Jean Degli: « Cela fait 17 ans que j’ai quitté le Togo et je ne sais pas ce que l’opposition a exactement fait pour plier le régime. »

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«L’idée que j’ai émise n’est pas du tout venue très tard. D’abord, pour faire ce travail, il a fallu réunir divers éléments relatifs à la Constitution et aux pratiques de différents pays. Il a également fallu que j’essaye de faire de larges enquêtes auprès de la classe politique togolaise et plus particulièrement de l’opposition parlementaire de notre pays pour savoir pourquoi, malgré les termes clairs de l’Accord Politique Global (APG) de Ouagadougou d’août 2006, rien n’a jamais été fait pour revenir à la version originale (1992) de notre Constitution et surtout pourquoi l’opposition parlementaire ne semblait avoir jamais soulevé ce débat. Il ne faut, en effet, pas se mettre à critiquer les gens sans raisons ni à défoncer les portes ouvertes. » Interview réalisée par Camus Ali

 

Lynx.info : Vous revenez sur la scène politique avec une revendication : Le retour á la constitution de 1992. L’ídée n’est t-elle pas arrivée avec un  peu de retard ?

Jean Degli : D’abord, permettez moi de vous remercier de me donner l’opportunité de m’expliquer sur cette initiative que je me suis permis, avec l’aide de personnes qui aiment encore ce pays, de prendre en vue de voir la Constitution de 1992 restaurée.

Ensuite, je voudrais rectifier ce qui me semble être une erreur. Jean DEGLI ne revient pas sur la scène politique. Comme je l’ai toujours dit et affirmé depuis le début des années 90, je ne suis pas pour le moment un homme politique. Je suis un défenseur des droits de l’Homme et un personnage préoccupé avant tout par la Dignité de l’Être Humain en général et celui de mon Peuple, le Peuple Togolais, en particulier. C’est à ce titre que je suis toujours intervenu dans le débat qui concerne le bien être de mon Peuple. Si ces interventions constituent des actes politiques (parce que politique signifie étymologiquement affaire de la cité) alors vous pouvez évoquer mon intervention sur la scène politique. Mais alors vous ne pourrez parler de retour sur une scène car cette « scène » là qui est faite de défense de la DIGNITE de Mon Peuple, je ne l’ai jamais quitté. Par contre s’il s’agit d’intervention sur la scène politique en qualité d’homme politique, je n’ai jamais occupé cette scène et donc ne pourrai pas y faire un retour mais une éventuelle entrée, ce que je ne prétends pas du tout. Dans les deux cas, vous noterez donc que je ne fais pas de retour où que ce soit. Par contre, je suis bien dans mon rôle de celui qui place toujours la DIGNITE de son Peuple et l’Intérêt Général des citoyens togolais au centre de tout débat relatif à la Terre de nos Aïeux.

Cela étant, ne vous en faites pas, le jour où je déciderai d’entrer dans l’arène public en tant qu’homme politique, je ne manquerai pas de l’annoncer en toute franchise et honnêteté à mes concitoyens qui méritent qu’on ne les trompe pas et qu’on ne joue pas  non plus avec leur sort.

Venons en maintenant de façon stricto sensu à votre question.

L’idée que j’ai émise n’est pas du tout venue très tard. D’abord, pour faire ce travail, il a fallu réunir divers éléments relatifs à la Constitution et aux pratiques de différents pays. Il a également fallu que j’essaye de faire de larges enquêtes auprès de la classe politique togolaise et plus particulièrement de l’opposition parlementaire de notre pays pour savoir pourquoi, malgré les termes clairs de l’Accord Politique Global (APG) de Ouagadougou d’août 2006, rien n’a jamais été fait pour revenir à la version originale (1992) de notre Constitution et surtout pourquoi l’opposition parlementaire ne semblait avoir jamais soulevé ce débat. Il ne faut, en effet, pas se mettre à critiquer les gens sans raisons ni à défoncer les portes ouvertes.

Mes analyses sur le sujet ont commencé en Juillet 2009 et il a fallu que je me rende au Togo en Octobre 2009 (Comme on avait pas les moyens pour ce voyage, il a fallu que j’aille au Togo en profitant d’un séjour au Bénin où j’ai été invité à donner des cours aux Centre de Formation des Jeunes Avocats de l’Afrique Francophone) pour aller me rendre à l’évidence d’un certain nombre de choses. J’ai donc constaté sur place que non seulement la procédure de révision constitutionnelle se heurtait à une opposition virtuelle de la part du RPT (parce que les responsables de ce parti ont évoqué le problème et exprimé clairement leur opposition) mais en plus, l’opposition parlementaire n’a jamais invoqué officiellement le problème et n’a jamais tenté de poser quelque acte que ce soit dans le sens de cette révision constitutionnelle au niveau de l’Assemblée.

