Les démocraties occidentales sont-elles par nature criminelles ?

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L’histoire nous a toujours montré que tout n’était qu’éternel recommencement car rien ne se perdait, rien ne se créait mais tout se transformait toujours et que le mal perpétré par autrui, dans cet éternel recommencement et sous l’égide d’autorités institutionnelles internationales était plus un mystère qu’un problème.

Si le crime au nom de la démocratie, prend souvent l’accent de la vertu c’est parce que la vertu s’accommode de ce que l’homme d’Etat, élu au suffrage universel est supposé détenir la vérité, et qu’au nom de cette vérité cet homme d’Etat puisse dériver dans des travers oligarchiques incontrôlables et irréversibles. Le fonctionnement d’une démocratie procède par systèmes d’empilements de responsabilités, non chaînables, de telle sorte que la majorité des citoyens soit coupée de l’exercice réel du pouvoir au profit d’une minorité influente, voire d’une autorité despotique comme celle que nous avons connue en France de 2007 à 2012.

Pour une meilleure explication de texte quant à cette notion d’empilement de responsabilités, faisons un détour par l’administration coloniale française, à la veille de la deuxième guerre mondiale.

Bien que les lois constitutionnelles de la 3e République aient institué un régime parlementaire, ce ne seront jamais les élus français qui exerceront la souveraineté des colonies car le parlement qui n’usera pratiquement jamais de son droit de légiférer, préférera fermer les yeux sur un régime de décrets hérité du second empire plutôt que de se prononcer démocratiquement sur le sort et la gestion de ses colonies.

Seul le ministre des colonies agissant au nom du chef de l’Etat français exercera d’une manière arbitraire et unilatérale l’intégralité des pouvoirs législatifs et exécutifs dans les territoires de son ressort, fussent-ils colonies ou sous mandat.

Nous constatons ici que deux modes opératoires de gouvernance se juxtaposent sans qu’aucune passerelle n’en vienne harmoniser les finalités. De fait on peut dire qu’un modus operandi « démocratique » français aura sous-traité la gestion de ses territoires d’Afrique à une cellule autoritaire dépositaire des pouvoirs de la République, sans contrôle à postériori.

Probablement que l’annulation unilatérale, en AEF par les décrets fonciers de 1899 et en AOF par le décret du 23 octobre 1904 des « droits souverains » reconnus aux anciens Etats africains en la personne des chefs traditionnels, auront expliqué qu’il y ait eu deux poids deux mesures dans la gestion socio-économique de ce qui était, en son temps constitutif du territoire français ! De surcroit le ministère des colonies ayant délégué tous pouvoirs à un gouverneur général, véritable proconsul, assisté d’un conseil de contentieux, et disposant de sa force armée, tous les ingrédients d’une gestion totalitariste à trois étages cloisonnés, n’avaient plus qu’à prospérer pour asservir et aliéner les peuplades indigènes.

On voit bien qu’en démocratie ce n’est pas l’origine des pouvoirs qui importe, mais bien plus le contrôle continu et efficace que les gouvernés exercent sur les gouvernants, or comme nous l’avons dit, la classe politique étant coupée des citoyens, le régime démocratique ne pourra offrir qu’une gouvernance selon les intérêts d’une minorité, et c’est bien là que le bas blesse, car les grands idéaux véhiculés par ce régime ne sont que des vues de l’esprit, que des serpents de mer, que des anesthésiants, qui amènent inexorablement vers le malheur innocent des individus crédules, coupables de cette innocence !

La question que l’on peut rétrospectivement se poser est alors de savoir ce que l’on accordait comme signification, à cette époque pas si lointaine que cela, à la notion de démocratie et pourquoi celle-ci n’était pas applicable, sous une forme ou sous une autre, aux colonies !

Au terme de cette deuxième guerre mondiale, si la Charte de l’Atlantique entérina solennellement le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il a été implicite et naturel pour la France de penser que ses textes ne pouvaient être applicables qu’à l’Europe et non pas aux colonies, qu’elles fussent françaises ou britanniques. Roosevelt de son côté, qui ne cachait pas son désir de voir l’impérialisme américain s’aventurer sur les terres d’Afrique, insistait volontiers sur le caractère universel de ces déclarations !

