Le Dromadaire, le Palmier Detia et le Désert

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Les négociations sont à peine achevées à Ouagadougou que Gilchrist Olympio saute dans le premier avion, dans un état d’esprit euphorique proche d’un état second, pour rejoindre son fief parisien d’où il diffuse à qui veut l’entendre sa future « victoire écrasante »  sur le RPT, ses alliés et ses détracteurs ainsi que sur son propre parti, l’UFC.

La seule et unique concession tangible faite par le RPT lors de ces sempiternels accords est la levée des conditions d’éligibilité à la présidentielle qui frappent le leader de l’UFC et qui tiennent aux critères de résidence et de nationalité. Si ces conditions discriminatoires sont à déplorer, il faut dire aussi qu’elles sont accessoires par rapport au cadre électoral général, d’ailleurs très fluctuant, imposé depuis la reprise en main de fer par le pouvoir du processus de démocratisation au lendemain de la Conférence nationale : notamment la constitution et le code électoral, lesquels se contredisent, à force de multiples tripatouillages, en certaines de leurs dispositions.

Lorsque, comme ses alliés du CAR ou ses adversaires du RPT,  le chef de l’UFC parle de « réformes constitutionnelles et institutionnelles », il n’a jamais été question dans son esprit, où ne se loge point une once de malentendu, de toucher à l’essentiel mais de bousculer l’accessoire au nom duquel il vient à Lomé mobiliser ses militants. Car, de tous les candidats déclarés à ce jour, Gilchrist Olympio est le seul à avoir des problèmes avec l’accessoire. Cet accessoire qui aurait pu être résolu en allant tout simplement satisfaire les conditions imposées (c’est en cela qu’elles sont accessoires) et mobiliser les énergies pour exiger de réformer l’essentiel qui est en autres le mode de scrutin, le découpage électoral, la composition de la liste électorale, de la Ceni, de la Cour constitutionnelle, la prévotation des corps habillés, la surveillance des bureaux de vote, la centralisation et le comptage des bulletins, etc. A tous les échelons des différentes techniques qui composent une élection, il y a tant de choses à revendiquer et à faire pour qu’un scrutin au Togo se rapproche des standards sous-régionaux (le Ghana par exemple) voire internationaux.  Cette bataille pour l’essentiel est chose très éloignée des structures mentales gilchrétiennes juste formatées à ne voir que ce qui est accessoire et badin.

Cette focalisation sur l’accessoire, qui s’étend à tout ce que le leader de l’UFC touche ou entreprend, aimant à verser dans des propos aussi débiles qu’infantilisants et à instiller des  intrigues aussi mesquines que cyniques dans son entourage, amène s’interroger sur son curriculum vitae déployé sur son site Internet fétiche et sur ses capacités simplement intellectuelles, bien avant même politiques, à diriger un jour le Togo. C’est ainsi qu’il a réussi à créer au sein de l’UFC deux entités autonomes qui ne se recouvrent pas entièrement : d’un côté il y a le parti et de l’autre il y a Gilchrist Olympio lui-même.

Le parti a son siège à Lom Nava et est dirigé par son secrétaire général Jean-Pierre Fabre. Tant bien que mal le parti essaie de travailler en se conformant à ses statuts, de mobiliser ses militants dans sa trentaine de fédérations,  de donner à ceux-ci une certaine conscience politique qui manque cruellement dans un pays ravagé par une dictature presque quinquagénaire qui voudrait être orwellienne sans y parvenir vraiment.

L’autre entité, Gilchrist Olympio, a son siège en sa Résidence de la chance  à Tokoin, dans les parages du Collège protestant, non loin de la Villa de la chance, où veillent des gardes armés, octroyés par le régime. Ces attributs apparents du pouvoir sont sûrement des espions dont le maître des lieux est si fier qu’il ne lui viendra pas à l’esprit le moindre  soupçon sur eux ! La Résidence de la chance est assidûment assiégée par des troupeaux de parents, d’alliés et de courtisans au milieu desquels le vieux dromadaire fatigué se sent vraiment à son aise. Le bataillon d’AGO (Amis de Gilchrist Olympio, club de dévots et de bras cassés créé en juillet 2008 pour dribbler la direction du parti) peuvent venir snober sur les hauteurs de Tokoin le parti dédaigneusement refoulé dans les bas-fonds de Lom Nava l’inondé.

