Interview:J’avais bien compris que j’étais un candidat très dangereux pour le pouvoir en place

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La Cour constitutionnelle de Lomé a rejeté ce mardi à la mi-journée la candidature à la présidentielle du 28 février du Franco-Togolais Kofi Yamgnane, ancien secrétaire d’Etat de François Mitterrand. Motif invoqué: une « incertitude » sur sa date de naissance.
Pour LEXPRESS.fr, l’ex-maire socialiste de Saint-Coulitz (Finistère), seul des huit prétendants ainsi invalidé, commente à chaud son éviction.

Redoutiez-vous une telle décision?

Pas du tout. Après le dépôt de ma candidature, la Cour m’a transmis les remarques du ministère de l’Intérieur. La référence à la date de naissance n’y figurait d’ailleurs pas. J’ai pour ma part répondu immédiatement, et point par point, dans un mémorandum détaillé.

J’avais bien compris que j’étais un candidat très dangereux pour le pouvoir en place. Mais je n’avais pas compris que ledit pouvoir était à ce point dans la panique, et qu’il fallait absolument m’éliminer. Ce verdict n’a évidemment rien de juridique; il est très politique. Moi, je suis habitué aux usages démocratiques. J’observe qu’au Togo, les lois ne sont que des mots sur du papier.

Comment comptez-vous réagir?

Dans un premier temps, je pensais déposer un recours en annulation. Mais quand la Cour constitutionnelle, plus haute juridiction togolaise, rend un arrêt, il n’y aucun recours possible. Maintenant, il faut créer un autre type de rapport de force, ou s’adresser au président Faure Gnassingbé, pour que justice me soit rendue.

A quel niveau, à votre sens, cette décision a-t-elle été prise?

Dans mon esprit, c’est clair: au plus haut niveau de l’Etat.

Voyez-vous, dans l’habillage juridique de cette mise à l’écart, la main du juriste Charles Debbasch, « ministre-conseiller » auprès de Faure?

Pas seulement la main. Debbasch n’est pas que le patron des collaborateurs blancs du chef de l’Etat. Le vrai président, c’est lui. Comment voulez-vous qu’un pays fonctionne avec à sa tête un repris de justice? [allusion à la condamnation de l’intéressé par la justice française dans l’affaire de l’héritage Vasarely, NDLR].

Par Vincent Hugeux

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