Il n’en fallu pas plus pour que De Gaulle, alors président du Comité Français de Libération Nationale, quelques mois après l’élimination des vichystes d’AOF tienne une conférence à Brazzaville le 30 janvier 1944 pour affirmer l’hégémonie sans réserve de la France sur ses territoires coloniaux.

Le général De Gaulle terminera ses propos liminaires de cette conférence de la manière suivant: « …Il n’y aurait aucun progrès si les hommes sur leur terre natale…ne pouvaient s’élever peu à peu jusqu’au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires » et concluait ainsi, « Tel est le but vers lequel nous avons à nous diriger. Nous ne nous dissimulons pas la longueur des étapes ».

De Gaulle qui a amorcé un modèle démocratique en France, n’aura pas été capable d’en instaurer un différent ou à l’identique dans ses colonies, probablement n’y a-t-il jamais pensé ! Alors d’où vient cette incapacité à ne pas savoir faire et à ne pas vouloir faire ? Faut-il que le mal que la démocratie perpétue à l’extérieur de son système soit nécessaire à la maturation et à l’évolution de celle-ci sur son sol premier ?

Certes, en son temps, cette conférence qui n’avait aucun caractère ni démocratique ni représentatif n’était qu’une conférence des gouverneurs et gouverneurs généraux de l’Afrique noire et de Madagascar, présidée par PLEVEN qui avait pour but essentiel d’assoir une hégémonie française en Afrique et de stopper les manœuvres américaines. Les colonies devenaient des faire-valoir sans plus, et à nouveau le principe de la souveraineté coloniale restât posé comme intangible.

La notion de démocratie, de tous temps aura plu à l’humanité car elle suscitait dans l’esprit de chacun des notions chaleureuses, celle du vivre ensemble, celle des droits inaliénables de l’homme, celle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et plus tard, tarte à la crème, celle du suffrage universel. En pratique il en fut autrement ! Voila l’erreur doctrinale qui consistait, (et consiste toujours) à croire que la liberté des opinions pouvait aller contre l’obéissance. En démocratie dès lors qu’une masse a confié le pouvoir à une élite, celle-ci devra obéir à des règles et des lois édictées par celle là qui détient le pouvoir. Il faut bien que le plus puissant gouverne, disait Auguste Comte, c’est là un principe de physique ! Dont acte.

On voit bien dans les exemples de la gestion de l’indigénat évoqués ci-dessus, que la démocratie ne fonctionne pas dans l’équité et qu’elle à des limites de classe, géographiques et de prérogatives.

Ce que n’avaient pas compris De Gaulle, ses prédécesseurs et ses successeurs jusqu’au Président Sarkozy c’est que l’obéissance passive n’était pas un facteur de progrès, que l’homme africain n’était pas, comme le disait les colons de Côte d’Ivoire, un « moteur à bananes » en faisant allusion aux bananes plantain, que derrière l’Euphémisme « village des libertés » il fallait comprendre camp d’enfermement, et souvent camp d’extermination.

Le modèle démocratique actuel en occident, intégré dans un despotisme technocratique agissant au nom du bien, engendre inévitablement le mal, car le démagogue qui recherche les faveurs du peuple, sans pour autant se soucier de ses intérêts réels se transforme en despote sitôt les suffrages exprimés en son nom. Avant de commettre un génocide, Hitller à été élu démocratiquement ! Alors quel crédit peut-on accorder à la démocratie ! En tout cas au suffrage universel.

A supposer qu’en Côte d’Ivoire Ouattara ait été élu démocratiquement, se comporte-il pour autant en démocrate tel que le conçoit l’inconscient collectif? En bref est-il favorable dans ses actes au pluralisme des partis, accepte-il les débats et la libre concurrence d’opinion, montre-t-il à la communauté internationale de la Côte d’Ivoire un visage d’Etat de droit, prône-t-il une justice équitable et indépendante, fait-il preuve d’humanisme et de tolérance envers ses opposants politiques enfermés aux motifs farfelus, qui croupissent dans des geôles d’une autre siècle, est-il un rassembleur de consciences, plaide-t-il pour la laïcité , respecte-t-il la constitution, s’oppose-t-il à la discrimination ethnique en combattant l’épuration ethno-politique, bien sûr que non et c’est bien tout le contraire, il offre au vu et au su de tous un visage de tyran autoritaire plutôt serein, probablement inconscient qui n’augure rien de bien réjouissant pour un peuple qui se déshumanise sous le joug d’une violence sans nom.