A partir de là, j’ai fait accélérer notre démarche, terminé les recherches et les analyses. Il a fallu ensuite soumettre le travail à différents juristes de différents pays (Suisse et pays scandinaves) où cette procédure de référendum d’initiative populaire a lieu, afin de m’assurer qu’il n’y pas de ratés sur le plan de l’analyse et de la démarche. Ceci fut fait avec l’aide des membres de  notre mouvement « Bâtir le Togo » qui sont installés dans divers pays.

C’est seulement après toutes ces démarches que j’ai rendu public le produit fini qu’il m’a été demandé de soumettre aux responsables des partis d’opposition et des mouvements en faveur de la démocratie et ceci, conformément à la décision du Groupe de Togolais qui m’avait contacté afin que je puisse imaginer une solution originale pour sortir notre pays de l’impasse constitutionnelle. Sur ce plan donc, le travail n’a été publié que quand il est passé et repassé sur le métier pour que ce soit une proposition mûrie et sérieuse.

Par ailleurs et sur d’autres plans, il ne me semble pas non plus que la proposition est venue tardivement car le courrier des responsables de partis et associations démocratiques ou de l’opposition est partie dans la première quinzaine du mois de Novembre (notamment, le 11 novembre), soit à plus de trois mois du scrutin de Février 2010 (si tant est que ces élections pourront avoir lieu le 28 Février 2010 comme prévu, ce qui semble relever actuellement d’un leurre qu’autre chose). Ceci n’est pas du tout tard si l’on sait que les partis d’opposition ont leurs sièges ou bureaux ainsi que des militants dans toutes les préfectures et que la réunion des 500 000 signatures ne devait pas leur prendre plus de deux semaines surtout s’ils se mettent ensemble pour engager cette procédure. L’essentiel est que la volonté existe de la part des leaders politiques. Le moment où les courriers ont été envoyés laissait aux leaders, la moitié du mois de novembre, le mois de décembre 2009 et enfin une bonne partie du mois de janvier 2010 pour finaliser la procédure. Il faut rappeler que même dans des limites plus étroites, des oppositions dans d’autres pays ont su réagir et saisir leur chance pour gagner des luttes très importantes. Il faut faire à la guerre comme à la guerre.

En ce qui concerne le reste de la procédure, une fois les 500 000 signatures obtenues, il suffira de soumettre la procédure à la Cour Constitutionnelle en lui demandant de se prononcer de façon urgente (elle s’est toujours prononcé jusque là assez rapidement sur les diverses questions qui lui sont soumises) puisqu’il s’agit d’un référendum qui doit se tenir en même temps avec les prochaines élections présidentielles.

Relativement à l’organisation même de la chose, il ne peut y avoir de difficultés puisqu’il ne s’agit pas d’organiser un référendum autonome. Il s’agit de faire passer la question constitutionnelle à référendum en même temps que les élections présidentielles. La seule chose à faire pour ce référendum est donc de préparer des bulletins portant la question constitutionnelle et à laquelle chaque citoyen répondra en même temps qu’il ira dans les urnes se prononcer pour le choix du prochain Président de la République. Ces bulletins seront commandés au moment où on commandera les bulletins pour les candidats à la présidentielle.
Il s’agit donc en gros (et j’insiste là-dessus) d’une procédure que l’opposition pourra mettre en œuvre assez facilement si la volonté politique existe de sa part.

Enfin, il est évident que la préparation des prochaines élections présidentielles sera un véritable raté si celles-ci doivent réellement se tenir comme prévu le 28 Février 2010. En effet, tout le monde sait que la CENI ne pourra pas être prête pour des élections bien organisées si la date du 28 février est maintenue. L’opposition même le reconnait de même que la plupart des chancelleries et bailleurs de fonds. Dans ces conditions, et si l’on s’inscrit dans le report de ce scrutin qui s’impose plus que jamais, il devrait normalement y avoir encore plus de temps pour l’organisation de ce référendum d’initiative populaire dans le cadre de ces élections présidentielles.

Malheureusement, l’opposition togolaise préfère se battre pour une portion du pain au lieu de demander, que dans l’intérêt du Peuple Togolais, la totalité de ce pain soit accordé à ce Peuple. Je comprends mal que l’on préfère se battre pour deux tours d’élections lors des prochaines présidentielles (ce qui n’est qu’un des éléments de la Constitution de 1992) et que l’on refuse de demander le retour à la totalité de cette Constitution alors qu’en obtenant la totalité, on obtient également la portion demandée. Plus encore, l’on sait que le RPT n’acceptera jamais le retour à deux tours de scrutin pour ces élections présidentielles de 2010.
Par ailleurs, l’intérêt du Peuple togolais et de la démocratie pour laquelle ce peuple a versé tant de sang et fait tant de sacrifices se trouve dans le retour complet à la Constitution de 1992.

