Le DG sommé de signer une reconnaissance de dette de 2 milliards Fcfa avant toute relaxe

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Les adhérents du Réseau pour le Développement de la Masse sans Ressources (ReDéMaRe) ont été empêchés par les forces de sécurité de tenir samedi dernier sur le terrain de football de Forever derrière l’ancien siège de la SAZOF, une réunion d’échanges. Très tôt le matin, le lieu a été bouclé par d’importants détachements de forces de sécurité. Un fait qui vient s’ajouter à la confusion générale créée et entretenue par le gouvernement dans cette affaire ReDéMaRe.

            Mercredi 1er septembre, journal de 20h sur TVT, la journaliste « miam miam » annonce dans les titres une réunion de la commission de gestion du dossier ReDéMaRe. Enfin, une première communication officielle sur ReDéMaRe après la décision de sa fermeture intervenue le 9 juillet dernier, s’est-on dit. On a vu autour du Garde des sceaux, ministre de la Justice, Kokou Tozoun, plusieurs personnalités du pays débattre du problème ReDéMaRe. Selon le reportage, les échanges ont été fructueux et un début de solution est même annoncé. « Aujourd’hui, nous sommes à une phase de la gestion de ce dossier, qui permet de dire que dans les 72 heures à venir, en tout cas avant la rentrée prochaine, il faudrait que nous trouvions un dénouement à ce dossier et ceux qui ont souscrit puissent espérer obtenir quelque chose des actifs recensés », a expliqué le ministre. Il a ajouté que « les adhérents doivent s’attendre à ce que les actifs, qui ont été recensés, puissent permettre de satisfaire équitablement tous ceux qui ont souscrit ».

            Ainsi, les concernés – ils seraient plus de 50 000 adhérents – ont décidé de se retrouver samedi sur le terrain de Forever aux fins de recueillir les points de vue des uns et des autres sur la piste de solutions proposée par le gouvernement. Mais comme d’habitude, le lieu a été investi dès potron-minet par plusieurs éléments des forces de l’ordre. Les nombreux épargnants qui ont fait le déplacement, n’ont pas pu se réunir. Les esprits étaient surchauffés et la foule ne cessait de huer les forces de l’ordre. Les femmes menacent même de se mettre nues pour crier haro sur les autorités togolaises.

            « Nous avons été invités, nous les adhérents de la société ReDéMaRe, à venir à Forever pour échanger sur la dernière décision du gouvernement. On était fier parce que ça fait un bon bout de temps qu’on ne sent plus la société dont nous sommes membres. Bizarrement, quand nous sommes arrivés, il y a des éléments de forces de l’ordre très armés qui nous menace que nous n’avons pas le droit de faire notre réunion. Ce sont les consommateurs qui se réunissent pour avoir des explications sur la manière dont les choses se passent et la dernière décision du gouvernement, car ce ne sont pas tous les membres qui sont informés. Les forces de l’ordre ont refusé en soutenant que le gouvernement est en train de réfléchir sur notre situation et qu’on n’a pas le droit de se réunir », explique un participant visiblement très remonté.

            « Mais ce qui est en train d’être décidé, ne nous avantage pas, tranche-t-il. ReDéMaRe n’est pas venu au Togo pour l’argent seulement, il nous donne aussi des vivres. Les orphelins, les veuves, bref, tous les pauvres en font partie. Pour le moment, nous ne voulons autre chose que la libération du DG. Puis, ils n’ont qu’à rouvrir ReDéMaRe, car M. Sama n’a pas dit qu’il est en faillite ». Il s’emporte ensuite en critiquant la démarche unilatérale du gouvernement : « Pourquoi le gouvernement a-t-il refusé de faire une table ronde avec les dirigeants de ReDéMaRe ? Pourquoi refuse-t-il de rencontrer le DG pour arrêter ensemble la solution la plus appropriée ? Le gouvernement fait fausse route en prenant une décision unilatérale ».

            « Je regrette d’avoir voté pour Faure Gnassingbé lors de l’élection présidentielle. C’est à cause de ReDéMaRe que nous avons voté pour lui. Je connais beaucoup de personnes qui sont dans le cas. Après en avoir profité, il nous laisse tomber », fait observer une jeune femme.