La Côte d’Ivoire sombre aujourd’hui dans un liberticide gangréneux initié par une criminalité de fait de certaines démocraties occidentales, car ce monsieur Ouattara a été ouvertement installé à son poste sur un coup d’état électoral comme l’ont été, d’une manière aussi arbitraire car par décret, à l’époque du colonat français, les gouverneurs généraux Chaudié, Ballay, Roume, Merlaud-Ponty, Clozel ou encore le théoricien pacificateur Angoulvant le sanguinaire.

La Nation des droits de l’homme et des libertés individuelles, celle de Rousseau de Voltaire et de Montesquieu, sous caution des Nations Unies, aura dans une cupidité et une avidité sans nom, pour s’attacher à des biens matériels et narcissiques, assujetti en profondeur au travers de son bras armé, un peuple ivoirien crédule et naïf.

Comment un Etat démocratique, porte drapeaux des droits de l’homme, reconnu par le monde entier, peut-il en agissant au nom de la paix déclencher la guerre, comment peut-il arriver à appliquer des méthodes de terroriste pour satisfaire des idéaux de bien être ! Quel crédit doit-on apporter à cette démocratie moderne qui est selon Nietzche, la forme historique de la décadence de l’Etat ! Partant du principe qu’il vaut mieux se tromper avec tout le monde que d’avoir raison seul, les peuples constitutifs du premier des trois étages (dans notre exemple colonial) de la dynamique démocratique, dans un renoncement fataliste acceptent les tueries sans demander des comptes.

Les démocraties occidentales expliquent dans une rhétorique insoutenable qu’il est bon et nécessaire d’employer la violence « temporairement » pour instaurer un droit à la liberté, et c’est toujours au nom d’un pseudo droit quelconque (droit de protéger, intervention humanitaire, euphémisme pour intervention militaire) que ces démocraties sous couvert de textes dépoussiérés voir falsifiés ou de résolutions grossièrement dictées imposent leurs diktats. Quelque part ces démocraties occidentales postulent que les peuples africains dans leur grande majorité ne sont pas compétent pour affirmer une opinion décente et réaliste, sur les affaires de l’Etat, quant à leur devenir et à leur auto-détermination. Souvenons-nous ! « Le drame africain, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire.. »

Dans les valeurs cardinales de la démocratie, on notera la liberté individuelle d’expression qui se manifestera dans le suffrage universel. Or le suffrage universel s’il est le seul acte constitutionnel qui légitime la notion de pouvoir du peuple ne sera en aucune façon déterminant sur la conduite d’une politique nationale. A mon sens seul le suffrage exprimé lors de municipales pourra venir en contre pouvoir d’une politique locale. Pour ce qui est de la politique nationale, le suffrage universel est un leurre, pire c’est un canular car il ne fait que répondre à une démarche clientéliste et démagogique d’individus qui une fois au pouvoir n’auront que faire des idéaux des inférieurs et des promesses électorales, c’est ça la démocratie, si on tente bien entendu de caricaturer les choses.

Ce qui veut dire que partout, mais surtout dans les régimes démocratiques, le peuple est instrumentalisé pour cautionner ultérieurement des dérives de dirigeants qui se muent très rapidement en dictateurs. Le peuple français n’a jamais donné un blanc-seing au Président Sarkozy, ni pour attaquer la Lybie, ni pour guerroyer en Afghanistan ni pour déclarer la guerre à Laurent Gbagbo alors chef d’Etat de Côte d’Ivoire que je sache ! Etre démocrate ou pas démocrate ne veut donc rien dire dans la mesure où nous ne savons pas dire ce qu’est la démocratie et en tracer les contours et les limites. En démocratie, c’est à dessein qu’il n’y a aucune traçabilité dans son mode opératoire.

