Incapable d’assurer la sécurité des Ivoiriens, Ouattara indexe le Ghana

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Le gouvernement ivoirien vient de fermer toutes ses frontières avec le Ghana voisin. Une décision pleine de non-dits. Décryptage.

Incapable d’assurer la sécurité des Ivoiriens, le régime Ouattara a-t-il choisi d’alimenter au maximum la tension avec le voisin ghanéen, notamment dans l’espoir de voir la France appliquer le volet secret des accords de Défense de 1961, qui demeurent valables – bien entendu selon le bon vouloir de Paris – en l’absence de ratification du nouveau pacte négocié en catimini avec Nicolas Sarkozy ? En tout cas, l’intervention télévisée de Paul Koffi Koffi, ministre délégué à la Défense, qui travaille directement sous l’autorité du chef de l’Etat, donne cette impression. Le message qu’il a voulu passer hier soir sur les antennes de la RTI1 est clair et net. A l’origine des échanges de coups de feu qu’il y a eu hier au petit matin à Noé, à la frontière ivoiro-ghanéenne, il y a des hommes qui sont venus du Ghana et qui sont repartis au Ghana.

Selon nos informations, Ouattara et son clan faisaient face depuis un certain temps, au point de vue international, à un certain nombre de questionnements dérangeants. Comment se fait-il, leur demandaient certains interlocuteurs, que vous passez votre temps à pointer du doigt le Ghana, situé à l’est de la Côte d’Ivoire, alors que la majorité des troubles se déroulent à l’Ouest, bien loin donc du pays de Kwame Nkrumah ? L’attaque mystérieuse de Noé vient comme à la rescousse d’Alassane Ouattara, qui se promènerait littéralement de pays en pays avec le DVD des «aveux» fabriqués du colonel Katé Gnatoa. Des «aveux» montés par le duo constitué par l’homme d’affaires véreux Prosper Tao Tsikata et le ministre de l’Intérieur de Ouattara, Hamed Bakayoko.

Des signes qui ne trompent pas

C’est le Ghana qui est visé, derrière les propos emberlificotés de Koffi Koffi. Un certain nombre d’éléments le démontrent aisément : l’insistance avec laquelle il «rappelle» que les assaillants sont venus de ce pays et y sont repartis; le choix des mots – Ouattara trouve cet allerretour «inacceptable» tout en louant hypocritement la «franche collaboration» et la «coopération exemplaire» dont fait preuve le Ghana – ; le parti pris de fermer également les frontières aériennes, pourtant bien mieux surveillées et d’où un mouvement de déstabilisation ne peut partir qu’avec le soutien total de l’Etat voisin. Ouattara s’en prend donc au Ghana, à un moment délicat pour ce pays qui va à un scrutin présidentiel particulier, après la mort brusque de celui qui aurait dû être le président sortant.

Au-delà du désir à peine masqué de voir la France et l’ONU se substituer à des FRCI notoirement incompétentes (Ouattara n’a cessé de se plaindre de l’inaction des Casques bleus), l’on sent poindre également une forme de chantage «à l’extradition». Puisque le Ghana ne veut pas livrer le porte-parole du président Laurent Gbagbo, Justin Koné Katinan, eh bien, il sera mis sous pression, traité en quasi-ennemi. Les boutefeux et faucons du régime se sont déjà mis en branle. Alain Lobognon, le ministre de la Jeunesse et proche parmi les proches de Guillaume Soro, a commencé la cyber-guerre sur le réseau social Twitter, qu’il utilise pour hystériser la base des «adorateurs». «En choisissant de faire de son territoire une base arrière pour déstabiliser la paix en Côte d’Ivoire, le Ghana se trompe d’époque», écrit-il. Et il poursuit : «Le Ghana n’a ni démenti, ni nié une attaque à partir de son territoire.» Pour l’ambiance, ça promet !

Ouattara et ses hommes espèrent que, pour se justifier et de donner des gages, John Dramani Mahama finisse par offrir en holocauste celui que le CNP nous interdit de nommer le ministre du Budget du gouvernement Aké N’Gbo (qui n’a jamais existé selon notre histoire officielle). Jusqu’où ira le pouvoir ivoirien dans sa folie épuratrice? Et quelle sera la réaction de la «communauté internationale» à cet énième coup de menton? Les prochains jours nous le diront.

Philippe Brou

Le Nouveau Courrier

 

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