L’eternelle erreur de l’opposition togolaise…

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Il faut tirer un chapeau aux signataires du seul accord politique qui est sérieux et porteur d’espérance qu’on appelle l’Accord Politique Global (APG). Cet accord, signé par le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA), la Convention Patriotique Panafricaine (CPP), le Parti pour la Démocratie et le Renouveau (PDR), l’Union des Forces de Changement (UFC), ainsi que deux organisations de la Société civile , le GF2D (Groupe de Réflexion et d’Action Femme, Démocratie et Développement) et le REFAMP/T (Réseau des Femmes Africaines Ministres et Parlementaires), devrait baliser la voie pour la construction d’une vraie démocratie et d’un état de droit au Togo. Les cinq partis d’opposition, le RPT et les deux organisations de la société civile ont écrit une belle page de l’histoire du Togo, ce 20 Août 2006 à Lomé…

« Les parties prenantes au Dialogue s’engagent à poursuivre toutes les réformes visant à consolider la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance. Les parties prenantes au Dialogue s’accordent pour que le gouvernement d’union nationale engage les réformes dans un esprit de large consensus… »

C’est le Point 3-1 du Titre III  qui s’exprime ainsi.
Ce titre III est intitulé :

« La poursuite des réformes constitutionnelles et institutionnelles nécessaires à la consolidation de la démocratie, de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance »

Quant au Titre IV de cet APG, il est intitulé : « La formation d’un gouvernement d’Union nationale » et dispose en son point 4-1, ce qui suit :
 
« Toutes les parties prenantes au Dialogue acceptent le principe de la formation d’un gouvernement d’union nationale… »

C’est, on ne peut plus clair, les termes de cet APG, qui a fait espérer aux Togolais le bout du long tunnel noir du drame togolais. Mais, c’était sans compter avec l’amateurisme, l’immaturité et le cynisme de certains leaders de l’opposition togolaise… Dès que Monsieur Yawovi AGBOYIBO fut nommé Premier Ministre et chargé de former ce précieux gouvernement d’union nationale, l’UFC (de Gilchrist OYMPIO, Jean Pierre FABRE, Patrick LAWSON, Isabelle AMEGAVI etc…) refusa d’entrer dans ce gouvernement dont il avait pourtant accepté et signé le principe de formation.
La raison essentielle du refus est que la Primature devait revenir à l’UFC, qui est, selon ses dirigeants, le premier parti de l’opposition… et le plus populaire(sic !).

Comment peut-on se proclamer « premier parti du pays » quand  on n’a jamais participé à des élections législatives ? En effet, avant ce 20 Août 2006, l’UFC avait boycotté les élections législatives de 1994 et 1999.

C’est le CAR, qui, avec 36 (trente six députés) a raflé la mise aux législatives de 1994, devant le RPT et l’UTD, les trois partis qui avaient compéti en 1994. Toute l’opposition ayant boycotté le scrutin législatif de 1999, à la date du 20 Août 2006, et au vu des résultats des dernières législatives, c’était le CAR qui était de facto, le premier parti d’opposition du pays. Et c’est fort logiquement que le Président Faure GNASSINGBE nomma le Président d’alors du CAR, Me Yawovi AGBOYIBO, Premier Ministre… Mais cela, Mr Gilchrist OLYMPIO et ses lieutenants d’alors (FABRE, LAWSON, AMEGANVI etc..) ont feint de l’ignorer et ont boycotté ce gouvernement d’union nationale sensé régler les problèmes graves du pays….Cette prise de position assassine a tout plombé jusqu’à ce jour où les réformes constitutionnelles et institutionnelles se font toujours attendre ! Il y a bien eu des législatives en 2007, mais c’est le RPT qui a raflé la mise, avec 51 députés, et l’UFC ne s’en sort qu’avec 27 députés et le CAR quatre (04)…

Aujourd’hui, à quelques mois des législatives d’octobre 2012, l’opposition  politique togolaise est dans un état indescriptible de décomposition.
Tout d’abord, l’UFC a implosé, avec la guerre fratricide en son sein, avec pour conséquence, la création de l’ANC de Jean Pierre FABRE et Cie. L’UFC restante signe un accord dit « historique » avec le RPT et rentre au gouvernement avec sept ministres. Puis, c’est la crise de légitimité de certains députés UFC passés à l’ANC, dont neuf sont virés de l’Assemblée Nationale (par arrêt de la Cour Constitutionnelle)..