La question se pose alors de savoir pour quoi les responsables de notre opposition se battent. Est-ce pour leur propre intérêt et uniquement pour cela ou alors pour l’intérêt du Peuple togolais (au moins à côté de leurs intérêts personnels). J’ai opté quant à moi pour les intérêts de mon Peuple et c’est la seule chose à laquelle je crois. C’est pour cet intérêt général du Peuple que je me suis battu depuis la fin des années 80 et le début des années 90. C’est pour cela que la jeunesse togolaise d’alors dont je faisais partie s’était mobilisée et c’est pour cet INTERÊT GENERAL de Mon Peuple et sa DIGNITE que je continue et continuerai de me battre.

J’invite donc humblement mais aussi instamment les leaders de notre opposition dont il est de plus en plus difficile qu’ils accèdent au fauteuil présidentiel en 2010, à se battre pour l’intérêt général de notre Peuple et à inscrire au moins leurs noms dans l’histoire de ce pays pour ce faire. Cette initiative par laquelle ils aideront à sauver notre Démocratie le permet.

J’invite aussi tous les compatriotes de la diaspora à aller signer massivement la pétition pour manifester leur solidarité avec notre Peuple en souffrance et prouver à nos responsables de l’opposition que le Peuple est en faveur de cette initiative salvatrice en ce qui concerne le retour à la Constitution de 1992 qui est plus proche de la Démocratie que nous appelons de tous nos vœux.

J’invite enfin tous mes concitoyens de l’intérieur qui le peuvent à s’associer à cette initiative sur Internet mais aussi et surtout à participer massivement à toute procédure de signature de cette initiative qui s’ouvrirait sur le territoire national.

Notre sort est entre nos mains. Il nous appartient d’agir. Que chacun fasse ce travail avec conscience, volonté et rigueur afin que nous puissions sauver la Terre de nos Aïeux de la Dictature.

Il est temps que chacun d’entre nous agisse pour sauver cette Terre de nos Aïeux à laquelle nous devons tous beaucoup.

Lynx.info : Pour beaucoup les signatures n’ont pas encore fait leurs preuves au Togo comme cela se passe dans beaucoup de pays…

Jean.Degli:  Je ne sais pas de quelles signatures vous parlez. Si tant est que c’est la signature sur Internet de la Pétition lancée sur divers sites relativement à la question du référendum d’initiative populaire, il faut avoir une chose fondamentale à l’esprit. Combien de personnes au Togo visitent les sites Internet ? Combien de personnes ont les moyens pour payer les frais des Cyber Cafés pour se rendre sur ces sites ? Pour que cette pétition soit bien signée par les Togolais de l’intérieur qui ont vu le texte dans la presse (les journaux LIBERTE et FORUM HEBDO) et qui ont été très enthousiastes à son égard, ils doivent disposer de points sur le terrain où ils pourront  aller signer la pétition. Cela doit donc s’organiser sur place. Il me semble que des gens comme les responsables de Forum Hebdo sont prêts à faire cela et à aller même plus loin en faisant signer en même temps un document qui permettra à l’opposition et aux forces démocratiques d’obtenir les signatures nécessaires au référendum en question, documents dont ces forces vives de la Nation pourront se servir.

Maintenant, il faut que ces bonnes volontés aient les moyens nécessaires sur le terrain pour ce faire. Ce qui manque malheureusement. Sinon, Monsieur Dimas Dzikodo, le directeur de Forum Hebdo a rencontré ou contacté sur place des jeunes Togolais qui sont prêts à aider pour la signature de la pétition au Togo. Avant mon départ du Togo le 15 décembre dernier, j’ai personnellement laissé quelques consignes pour qu’ils aient de petits moyens pour multiplier le texte en un certain nombre d’exemplaires. Mais c’est infime par rapport à ce dont ils peuvent avoir besoin pour cet important travail.

Lynx.info : Comment les juristes peuvent-ils contraindre le pouvoir á prendre acte de la doléance si les signatures démontraient la justesse de la cause ?

Jean Degli : Ce ne sont pas les juristes qui vont contraindre le pouvoir mais plutôt le Peuple Togolais à travers la classe politique proche de lui.
Si les responsables des forces démocratiques arrivent à recueillir les 500 000 signatures nécessaires, le problème devra être soumis à la Cour Constitutionnelle qui va valider la demande de référendum d’initiative populaire qui deviendra donc officielle. Le pouvoir sera alors obligé de soumettre la question à référendum. C’est ce qui est prévu par l’Article 4 de notre Constitution actuelle qui indique in fine que la régularité de la procédure « sera appréciée par la Cour Constitutionnelle ».