La démocratie plurielle est un mythe auquel on veut croire, par désir d’y croire parce que nombre de cultures qui ont éduqué les occidentaux, dont la culture judéo-chrétienne, ont toujours sacralisé ses fondements qui partaient de bons sentiments jusqu’à ce que nous en transcendions leurs applications, mais nous nous sommes toujours fait bernés, parce que partout le supérieur suppose l’inférieur et la force la faiblesse.

Cela dit il existe encore des hommes et des femmes sur cette terre qui pensent qu’un jour la démocratie dans son application ne sera plus schizophrène, et que le peuple aura son droit de véto sur toute action qui ne serait pas conforme à ce sur quoi s’est engagé celui ou celle qui a bénéficié d’un suffrage majoritaire. Laurent Gbagbo qui me disait un jour lorsque nous dissertions justement sur cette notion de démocratie, « il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher », est de cette trempe là ! Il tentait d’idéaliser des discours et des convictions généreux qu’il avait puisés dans ses traditions, dans ses racines, dans son éducation.

Ironie du sort, au nom de la démocratie ivoirienne qui n’aura rien fait pour Laurent Gbagbo, la démocratie occidentale l’aura fait incarcérer pour le bien de celle-ci ! On ne sait plus trier le bon grain de l’ivraie ni même dire si cette incarcération est une bonne ou une mauvaise chose, car il y a fort à parier que si Laurent Gbagbo était resté en détention à Korhogo il ne serait peut être aujourd’hui plus de ce monde.

En réalité la démocratie n’est qu’un idéal théorique, et comme le disait Churchill, c’est le pire des régimes à l’exception de tous les autres déjà essayés dans le passé.

En effet, l’histoire obéissant à des lois immuables, une démocratie quelle qu’elle soit qui impose le terrorisme de sa vérité, sera toujours criminelle, mais ses crimes seront toujours de « bons crimes », exécutés au nom d’une souveraineté, au nom d’une hégémonie, au nom d’un ordre moral, au nom d’intérêts supérieurs et le pire c’est au nom d’elle-même, c’est-à-dire au nom du mensonge et d’intérêts particuliers !

La politique est une drogue dure qui soumet les peuples pour peut être un jour les rendre libres, mais comme disait De Gaulle, « nous ne dissimulons pas la longueur des étapes ».

D’un autre côté, dire qu’une démocratie, occidentale ou pas est forcément criminelle me paraît sémantiquement faux, car au final n’existant pas par elle-même on ne peut la charger de tous les maux de la terre. En effet elle n’est, dans ses mécanismes qu’un pâle mélange d’oligarchie de monarchie et de démocratie qui trouve son essence dans l’indifférence d’un peuple impuissant dont le mal est inscrit, selon Saint Augustin, dans ses propres penchants.

Nous le répétons, ça n’est cependant pas la mécanique démocratique française en tant que telle qui a poussé la France à intervenir en Afghanistan, c’est son exécutif autoritaire et tout puissant qui l’a décidé, pour faire allégeance, toujours au nom des pseudos droits de l’homme, au suzerain américain, ça n’est pas le peuple français qui a décidé de déclarer une guerre sournoise et « sans panache » à la Côte d’Ivoire , mais son chef des armées à l’égo surdimensionné qui voulait être le maître du monde, mais n’est pas maître du monde qui veut ! Quand ces types d’ingérences « s’imposent » c’est le peuple, par le truchement du référendum qui doit autoriser ou pas l’intervention, alors on pourrait parler effectivement de démocratie ! Les grands seigneurs, disait Shakespeare, sont ceux qui peuvent faire le mal mais qui ne le font pas.

Si « les dictatures se nourrissent du désespoir des peuples » les démocraties, peut être plus perverses nourrissent d’espoir des peuples asservis qui ont cependant l’impression d’exister.

Quand les dictatures détruisent les rêves, les démocraties vendent du rêve, et dans les deux cas il ne restera rien de ce luxe qui corrompt la nature humaine.

Alain Cappeau,

Conseiller spécial du Président Laurent Gbagbo

 

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