 Depuis l’élection de Faure GNASSINGBE le 04 Mars 2010, Jean Pierre FABRE et les siens battent le pavé tous les samedis et vont entretenir les vagues de l’Océan Atlantique de la validité ou non d’une élection présidentielle, puis, de la primauté ou non de la Cour de Justice de la CEDEAO sur la Cour Constitutionnelle togolaise,  en oubliant royalement l’Article 106 de notre Constitution qui dispose que :

«  Les décisions de la Cour Constitutionnelle ne sont susceptibles d’aucun recours. Elles s’imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités civiles utilitaires et juridictionnelles. »

Il a fallu expliquer aux militants de l’ANC, comme à des enfants, qu’aucune juridiction ne peut contester les décisions de la Cour Constitutionnelle Togolaise, que cette juridiction soit nationale ou internationale, sinon, le  pays perd sa souveraineté.
 Les constitutionnalistes togolais qui ont rédigé notre Constitution, ont jugé surfétatoire de spécifier : « juridictionnelles nationales ou supranationales ». Si la Cour Constitutionnelle togolaise réintègre par exemple les députés exclus du parlement, en disant qu’elle s’était trompée, elle peut donc s’être trompée aussi dans d’autres arrêts, y compris dans la proclamation définitive des résultats de la Présidentielle de Mars 2010 par exemple, et elle ne serait plus crédible…

Depuis 1990, l’opposition togolaise a commis erreurs sur erreurs : refus de gouverner ensemble après sa victoire aux législatives de 1999 (ce qui avait permis au RPT d’avoir une Assemblée monocolore et de modifier la Constitution du 14 Octobre 1992), refus de l’UFC de participer au gouvernement d’union nationale de Me AGBOYIBO après l’APG, refus du CAR et de l’UFC de prendre part aux travaux de CADRE PERMANENT DE DIALOGUE et de Concertation (CPDC)…

Le Titre V de l’Accord Politique Global (APD) stipule dans son point 5.1 que :

« Les parties prenantes au Dialogue conviennent de la création d’un cadre permanent de dialogue et de concertation sur les sujets d’intérêt nationale ».

C’est la CDPA de Léopold GNININVI qui avait fait la proposition de création de ce cadre. Cette idée fut donc entérinée par toutes les parties prenantes au dialogue, mais au moment d’y participer, le CAR et l’UFC refusent d’y siéger…

Et qu’ont fait les 31 députés de l’opposition à l’Assemblée Nationale depuis Octobre 2007 ?

Aucun projet de loi déposé à l’Assemblée Nationale, aucune motion de censure contre les gouvernements RPT. Bref aucune action concrète posée par les députés de l’opposition. Même le « légitime » Jean Pierre FABRE est resté près de trois ans au Parlement (avant d’en être viré), sans qu’il ait posé un seul acte digne d’un vrai député de l’opposition !..
Récemment c’est à un jeu enfantin de « Jacques où es-tu ? » que jouent le CAR et l’ANC, en se présentant seuls à un dialogue triangulaire avec le RPT, alors qu’ils avaient refusé de siéger au CPDC rénové qui comprend toutes les parties prenantes de l’ANC…Les deux partis de l’opposition se bombardent pompeusement « partis parlementaires ». Si le CAR a quatre députés à l’Assemblée Nationale, on ne sait à ce jour, combien de députés l’ANC possède au Parlement… à moins que la plage de Lomé ne soit une annexe de notre parlement !

Pourquoi l’opposition togolaise, dans son ensemble, ne peut –elle pas s’unir, ne serait-ce qu’une seule fois, pour faire le poids devant le RPT ?