Après cette procédure devant la Cour Constitutionnelle, il n’y aura plus rien à faire puisque c’est le peuple souverain qui se prononce dans une de ses composantes pour un référendum d’initiative populaire dans le cadre duquel le Peuple togolais dans sa globalité décidera de ce qui doit être la Loi Fondamentale qui gèrera sa vie dans l’avenir. Le pouvoir devra donc simplement soumettre le texte à référendum et inviter le peuple à se prononcer là-dessus.

Lynx.info : Vous pointez toujours du doigt la transition manquée sous Me Koffigoh. Le RPT n’a t-il pas raison quand il déclare que l’opposition togolaise ne peut rien faire pour le Togo ?

Jean Degli : A ma connaissance, Koffigoh n’est pas le peuple togolais dans son entièreté puisqu’un seul citoyen quel qu’il soit n’est pas un peuple. Si Koffigoh a été incapable, cela ne veut pas dire que tous les Togolais ou tous les membres des partis autres que le RPT son incapables de gouverner et de vouloir le bien de leur pays. Qu’est ce qui rendrait les membres du RPT capables de gérer le Togo et pas les autres Togolais ? Qu’est ce que les membres du RPT ont et qui les rend plus capables de gouverner le Togo que d’autres Togolais d’autres formations politiques ?

Et puis, lorsque l’on parle de l’échec de la transition de Koffigoh, il ne faut pas oublier que si cette transition n’a pas abouti, c’est aussi en grande partie dû au fait que feu le général Président et les forces qui le soutenaient, dont l’Armée et le RPT, ont mis des entraves partout et ont tout fait pour qu’échec il y ait. Le RPT est donc très mal placé pour tirer de cette transition chaotique des arguments en faveur d’une quelconque incapacité des membres de l’opposition à gouverner le Togo.
 
Lynx.info. Aucune visibilité sur les élections de 2010. Comment vous l’expliquez ?

Jean Degli :Je ne sais pas ce que vous voulez entendre par visibilité. Si cela veut dire que les élections s’organisent dans l’opacité, je ne saurais répondre à cette question puisque je n’ai pas entendu quoi que ce soit de la part des responsables de l’opposition togolaise qui ont leurs représentants au sein de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Si l’organisation des élections ne se fait pas avec visibilité, c’est à l’opposition et à ses représentants au sein de la CENI de nous informer. Nous ne pouvons pas décréter le manque de visibilité ex nihilo.

Je suis un juriste et un défenseur des droits de l’homme. En tant que tel, je ne me prononce que sur la base de preuves concrètes. Mais lorsqu’il y a des preuves, alors je deviens, comme je l’ai toujours dit, « celui qui, lorsque le Roi a tort, prend son cercueil sous les bras et va devant lui pour lui dire : Majesté, vous  n’avez pas raison ». Je n’ai ni peur ni de honte de dire à quelque politicien que ce soit, membre de l’opposition ou du pouvoir, qu’il a bien fait ou qu’il a mal fait. Je veux demeurer toujours dans la vérité et dans l’objectivité lorsqu’il s’agit de langage ou d’appréciation politiques et être chaque fois capable de rendre à César ce qui est à César.

Lynx.info : Ne faut-il pas donner une autre chance á Faure pour redresser le Togo ?

Jean Degli : Il faut mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Et pour ce qui me concerne, l’homme à qui il faudra donner la chance de redresser le Togo ne peut se décréter. C’est celui qui aura été désigné par le peuple togolais, par Mon peuple, et ceci de façon souveraine, transparente et démocratique. Si cette personne est Faure Gnassingbé, alors il faudra respecter la volonté populaire. Si c’est un autre candidat, c’est à lui que devra revenir le devoir et le privilège de redresser le Togo. Seule la volonté Souveraine de Mon Peuple compte et il faudra que cette volonté Souveraine soit strictement respectée. Faure Gnassingbé, Gilchist Olympio, Yawovi Agboyibor, Koffi Yamgnane, Kodjo Agbéyomé ou un autre, le choix démocratique du peuple togolais fait dans la transparence absolue sera le mien.

Lynx.info :…Il paraît  que  Faure a  pris le pouvoir avec un pays qui revenait de 15 années de suspension d’aides.

