Lettre ouverte à Logo Dossouvi Hilaire

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Si un jour, les historiens veulent écrire l’histoire de notre pays depuis les années 90, il y a certainement un nom qu’ils ne pourront et ne devront jamais oublier. Tellement ce nom reste attaché à une date, point de départ de tout un mouvement parce que, jamais vu, et inimaginable dans le Togo de feu général Gnassingbé Eyadema à l’époque. Ce nom, c’est incontestablement Hilaire Logo Dossouvi. Et c’est à lui que je m’adresse en espérant qu’il me lira et répondra sans détours à mon inquiétude. Lorsqu’au début de l’année 2008, j’ai appris ton retour au pays après des années que tu as passées et que par la même information j’apprenais que tu as pris fonction au Ministère des Affaires Etrangères qui était en ce moment-là sous l’autorité du Professeur que tu admirais tant, je me suis dit, voilà, ça y est. Ces retrouvailles entre l’Etudiant qui a fait depuis les années 1990 (jusqu’à nos jours en attendant un revirement) de son professeur une idole loin d’être une occasion de joie et de collaboration ambiante, ces retrouvailles, dis-je, étaient plutôt des moments de colère et de haine. Alors, première question : pourquoi avez-vous accepté aller de nouveau collaborer avec le professeur, alors que c’est lui-même qui devrait vous payer de sa propre poche vos prestations au ministère ? Très vite donc, l’atmosphère était invivable et la séparation très vite consommée par votre démission fracassante. Pourquoi ? J’ai appris alors après cet épisode que vous avez de nouveau pris le chemin de l’exil, plutôt de l’étranger où, parait-il, vous vous plaisez beaucoup. Etait-ce vrai ?

Jeune frère Hilaire, pourquoi as-tu accepté ce matin-là, à moins que ce soit une rumeur (et Dieu sait qu’à Lomé les rumeurs sont pour 90% des vérités…), pourquoi, dis-je, avez-vous accepté, dans le cabinet ou au domicile de celui que tu reconnais, assumer cette responsabilité, cette lourde responsabilité de réunir autour de toi des étudiants pour distribuer des tracts qui dénonçaient au grand jour les tares du régime d’alors sous l’autorité de feu général Eyadema ? Voilà comment tu as troublé la quiétude des Togolais qui au moins vivaient en paix avec eux-mêmes et leurs visions. Tu as préféré, avec tes amis vendeurs d’illusions, mettre ce pays à feu et à sang et je me demande au nom de quelles garanties ? Quelles garanties et quelles sont les promesses alléchantes que celui-là, ton frère, t’a faites ce jour là pour que tu te lances dans cette aventure aux lendemains incertains et même au prix de ta vie et de celle des autres, de tes compagnons d’infortune ? Tu savais très bien en ces temps-là, en ces moments-là, que tu seras découvert et arrêté et du coup, tu devais livrer aussi tous ceux qui te suivront dans cette besogne. Malgré tout, tu as osé. Si j’apprécie aujourd’hui ton courage « aveugle et irréfléchi, peut-être insensé sans raisons valables « , je me demande quel remord as-tu de nos jours ?

Nous en reparlerons en terminant ma lettre ouverte. Je voudrais que tu me dises en toute conscience, si c’était une autre personne qui n’était pas de la Région, qui te demandait ce service, aurais-tu accepté ? Voilà comment toi aussi tu as, à ta manière, cautionné le tribalisme. Ah ! Le tribalisme, on en parlera toujours en bien ou en mal, car on le vit aujourd’hui quoi qu’on dise. Plus que jamais, c’est l’un des maux qui nous ruinent, nous menacent, nous tuent et nous attristent. Que faire ? Pourra-t-on l’éradiquer un jour ? Passons ! Pourquoi as-tu fait des héros sans une base solide, des héros fragiles qui n’avaient que leurs intérêts à sauvegarder, et à privilégier, à conserver et à défendre à tout prix, même au prix de vous abandonner à la mort. Et la mort, beaucoup de ceux qui t’ont suivi, toi Hilaire, dans cette aventure, en ont trouvé. Si la mort est naturelle et attend tout un chacun de nous un jour, aujourd’hui qu’as-tu fait ou que fais-tu des victimes, je voulais dire, les enfants de tous ceux qui ont péri et perdu leur vie dans ce mouvement. Oh ! La vie ! Elle ne tient qu’à un bout de fil.

Jeune frère Hilaire, ne vois-tu pas aujourd’hui que tu n’as pas la conscience tranquille quand tu verras les enfants, les parents de tous ceux-là qui ont accepté ce sacrifice aveugle et inutile et sont morts par ta faute ? Cependant, je te reconnais toujours le mérite d’avoir osé, d’avoir cru que par cet acte qui a conduit au 5 octobre 1990, tu pourrais apporter un changement. Sache qu’on n’apporte pas un changement, on provoque tout en créant un changement, sûr que ceux qui mèneront, conduiront aux changements sont prêts aux sacrifices, non tout en visant le côté positif qui leur servira de commerce, mais sont convaincus et rassurés que sans eux, le changement verra le jour grâce à leurs sacrifices.

Sans eux, oui mais avec eux, c’est-à-dire lorsque le changement n’aurait pas abouti et qu’ils vivent malgré tout. N’est-ce pas aujourd’hui ton cas ? Où es-tu aujourd’hui ? Que fais-tu ? Que pourras-tu faire ? C’est avec beaucoup de mépris que j’ai toujours appris que tu t’es fait maintenant caser dans un vieux bureau délabré à l’Agence Togolaise de Presse (ATOP), bien sûr cette fois-ci avec une décision d’engagement. Ah ! Tu gagneras maintenant ta vie et tu la gagnes mieux, puisque tu as retourné ta veste. Ceux que tu as cru combattre par le passé, alors que tu n’avais ni armes, ni moyens, tu cherches à collaborer avec eux. Quoi de plus normal. Mais pourquoi ce changement brusque et brutal ? Que le changement, ton changement en appelle à des interrogations. Et si nous en reparlons dans ma prochaine lettre ouverte que je t’adresserai après t’avoir lu ? A bientôt !

PABALA

 

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