            Pour un autre adhérent, il ne revient pas au gouvernement de résilier le contrat qui les lie au réseau. « Le gouvernement doit savoir que c’est nous-mêmes qui avons avions déposé notre argent et c’est sur contrat. Et avant qu’il y ait résiliation de contrat, il faut que le DG soit présent. On ne peut pas régler le problème quand le principal concerné est en prison. Ce que fait actuellement le gouvernement est maladroit. En plus, nous invitons le gouvernement à cesser de manipuler les gens. Ça suffit maintenant », s’emporte-t-il.

            Les gouvernants sont aussi critiqués pour leur propension à toujours parler des pays voisins quand ça les arrange. « Il ne faut pas que le gouvernement compare les activités de ReDéMaRe à celles de ICC-Services, affirme un fonctionnaire. C’est très différent. Il y a beaucoup de choses très bonnes au Bénin à copier et il ne faut pas qu’il copie de mauvaises choses. Il y a la démocratie qui marche au Bénin, il n’a pas vu ça et cherche à copier ce qui est mauvais ».

            Face à cette force présence policière, les adhérents de ReDéMaRe se sont retirés en promettant de se revoir. Il y a donc de l’électricité dans l’air.

            En fait, l’affaire ReDéMaRe est un véritable méli-mélo. Après les déclarations euphoriques de M. Kokou Tozoun, le « très rigoureux »- hum…- ministre de l’Economie et des Finances de la République, Adji Otèth Ayassor, a indiqué qu’il ne reste dans les caisses de ReDéMaRe que 5 milliards de FCFA, une somme largement insuffisante pour rembourser les adhérents. « Il appartient aux responsables de ReDéMaRe de trouver les ressources pour le remboursement des adhérents. Il y a une commission qui a été mise en place pour évaluer les avoirs de la société, ses biens seront vendus et c’est tout le revenu qui sera remboursé aux adhérents », a-t-il déclaré. Et de donner ensuite la preuve que le Togo n’est pas gouverné : « L’Etat n’a aucune responsabilité dans cette affaire ; la société opérait dans l’illégalité totale et nous nous devions d’arrêter ses activités, c’est le devoir du gouvernement de prendre des mesures préventives pour protéger les intérêts des populations ». Y a-t-il un lien entre cette sortie du ministre des Finances et les deux milliards de FCFA qui sont réclamés au DG de ReDéMaRe ? La question reste posée.

            Alors que sa libération était imminente en fin de semaine dernière, M. Sama aurait été conduit vendredi vers 19 heures devant le Doyen des juges d’instruction où il devrait, avant toute relaxe, signer une reconnaissance de dette. Il devrait parapher un document dans lequel il reconnaîtrait que sa société est déficitaire de deux milliards de FCFA. Ce que n’a pas accepté M. Sama qui était reconduit sur le champ dans cette cellule à la prison. 

            Par ailleurs, les avocats de M. Sama sont montés au créneau vendredi dernier pour s’insurger contre la détention arbitraire de leur client et le comité mis en place par le gouvernement. « Après la suspension des activités, le gouvernement n’avait pas besoin de déclencher une procédure judiciaire. Il aurait pu simplement convenir avec les responsables de ReDéMaRe des modalités de remboursement des adhérents. Cela n’a pas été le cas. Le gouvernement a préféré pousser le DG vers la justice avec des chefs d’accusations infondés qui n’aboutissent pas et ensuite il met en place une commission pour indemniser les gens en dehors du premier responsable de ReDéMaRe et de ses avocats », dénonce Me Kassa Traoré. Même la LTDH désavoue ce comité de gestion et n’est pas prête à s’associer à cette manœuvre (Lire le communique ci-dessous).

Bien malin qui peut prédire le dénouement de cette affaire ReDéMaRe. Au lieu de passer par des voies orthodoxes pour régler une fois pour toutes ce problème, le gouvernement a, comme à son habitude, opté pour le forcing, les intimidations, les manipulations, la fuite en avant et le mensonge. Affaire à suivre.

R. Kédjagni

 

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