Je ne sais pas de quoi retourne cette question. Mais il ne me semble pas que quelque personne que ce soit ait obligé Faure Gnassingbé à aller prendre un pays qui revient de 15 années de rupture de coopération économique avec l’Occident ou les bailleurs de fonds. Si Faure Gnassingbé a  voulu prendre un pays qui sort de 15 années de rupture de coopération économique, c’est parce qu’il a pensé pouvoir faire avec une telle situation. A défaut, il aurait dû éviter de se mettre dans cette position. S’il s’est mis dans la position d’hériter d’une telle situation c’est qu’il s’est senti l’étoffe de traiter cela. Il a donc l’obligation de donner ce qui est nécessaire à un tel pays.

Mais sur un plan strictement analytique, je voudrais d’abord rappeler que la rupture de la coopération économique avec le Togo est due au refus du pouvoir togolais de faire de la démocratie. Cette situation a été particulièrement motivée par la démonstration de cruauté que le Général Eyadèma et les forces rétrogrades ont faite à la communauté internationale lorsque, le 25 janvier 1993, devant cette communauté internationale représentée par les ministres français de la coopération Marcel DEBARGE et allemand des affaires étrangères SCHAEFFER, ils ont réprimé de la façon la plus sauvage, une manifestation pacifique du Peuple Togolais en faveur la démocratie : c’est la tuerie de Fréau Jardin. C’est cette situation et non une autre, qui a provoqué la rupture de toute coopération économique avec le Togo. Il ne faut donc pas se tromper.

Lorsque l’on parle de rupture de coopération, ceux qui racontent que c’est une campagne de l’opposition qui a débouché sur ces sanctions racontent des contre vérités. L’opposition n’a rien fait pour cette rupture de coopération et il ne faut pas se tromper de cible ni tronquer la vérité historique. Eyadèma et ses supporters ont cherché et trouvé ce qu’ils voulaient. C’est à eux de se plaindre de leur propre turpitude et c’est contre eux qu’il faudra se plaindre pour les conséquences de cette rupture de coopération économique.

L’opposition togolaise n’a ni à revendiquer la paternité de ces sanctions, ni à tirer quelque avantage que ce soit de cela, ni à souffrir de cette situation. On ne peut donc l’accuser de quoi que ce soit et moins encore de ne pas aimer le Togo et d’avoir œuvré pour la rupture de coopération économique. Que l’on dise que certains membres de l’opposition ont soutenu cette sanction, c’est une autre paire de manche, mais dire que l’opposition a été à l’origine de cela est un pur mensonge. Ceux qui veulent parler de cette situation doivent donc réviser leur leçon relativement à l’histoire récente de notre pays. Il ne faut pas raconter n’importe quoi.

Ensuite et sur un autre plan, je pense qu’il faut cesser de mettre tous les maux socioéconomiques de notre pays et particulièrement le chaos social et économique togolais sur le fait qu’il y a eu des sanctions. C’est honteux de donner l’impression que notre pays ne peut rien sur le plan socioéconomique sans l’aide internationale. Et les pays comme la Chine et autres qui se sont développés sans aide internationale, comment ont-ils procédé ? En outre, pendant ces 15 années de sanctions qu’ont exactement fait les responsables politiques togolais de l’argent qui rentrait dans les caisses de l’Etat ?

Qu’advenaient-ils des recettes générées par les Douanes togolaises, le Port autonome de Lomé, les phosphates et autres ressources de notre pays ? A quoi a-t-on utilisé ces fonds ? Cela n’aurait-il pas pu servir à faire quelque chose pour le Togo ? Doit-on comprendre que seule l’aide internationale est destinée à contribuer au développement de notre pays et que les ressources nationales elles sont destinées pour les poches de nos dirigeants ? Que ceux qui parlent des conséquences néfastes des sanctions économiques nous fassent aussi les comptes de ce qui a été fait des recettes nationales.

Si nos dirigeants sont conscients et s’ils se respectent, ils devront nécessairement arrêter de mettre le chaos que notre pays connaît en matière socioéconomique sur le dos de la seule rupture de la coopération économique. Nous devons avoir honte et nous respecter nous-mêmes.

Lynx.info : Logo Dossouvi un de vos compagnons de lutte trouve que  Faure mérite confiance. Etes-vous du même avis ?

Jean Degli: Au début des années 1990, lorsqu’en tant que Coordinateur des mouvements de la jeunesse en 1990 et en mars 1991, je me suis engagé et ai combattu le régime de dictature, j’ai travaillé dans l’intention de voir Mon Peuple accéder enfin à une Démocratie Vraie, Franche et Sincère. C’est cela que je poursuis jusqu’à aujourd’hui et j’ai juré de ne pas être membre d’un parti politique tant que le Togo ne sera pas entré dans cette Démocratie Véritable.

