dernier est introuvable.

La foule pour la plupart des jeunes, décide alors de fouiller dans la maison et boutiques de Monsieur Akla David. Le résultat de la fouille mène à l’horreur. Deux crânes humains, des ossements, des jarres de Sodabi [boisson locale, Ndlr]et médicaments traditionnels le tout dans une mare de sang humain. La goutte d’eau qui va déborder le vase. N’ayant pas retrouvé les traces du bébé, la maison de Mr Akla David  est mise à sac.

Alertée, la gendarmerie met la main sur tous les présumés coupables sauf le chef de la bande qui est Monsieur Akla David et une quarantaine de jeunes qui ont mis la maison de ce dernier sens dessus-dessous.

Après l’arrestation des jeunes qui faisaient justice en l’absence de l’Etat, la localité se soulève. Tard dans la nuit, la gendarmerie comprend qu’une histoire de vol d’enfant peut déboucher sur une révolte populaire. Elle libère les quarante jeunes.

Mr Akla David est signalé à Kara et certains de ses proches se réfugient à Kabou, Guérin-Kouka et Bassar-ville. Les autorités promettent de donner une suite à cette affaire.

Monsieur Akla David  libre et jamais inquiété mais ceux qui l’accusent toujours en prison…

Le 25 mars 2020, à la surprise des habitants de Bangéli qui attendaient de la justice les résultats de l’enquête, plutôt douze jeunes de la localité reçoivent une convocation du juge d’instruction du tribunal de Bassar suite à une plainte déposée par Monsieur Akla David. Après des heures d’audition, interdiction leur a été  signifiée de ne pas quitter le canton sans l’autorisation du tribunal.

C’est dans cette ambiance que, le jeudi 26 juin 2020, ils ont été de nouveau convoqué à comparaître devant le juge Kazoulé. Séance tenante, ce dernier décide de mettre sept d’entre eux en prison.

Les connections dangereuses avec l’autorité locale et les tentacules d’un étranger fut-il chef de la communauté (Dajè) jusqu’à Bassar ont eu raison des jeunes de Bangéli. Dans quel pays de ce monde, un étranger criminel peut avoir aussi grande autorité si ce n’est pas au Togo de Faure Gnassingbé ?

L’ascension incompréhensible de Monsieur Akla David !

Gris gris retrouvés chez Monsieur Akla David

Selon les habitants, Mr Akla David est arrivé à Bangeli il y’a quelques années dans l’indifférence totale et sans moyens. Très rapidement, il devient le «chouchou» des cadres du parti UNIR et des autorités locales. Il est nommé chef de sa communauté et fait venir ses proches dans toute la région. Il tisse sa toile et se convertit dans le trafic de l’alcool frelaté, le Sodabi et le trafic de faux médicaments. Résultat de ce banditisme au cœur de Bangéli : Problème de santé et alcoolisme des jeunes.

En l’espace de quelques temps, monsieur Akla David devient le patron dans le transport avec un parking de bus, de gros véhicules et dispose de plusieurs biens immobiliers. Pis, Mr Akla David devient l’homme incontournable au point de se voir attribuer l’organisation de la fête très sacrée des Bassar/ Konkomba D’pontre (Fête traditionnelle du Grand Bassar).

Que retenir ?

L’Etat au Togo est faible. Les cantons, villages et hameaux sont des lieux de non droit. En soixante ans d’indépendance, les Gnassingbé ont mis le Togo en coupe réglée où étrangers et autorités administratives locales  répandent corruption et banditisme d’Etat. Personne n’est dupe à Bangéli. Le plus petit de la ville sait que, le chef canton est corrompu. Si laisser de jeunes innocents croupir en prison pour faire plaisir à un étranger lui-même criminel et libre de ses mouvements, il y a alors péril. Une affaire jamais réglée dans le droit, la justice et l’équité couve toujours. Il  y a urgence de demander des comptes au juge, au criminel Akla David, au préfet aux chefs cantons corrompus et aux «cadres» Unir du Grand Bassar.

Tchapo Sina

Lynx.info

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