Beaucoup de Togolais pensent que le RPT est vraiment fort : après avoir « grillé »   l’UFC, le pouvoir va « griller » l’ANC dans les discussions à trois  avec le CAR : Certains applaudissent Faure GNASSINGBE d’avoir fait arracher Jean Pierre FABRE et Patrick LAWSON de leurs rêveries à la plage, pour les amener enfin à travailler sur des sujets d’intérêt national. D’autres, plus « mauvaises langues », plaisantent que Faure GNASSINGBE a réussi à « arracher FABRE du trottoir Kodjindji » pour l’amener au boulot, parce que, de mémoire de togolais, on n’a pas beaucoup vu Mr FABRE beaucoup travailler dans sa vie. Pour être Président de la République il faut bien apprendre à travailler au moins dix heures par jour…

Quelles sont les raisons qui empêchent les partis politiques de l’opposition de travailler main dans la main pour  présenter un front uni face au pouvoir ? Depuis toujours. C’est l’UFC qui a décidé que si dialogue il devait y avoir, c’est avec elle seule, que le Pouvoir doit discuter et que les autres parties ne comptent que pour du beurre… Gilchrist OLYMPIO a poussé sa logique jusqu’au bout et a conclu un accord de dupes, seul, avec le RPT. Son « héritier en exclusion », lui, estime récemment que des membres du CPDC nommés par le  Président de la République sont « illégitimes ». En attendant, lui, le « légitime »  est viré du Parlement sans autre forme de procès. Au lieu d’exiger qu’il soit réintégré au Parlement (si c’est possible) avant d’aller à un dialogue de dupes avec le pouvoir (qui jongle allègrement avec un dialogue triangulaire et un CPDC rénové)…
Le « légitime », dans un récent communiqué, exige la dissolution de la Cour Constitutionnelle ! Même le Président de la République ne peut pas dissoudre la Cour Constitutionnelle !

Et les autres leaders de l’opposition dans tout ce tohu bohu politique ?

Frappés par l’usure d’être des éternels opposants, n’ayant rien trouvé de novateur à proposer au peuple, ayant refusé de procéder au renouvellement des cadres de leurs partis, ils se meurent lentement mais sûrement, au grand bonheur du pouvoir. Il faudrait que nos leaders politiques lisent le livre « Violence et ordres sociaux » écrit par Douglass North, John Wallis et Barry Weingast. Ces auteurs nous  rappellent comment Franklin Delano Roosevelt, avec son programme novateur du « New Deal », et Tony Blair, avec son programme novateur du « New Labour » remportèrent les élections présidentielles américaines de 1932, et les élections au poste de Premier Ministre britannique en 1990…

L’idiotie politique consiste à claironner partout qu’on est le seul parti « légitime » de la classe politique du pays. Dans un régime semi-présidentiel comme le nôtre, un parti politique qui obtient seulement deux (02) élus au Parlement, peut être le grand gagnant du scrutin, étant donné que ce parti peut, à lui seul, et avec ses seuls deux élus, faire basculer une majorité parlementaire absolue d’un côté à l’autre. C’est encore plus idiot de traiter les petits partis de « partis minuscules »ou « d’epsilon »… Dans ce même ouvrage, les auteurs incitent les partis à manœuvrer avec intelligence : « la compétition oblige les partis à faire des compromis et à modérer les revendications des groupes de pression… »

 C’est à juste titre que les auteurs conseillent ceci : « … les partis, s’ils veulent prendre ou conserver le pouvoir, doivent constamment avancer des idées elles aussi nouvelles… »

L’éternelle erreur de l’opposition togolaise, qui peut se résumer aux mots « suffisance, surestimation, ignorance, exclusion, amateurisme et inconscience » ne la fera jamais avancer et cette opposition s’éteindra d’elle-même si elle n’y prend garde…

Par Dr David IHOU, Ancien Ministre de la Santé et de la Population, Consultant en Géopolitique et Stratégie Sécuritaire.

 

 

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