Gilchrist Olympio se fiche pas mal de son parti à qui ses visites sont aussi rares et superficielles que sa culture générale et ses connaissances sur le Togo qu’il aspire ardemment à diriger. Les décisions du Chef parviennent au parti à Lom Nava par le truchement de la rumeur ou de la presse. Et dans cette architecture du pouvoir, on comprend aisément que des ouvriers de la dernière heure tels que Djovi Gally ou Abas Kaboua aient pris une ascendance notoire sur les Jean-Pierre Fabre ou Patrick Lawson, créant des zizanies et des rancœurs, certes futiles mais très utiles dans la stratégie de contrôle interne de l’UFC et en vue du partage éventuel du gâteau national en 2010 pour lequel les dents sont aiguisées et les papilles gustatives en alerte. S’il pouvait éjecter Jean-Pierre Fabre et Patrick Lawson et les remplacer par les ouvriers de la dernière heure,  Gilchrist Olympio le ferait sans peine ni douleur.

D’autant qu’il n’a pas digéré le discours du 27 avril dernier imposé par le parti (donc Lom Nava) appelant au rassemblement de l’opposition, faisant un clin d’œil à l’armée par-ci et à la diaspora par-là, bref toutes ces choses horribles qu’il a toujours détestées. Ainsi relèvent de ces choses horribles et terrifiantes les rencontres entre Gilchrist Olympio et le CAR en vue d’une éventuelle alliance. C’est là aussi une autre imposition de Lom Nava, et elle a fait jaser dans les chaumières qui savent comment la Résidence de la chance est farouchement opposée à cette idée. La suite nous montre que ces rencontres relevaient bel et bien du foutage de gueule qu’il faudra rapidement oublier. Mais comment peut-on, en toute intelligence, faire s’asseoir un dromadaire (jaune et lourd) sur l’échine du  bélier (noir frêle) ? Gilchrist Olympio a inconsciemment instrumentalisé le CAR dans leur aventure de la même manière qu’il a fait consciemment mobiliser ses militants dans la rue pour des réformes soi-disant mais en fait pour son ego, pour l’accessoire. Celui-ci acquis, il pourra dire bye bye tout ce monde.

Les Togolais ont une chance extraordinaire d’avoir un chef populaire, cet adjectif essentiel après lequel court tout homme politique qui aspire à de hautes fonctions au sommet  de l’Etat. Malheureusement cette popularité a réduit notre Chef à la paresse et à la fainéantise, incapable de se battre pour et sur l’essentiel. Il refuse obstinément de faire la part lourde de travail d’homme politique qu’il lui revient. On a trop vite pris son appendice nasal qu’il tient de son père (leur seul point de ressemblance physique) pour symbole de possession de beaucoup de flair politique. Or avec sa grande taille surmontée de cet appendice, Gilchrist Olympio fait plus dromadaire qu’homme politique. En France Alain Joyandet à la Coopération et Bruno Joubert à l’Elysée se sont rendu compte de la vacuité de l’homme et n’ont pas voulu conclure un deal avec lui pour la présidentielle de 2010.

A la veille de cette échéance cruciale, les Togolais errent encore dans le désert où ils ne voient poindre à l’horizon aucune oasis verdoyante à part le palmier detia, cette espèce  transgénique du palmier dattier, agité par l’ignorance indécente des foules affectives, autour duquel la construction de l’espoir et de la confiance en demain s’avère incertaine. Mais des incertitudes des Togolais, de leurs interrogations, de leurs préoccupations, le vieux dromadaire fatigué n’en a cure, qui peut débouler à Paris, heureux d’annoncer au monde l’accessoire : l’acquisition de la validité de sa candidature pour 2010. Que faire si le pouvoir lui confisque la victoire ? Enigme toujours sans réponse, alors que des anticipations existent.

Mais l’exode à travers le désert risque de durer encore longtemps si Lom Nava ne prend pas ses responsabilités historiques plutôt que de laisser le dromadaire faire toujours à sa guise et contre le gré du parti. L’exode à travers le désert risque de durer encore longtemps si les Togolais aussi ne prennent pas leur part de responsabilité en organisant des funérailles symboliques pour le repos de l’âme et du corps du vieux dromadaire fatigué. Ce meurtre symbolique du vieux Chef taré est nécessaire pour la libération du Togo, assujetti à la dictature politique des Gnassingbé et symbolique du Dromadaire.

 Bordeaux, le 12 août 2009

Comi M. Toulabor

 

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