Je veux d’abord travailler pour Mon Peuple et lorsque la Terre de nos Aïeux sera entrée en Démocratie, alors seulement, je pourrai mettre mes compétences au service d’une formation politique.

Je ne sais pas pour quoi Hilaire Dossouvi LOGO s’est battu. Je ne connais pas ses intentions profondes quand nous étions en train de faire cette lutte au cours de laquelle il a été arrêté en août 1990. Je pensais à cette époque qu’il se battait pour le même idéal que moi car c’est ce qui ressort des discussions que nous avions eues à cette époque et du serment que nous avons fait sur la Bible et la Croix dans mon bureau d’avocat collaborateur au Cabinet de Maître Ruben Adama DOE BRUCE avant de nous engager dans cette lutte.

Si LOGO s’est battu pour ce même idéal, il me semble qu’il lui serait difficile de faire confiance à quelque homme politique que ce soit au stade actuel de notre marche où rien de vraiment important ne semble encore avoir été gagné en dehors d’un petit pas en matière des droits de l’Homme.

Pour ce qui me concerne, je ne fais pour le moment confiance à aucun de nos hommes politiques.
Tant que je n’aurai pas trouvé une personne capable de lutter véritablement pour la DIGNITE et l’Intérêt Général de ce Peuple qui est le mien et tant que les hommes politiques togolais continueront de considérer la politique comme le moyen de satisfaire des intérêts personnels égoïstes, des appétits personnels, ou le moyen le plus court pour aboutir à la richesse, aucun d’entre eux ne pourra mériter ma confiance.

Cela étant, je ne sais pas ce que Hilaire Dossouvi LOGO a vu et qui lui a permis de se déterminer. Il a la responsabilité de sa décision et de ses prises de positions. D’après ce que j’ai pu comprendre et entendre, il semble que LOGO ait été particulièrement déçu par les leaders de l’opposition au premier rang desquels le chef de son propre parti politique qu’est la CDPA. Je n’ai pas lutté pour les leaders des partis politiques mais pour Mon Peuple. Je ne peux donc pas me dire déçu par eux ni prendre de décision sur la base de ce qu’ils font. Mon Peuple, le Peuple Togolais, pour lequel je me bats ne m’a pas déçu. Je l’aime et je me battrai toujours pour lui et pour notre Togo Chéri.

Pour ma part donc, je n’ai aucun élément qui puisse me permettre de tirer ou d’aboutir aux conclusions auxquelles a abouti LOGO Dossouvi. Et en me basant sur la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui le Togo, j’ai des difficultés à changer de position ou à aboutir à des conclusions contraires à celles que j’ai exprimées ci-dessus.  

Lynx.info : Un loup de la politique togolaise. Le RPT campe sur des élections á un tour. Que peut faire l’opposition ?

Jean Degli : L’opposition ne peut, hélas, rien faire. En effet, à supposer même que l’opposition fasse prévaloir des arguments solides en faveur d’un scrutin à deux tours (et Dieu sait qu’il y en a), le RPT ne manquera pas de lui opposer le fait qu’elle ne peut pas faire modifier la Constitution. Et comme c’est le RPT qui a la majorité à l’Assemblée, il sera difficile d’obtenir cette révision relative au nombre de tours pour le scrutin.

De plus, les membres du RPT qui jouent désormais ceux qui sont attachés à la Constitution après avoir modifié cette même Constitution à tour de bras en 2005, affirment que les dispositions prises dan le cadre de la CEDEAO s’opposent à ce que des révisions constitutionnelles soient faites dans les six (6) mois précédant les élections présidentielles. L’opposition est donc coincée dans tous les cas de figure. Elle est obligée d’aller aux élections en l’état ou si elle ne veut pas, de les boycotter. Mais le boycott n’est pas une solution.

C’est la raison pour laquelle il est difficile de comprendre pas que l’opposition ne saisisse pas l’opportunité de notre proposition de référendum d’initiative populaire qui pourra permettre au moins que le soir de la proclamation des résultats de ces élections, le Peuple togolais ait enfin une victoire, celle de la Démocratie, par le retour à la Constitution de 1992. A défaut d’avoir un scrutin à deux tours pour les prochaines élections, on aura au moins la possibilité de revenir désormais à la Constitution de 1992 et donc de ne plus avoir ce genre de débats la prochaine fois, puisque le problème pourra être réglé une fois pour de bon en même temps que beaucoup d’autres tels la limitation à deux (2) du nombre de mandats présidentiels une fois le retour à la Constitution de 1992 acquis.

