Kofi Yamgnane : L’amoralité sans limites d’un gouvernement

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Le 13 juin dernier donc, «les forces de l’ordre» du Togo ont poursuivi des manifestants jusqu’à l’intérieur de l’église de la paroisse Saint Augustin d’Amoutivé à Lomé, principale église du Togo. Cette profanation a d’abord commencé dans la cour de l’école primaire intégrée, par le jet de gaz lacrymogènes et l’interpellation du personnel travaillant au sein de la paroisse et de son école. Plusieurs enfants dans les classes ont été lourdement intoxiqués, au dire des témoins. L’agression s’est poursuivie ensuite à l’intérieur de l’église elle- même dont les vitraux ont été brisés par des tirs et où des fidèles en prière et en méditation ont été bousculés, frappés, étouffés par les volutes de gaz lacrymogènes lancés contre eux. Le mobilier a été saccagé par les éléments des forces dites «de l’ordre».

Devant ces actes de profanation, de sacrilège et de barbarie, la communauté chrétienne du Togo est choquée et les évêques, dans ce communiqué, expriment leur désarroi ainsi que celui de l’ensemble des Togolais, eu égard aux souffrances quotidiennes déjà endurées par ce peuple qui souffre en silence, depuis de nombreuses décennies, d’un système politique oligarchique, clanique, tribal, brutal, sauvage,  familial et héréditaire.

Du jamais vu au Togo de la part des évêques qui ont toujours gardé une neutralité politique dans tous les événements survenus dans ce pays.

Ce communiqué rompt clairement avec cette posture, preuve de la gravité, de la                       profondeur et de l’intensité des brutalités et des violences commises par l’État lui-même.
Rappelons-nous qu’il y a eu des antécédents en 2010: la casse du CESAL, locaux de l’évêché, le sac du temple protestant de Salem de Hanoukopé et pourtant cette violence faite aux croyants n’avait vu aucune condamnation…

De son côté, et comme d’habitude, dans un communiqué rendant compte du conseil des ministres du 15 juin 2012 et pour tenter de justifier ses propres violences à l’encontre des manifestants des 12 et 13 juin, le gouvernement togolais tente de justifier tout et légitimer ainsi ses propres turpitudes. Il nie sa responsabilité et met à l’actif des manifestants les saccages, les blessés et, pourquoi pas les arrestations, les emprisonnements, les menaces et   intimidations… C’est tout simplement amoral!

Voilà pourquoi tout le peuple se soulève, après Lomé, c’est au tour de Tsévié, Atakpamé, Sokodé, Kara…en attendant les autres villes et la diaspora, la plus grande région togolaise. Tout le monde sait désormais qu’avec ce gouvernement de si mauvaise foi, c’est toujours et encore la fuite en avant par le mensonge et la manipulation: pas moins de 12 tentatives de «dialogue» ont été tenus; 22 engagements ont été signés devant l’Europe…ils ont tous été bafoués par le RPT!  Un pouvoir qui est autant irrespectueux de sa propre signature et  qui ne croit qu’à la force brutale, est un pouvoir aux abois.
Le gouvernement togolais sait qu’il manipule et ment, il ment à la Communauté internationale et il se ment à lui-même…une mauvaise foi qui conduit son pays et son peuple exténués tout droit au mur!
Et pourtant il existe des cadres multiples de négociation et de dialogue, notamment la lettre et l’esprit de l’APG signé en 2006 à Ouagadougou.
Je demande solennellement au pouvoir togolais de mettre en œuvre les réformes institutionnelles et constitutionnelles devant amener le pays vers la démocratie politique et le respect des Droits de l’Homme, conformément à l’APG.

Kofi Yamgnane

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