La moralité du Général dépasse le microcosme togolais

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« Le compromis, ce n’est pas la compromission, c’est l’envers du fanatisme. La compromission, c’est la lâcheté. Le compromis, c’est le courage » (Adam Michnik)

Il ne faut jamais désespérer de rencontrer des incorruptibles. Le 9 avril dernier, le Général Siaka Sangaré avait rassuré les médias sur son honneur à préserver. Et c’est certainement sur cette base que l’opposition, bien que le fichier électoral ne soit pas fiable, mais consensuel, a accepté de jouer le jeu électoral. Aujourd’hui, des urnes de la Binah, de Dankpen, de Cinkassé, du camp Général Gnassingbé Eyadema et d’ailleurs tentent de mettre à l’épreuve l’intégrité du Général malien qui a déjà eu par le passé à diriger des élections ailleurs en Afrique.

C’est cet homme en uniforme qui a eu le courage de dire que pour des élections fiables, il faut des actes d’état civil. Nous osons croire que le prochain gouvernement saura prendre la mesure de l’urgence pour féliciter l’obtention des précieux sésames à des coûts modiques. Mais en attendant moment, le Général Siaka Sangaré a une lourde responsabilité quant à l’issue qui sera donnée aux circonscriptions dont les irrégularités, bien que subtiles, sont criardes. Pendant que la moyenne du taux de participation tourne entre 50 et 55%, celui de la Binah atteint 100% et…dépasse ce pourcentage ! Même constat dans certains bureaux de vote au camp Général Gnassingbé Eyadema et dans plusieurs CELI de l’hinterland.

Dans tous les pays du monde, devant pareilles situations, deux solutions s’imposent : le recomptage des voix ou l’annulation pure et simple du vote. Toute autre alternative s’apparenterait au travestissement du droit, et le Général malien au curriculum vitae fourni n’a aucun intérêt à se salir dans le bourbier togolais. Bourbier en ce sens que pour la première fois où il a été décidé de recourir exclusivement aux procès-verbaux, où les membres de l’opposition sont demeurés dans le processus, où un vrai expert des élections séjourne dans le pays pour suivre tout le processus et où les méthodes de fraude se découvrent, le vent semble tourner. Et il tournera, même si cela doit être au prix de l’arrestation de Francis Pedro Amuzun, un des représentants de CAP 2015 à la CENI, car « 364 jours pour le voleur, mais un jour pour le propriétaire ».

Des élections en Afrique, le Général Siaka Sangaré en supervisera. Au Togo, il est fréquent d’entendre dire que tout artiste étranger de la chanson qui arrive à faire bouger les spectateurs du Palais des congrès, réussira dans sa carrière. Il n’est pas trop osé de dire que le Général malien aura encore de belles années de supervision d’élections devant lui s’il arrive à réussir le test du Togo, un pays atypique. Parce que réussir son passage en tant qu’expert en élection au Togo, c’est arriver à mettre tout le monde d’accord sur les résultats, comme il a déjà eu à le faire pour le fichier électoral. Mais pour avoir scanné l’archétype du Général, et sans vouloir mettre la charrue avant les bœufs, on devine que l’homme en treillis ne paraît pas un homme de compromission, mais juste un homme de compromis. Pourvu que les faits nous donnent raison et qu’il reste en bonne santé. Tout le malheur qu’on pourra alors lui souhaiter est : bon vent dans ses supervisions futures des élections.

Godson KETOMAGNAN

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