J’espère qu’après l’échec de la dernière rencontre et des négociations de Ouagadougou relativement au scrutin présidentiel à deux tours, l’opposition togolaise va enfin entendre raison et faire la seule chose qui pourra sauver le Peuple togolais de l’obscurantisme et aider à un retour de la Constitution de 1992, en reprenant à son compte notre proposition.

J’ai été très surpris quand des militants de certains « grands partis » au Togo sont allés voir mes proches en leur disant que quand ils ont demandé à leurs responsables de saisir ce que je leur propose, ceux-ci leur ont répondu qu’ils ne pensent pas que c’est ce qui pourra faire « plier le régime ». ccccc Si ces leaders de l’opposition ont autre chose pour faire plier le régime, je ne sais pas pourquoi ils ne l’ont jamais proposé et mis en œuvre. Je ne sais surtout pas ce qu’ils perdent à mettre en pratique ce que modestement moi je leur propose aujourd’hui. Ils n’ont qu’à essayer ce remède là aussi voir. Notre proposition n’a pas pour objectif de faire plier qui que ce soit. Elle a pour but de permettre au Peuple Togolais, Mon Peuple, de revenir à une Démocratie Véritable, Saine et Franche.

Si les responsables de notre opposition aiment ce Peuple ou si leur lutte est destinée à aider le Peuple Togolais, alors, ils ont aujourd’hui, à travers notre proposition qui leur facilite la tâche, l’occasion de le démontrer.

Lynx.info : Vous êtes un avocat de profession. Comment elle se porte la justice togolaise ?

Jean Degli : La justice togolaise se porte très mal. Elle est malade de beaucoup de choses et nécessite que l’on se penche très sérieusement sur son cas. Elle manque de moyens, d’infrastructures, de personnel, de compétence dans certains domaines et certains des magistrats eux-mêmes la qualifient de victimes de corruption. En tous cas, c’est une justice qui nécessite que l’on se penche très rapidement sur ses problèmes et que l’on la guérisse de ses maux si l’on veut la rendre vraiment utile et efficace au Peuple Togolais.

Lynx.info : Il semblerait  que les conditions de transparence en amont sont oubliées par toute l’opposition. Etes-vous de cet avis ?

Jean Degli : J’ai déjà dit plus haut que je ne sais pas exactement comment l’opposition se débrouille dans l’organisation des élections et plus particulièrement dans son action au sein de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Cela étant, j’ai assisté à une âpre lutte de l’opposition pour avoir la présidence de la CENI. Celle lutte a abouti à un résultat mitigé puisque la composition de la CENI que l’opposition avait contestée et qui a amené le facilitateur, le Président Blaise COMPAORE à intervenir, était beaucoup plus équilibrée que la composition qui est finalement sortie des contestations où le RPT et ses ailes marchantes sont plus représentés. Je n’ai donc pas compris le sens exact de la lutte de notre opposition à cette occasion.

Par ailleurs, ce que je pense, c’est que c’est dans les Commissions Electorales Locales et notamment au niveau des bureaux de vote que se joue la plus grande partie des jeux. Or, il me semble que ce n’est pas véritablement ce qui préoccupe l’opposition ou alors qu’elle ne semble pas pour le moment porter le débat sur ce terrain (espérons qu’elle va quand même y penser à temps).

J’ai donc des difficultés à voir clair dans ce que veut l’opposition et où elle veut en venir. C’est seulement elle-même qui pourra nous dire quels sont ses stratégies et objectifs.
Pour moi, c’est le flou artistique en ce qui concerne l’action de notre opposition pour le moment. Je ne peux donc vraiment répondre à certaines de vos questions avec exactitude.

Lynx.info : Question d’ordre personnel Me Jean Dégli. Que répondez-vous á tous ceux qui disent que le problème du Togo vient de son opposition ?

Jean Degli : Il me semble qu’une telle affirmation est trop radicale. J’essaye toujours d’éviter les positions trop abruptes surtout lorsqu’elle ne semblent reposer sur rien de solide.

C’est vrai qu’une grande partie des problèmes actuels de la lutte du peuple togolais vient de son opposition et de l’organisation de celle-ci. On comprend en effet très mal comment un leader de l’opposition dans un pays où le peuple souffre autant qu’au Togo, peut affirmer que si ce n’est pas lui qui va être élu président aux prochaines élections alors il préfère que Faure Gnassingbé soit là. Ceci signifie que l’opposition togolaise a un grave problème et que certains leaders de l’opposition confondent dangereusement leurs intérêts personnels avec l’intérêt général qui est celui du Peuple togolais.

