Jean Marc Palm : Le 2 juin 2013, Blaise Compaoré devrait promettre de respecter la Constitution, il ne l’a pas fait.

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Premier ministre des Affaires étrangères du président Blaise Compaoré sous le Front populaire à la fin des années 80 et actuellement Maître de recherches en histoire politique à l’Institut des sciences de la société (IN.S.S), Jean Marc Palm fait partie des démissionnaires du parti majoritaire au Faso, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Dans l’entretien qu’il nous a accordé ce lundi 13 janvier, Palm ne manque de mots pour désigner le président Blaise Compaoré comme le principal responsable de leur démission du CDP. A aucun moment, il n’a prononcé le mot d’Assimi Kouanda, secrétaire exécutif du parti, qui a été le plus souvent indexé. Interview exclusive.

 

Jean Marc Palm : « Blaise Compaoré n’a pas respecté ses engagements et nous avons pris nos responsabilités »

Lefaso.net : Vous faites partie des démissionnaires du CDP. Peut-on en savoir davantage sur les raisons de votre départ du parti majoritaire ?

Il n’y a pas d’autres raisons que ce qui a déjà été exposé. Je m’en tiens aux différentes réunions, je citerai le manque de démocratie interne, les blocages que cela a entrainés, l’impossibilité pour les uns et les autres de contribuer non seulement au progrès du parti mais aussi à celui du pays. Voilà les principales raisons de notre décision.

En quittant le CDP, est-ce que vous rompez pour autant avec Blaise Compaoré ?

C’est un problème de divergences entre Blaise Compaoré et nous qui nous a amenés à rompre avec le CDP.

En clair, soutenez-vous toujours le président ?

Le soutenir ? Non. Mais, on n’a actuellement rien de personnel contre le président Blaise Compaoré. Ce qui nous oppose, c’est des divergences politiques.

Pourquoi c’est maintenant que vous démissionnez ?

Je dirai que chaque chose a son temps. Mais, ce ne sont pas des tentatives de solution à l’interne qui ont manqué. Les différentes démarches ont été exposées avant qu’on arrive à cette extrémité. Les discussions avec lui, les discussions au sein du parti, son attitude à lui qui ont amené les camarades à estimer qu’il n’était plus possible de discuter. Donc, il fallait rompre.

Quand vous dites ‘’lui’’, c’est Assimi Kouanda ou le président Blaise Compaoré ?

C’est Blaise Compaoré. Par exemple, la question du sénat et celle de l’article 37, c’est de manière très concrète avec Blaise Compaoré que les discussions ont été menées. Il avait pris des engagements qui n’ont jamais été respectés. Des déclarations qui devraient être faites à des dates précises n’ont jamais été faites. C’est lui.

Peut-on en savoir davantage sur les engagements non tenus du président ?

Par exemple, il s’était engagé à faire une déclaration le 2 juin 2013 et dans laquelle il devrait promettre de respecter la Constitution, il ne l’a pas fait. Ensuite, l’engagement a été pris pour le 4 ou le 5 août. Il n’y a eu aucune déclaration ; puis le 15 octobre, et il n’y a eu aucune déclaration.

Maintenant que vous avez quitté le CDP, vous comptez donc créer votre parti ?

Forcément.

Mais, à quand ce parti ?

Jean Marc Palm : En son temps, vous aurez le nom. C’est pour bientôt. L’assemblée constitutive est prévue pour le 25 janvier. Vous aurez donc tous les éléments et le nom et l’orientation du parti. Ce qui est certain, le parti ne peut pas être à droite.

Mais, il sera de l’opposition…

On est dans l’opposition.

Mais, n’est-il pas possible un jour que vous reveniez soutenir le candidat Compaoré avec qui vous avez eu à cheminer dans le passé ?

Justement, la question se pose autour de sa candidature. C’est toute la question. Nous estimons qu’à l’heure actuelle, il n’est plus possible qu’il modifie l’article 37 pour se représenter. Le soutien à Blaise Compaoré ne se pose pas. Ce n’est même pas à l’ordre du jour. Ce n’est même pas la question.

Etes-vous en mesure de proposer une offre politique alléchante aux Burkinabè ?

La pratique nous le dira. Nous aurons un programme. Nous aurons une orientation et nous poserons des actes sur le terrain.

Regrettez-vous d’avoir travaillé avec le président Compaoré ?

En politique, il n’y a pas de regret. C’est de manière consciente que nous nous sommes engagés avec lui depuis octobre 1987 et même avant cette date puisque nous avons eu à travailler au CNR (NDLR : Conseil national de la Révolution). Ensuite, à l’avènement du front populaire, j’ai été le premier ministre des Affaires étrangères. Dans le contexte de l’époque, ce n’était pas du tout une charge aisée à assumer. Mais, nous l’avons fait. Si nous l’avons fait malgré les difficultés, c’est parce que nous avions des objectifs communs avec le président Compaoré. Aujourd’hui, c’est le non-respect des objectifs communs et la marche prise et par le président et par le CDP qui nous ont amenés à adopter une attitude de rupture. Sinon, il n’y a aucun regret. Simplement, dans l’évolution des choses, il arrive un moment où on constate qu’on n’est plus sur la même longueur d’onde, donc chacun doit prendre ses responsabilités. C’est ce que nous avons fait.

Propos recueillis par Grégoire B. BAZIE et Eric OUEDRAOGO (Stagiaire)

Lefaso.net

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