Cela étant, les problèmes de démocratie au Togo ne se réduisent pas aux incohérences, incompétences, incuries, divisions et léthargie de notre opposition. Ils trouvent également leurs origines ailleurs, notamment dans un certain nombre d’autres difficultés comme les vices et conséquences néfastes de la dictature, la capacité de nuisance des forces rétrogrades, le manque de culture de l’intérêt général, un goût trop prononcé pour l’intérêt matériel, la gabegie, la concussion, la prévarication, la corruption, un manque de patriotisme, le culte de la médiocrité, la dépravation des mœurs, l’absence de culture des valeurs fondamentales, la méconnaissance des droits et devoirs du citoyen, la confusion de la politique avec la voie la plus rapide ou le chemin le plus court pour accéder à la richesse, la volonté des responsables politiques de se servir du pays et du Peuple au lieu de les servir, etc.…

Tous ces problèmes ne sont pas forcément dus à l’opposition. Certes l’opposition a une très grande part de responsabilité dans l’échec de notre lutte pour la Démocratie. Elle n’est toutefois pas l’unique cause de ces échecs et de la situation dramatique actuelle du Togo.

Lynx.info : Vous avez un message d’espoir pour vos compatriotes ?

Jean Degli :La Nuit est longue mais le Jour vient,” disait Sylvanus Olympio au moment où notre pays entrait dans le concert des nations comme pays indépendant. Au moment où nous nous apprêtons à entrer dans l’année du 50ème anniversaire de notre indépendance, je voudrais que chaque citoyen togolais médite et se demande ce qu’il a exactement apporté à ce pays; ce qu’il a fait pour que le Togo sorte de l’obscurantisme politique et socioéconomique ou ce qu’il a fait pour l’y enfoncer davantage.

Je souhaite que chaque Togolais, où qu’il soit et qui qu’il soit, se demande ce qu’il peut faire pour aider la Terre de nos Aïeux à sortir de sa situation de ténèbres et qu’il se résolve véritablement à le faire dès 2010. Que chacun s’investisse vraiment; ceux qui vont aller voter à remplir véritablement un devoir citoyen en dotant notre pays de vrais dirigeants capables de le sortir de l’ornière au lieu d’aller troquer leur scrutin contre quelques espèces sonnantes et trébuchantes; ceux qui vont gouverner à le faire pour l’intérêt général; chaque fonctionnaire, travailleur, artisan, commerçant, cultivateur et autres, à oeuvrer pour le bien être du pays, etc. .

Travaillons comme si tout ne dépendait que de nous et prions comme si tout ne dépendait que du Créateur. La lumière du Togo va poindre de là.
 
Je renouvelle une fois encore mon appel pressant pour que les leaders de l’opposition se saisissent de l’opportunité que nous offre aujourd’hui la procédure de référendum d’initiative populaire pour agir en faveur de l’intérêt général de Notre Peuple et sauver la Démocratie pour laquelle les Togolais ont tant sacrifié.
Je prie également tous nos compatriotes où qu’ils soient, de faire tout pour que cette dernière chance soit saisie en vue de restaurer la Démocratie sur la Terre de nos Aïeux.

Je reste confiant que l’année qui vient sera un tournant dans la vie de la nation togolaise. Il est temps que le Togo aussi commence à voir le bout du tunnel, non pas celui qui permet d’y entrer mais celui par qui on en sort. Il est temps que notre pays tourne le dos aux scrutins conçus dans le style du ‘Vote des Bêtes Sauvages’pour se signaler et entrer de façon plus positive dans le concert des Nations.

A tous, je demande de méditer ces paroles “Togo debout, luttons sans défaillance; vainquons ou mourons mais dans la dignité.” Et ensemble, disons encore et encore à cette Terre de nos Aïeux, ces paroles de notre hymne national: “Seuls artisans de ton bonheur ainsi que de ton avenir; brisons partout les chaînes et la traitrise; et nous te jurons toujours fidélité; et aimer servir se dépasser; faire encore de toi sans nous lasser; Togo Chéri, l’Or de l’Humanité.” Faisons cela en ayant en vue ce que nous dit la chanson des Pères de l’indépendence intitulée Denyigba “Denyigba! Wo nyonyo, Denyigna! Wo gbegble, alesi miedzi woe nenema ko nano” car le Togo notre pays ne pourra être que ce que nous voulons qu’il soit et refléter l’image que nous voulons lui donner.

Pour terminer, je souhaite à chacun de très bonnes fêtes de Noël et de Nouvel an en espérant que demain sera meilleur qu’aujourd’hui qui ne me semble guère avoir été meilleur qu’hier en ce qui concerne notre pays.
Meilleurs voeux à chacun d’entre vous, Togolaises, Togolais, Peuple des villes et des campagnes.
Que l’Eternel bénisse le Togo.

Prêts pour la Démocratie, la lutte continue

Interview réalisée par Camus Ali

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