Interview : Mey voulait juste avoir la tête de Tribune d’Afrique…

0

 

« Je ne comprends pas pourquoi Faure veut gouverner dans le silence et la clandestinité, ils doivent rendre compte au peuple à mon avis » Aurel Kedoté : Directeur de Publication de Tribune d’Afrique  

Lynx.info : C’est Tribune d’Afrique qui  a raconté des histoires fausses sur Mey Gnassingbé ou c’est la justice qui a été excessive par sa condamnation ?

Aurel Kedoté : Ce n’est en tout cas pas la première hypothèse. Tout le monde sait ici que quand nous écrivons quelque chose à Tribune d’Afrique, c’est bien sérieux, nous ne plaisantons pas. Nous n’avons aucunement raconté de fausses histoires sur Mey Gnassingbé, bien au contraire, nous faisons plutôt notre travail le plus convenablement possible à mon avis. Je crois que cette affaire est une usurpation d’écrits pour obtenir la tête d’un journal qui ne plaisait plus au régime en place. Pourtant, l’article était dans un français courant, je veux qu’on nous relise et qu’on nous comprenne, pour ne pas nous accuser sans raisons. C’était au départ la Haac qui nous a poursuivis très longuement l’an dernier où nous avons eu plus d’une vingtaine de convocations. La condamnation aussi a été excessive, je m’attendais au relaxe parce que si on lit de près l’article, il n’y a rien à nous reprocher et nous pouvions apporter la preuve de tout ce que nous avons affirmé. Mey voulait juste avoir la tête de Tribune d’Afrique, il y est arrivé malheureusement, mais c’est une courte victoire. Derrière cette condamnation, je ne vois que des manipulations politiques et les impressions et menaces que nous avons reçues ces derniers jours nous conforte dans nos impressions. Le Togo est devenu un pays dangereux pour les journalistes et de récents événements concourent à corroborer ce que je dis.

Lynx.info : Il paraît que vous aviez approché Mey pour en savoir plus. Que vous a t-il dit ?

Nous étions dans la dynamique d’un travail professionnel et impeccable. Nous nous sommes rapprochés de lui par plusieurs fois. Il a reçu chez lui, en son domicile, Max Carmel et David Cudjoe, notre correspondant au Togo qui a été lui aussi condamné, nous en avions parlé avec lui. Nous avons eu plusieurs entretiens téléphonique à propos parce que nous voulions, à partir des publications de la presse locale et des rumeurs, éclaircir une situation qui à mon envie s’empirait. Je ne comprends pas pourquoi Faure veut gouverner dans le silence et la clandestinité, ils doivent rendre compte au peuple à mon avis. Et Mey Gnasingbé n’est pas que son frère, c’est aussi le chargé de mission de la présidence. Pour revenir à votre question,  il nous a dit qu’il ne voulait pas gérer les rumeurs, que c’était des histoires sans têtes et qu’il croit que ce sont ses détracteurs qui lui compliquent la vie. Je lui ai demandé si cette affaire portait atteinte à ses relations avec son frère de président et il m’a dit que Faure Gnassingbé a compris que c’était une blague. Il nous a juré aussi qu’il n’avait jamais rencontré Eugène Attigan, journaliste arrêté dans cette affaire. L’auteur de l’article à qui j’ai transmis toutes les informations a exploité tous ces propos dans la mesure du raisonnable et nous avons ainsi donné la parole à Mey pour se défendre.

Lynx.info : Finalement Mey Gnassingbé a gagné dans la même histoire son procès contre Golfe info et Tribune d’Afrique. La justice, semble avoir plus d’arguments que vous. C’est ça ?

Les juges n’ont pas de couilles, ce sont des faiblards qui n’ont voulu faire aucun effort d’objectivité et de bon sens. Je ne sais pas si c’est sous le coup de la corruption ou de la pression politique. Sinon aussi bien pour Golfe Info que pour Tribune d’Afrique, il a eu un excès de zèle qui n’a pas rendu service à l’image du Togo. Le pays était cité comme démocratiquement déficitaire et alors que la liberté de presse au Togo servait de temps à autre d’exemple pour d’autres pays d’Afrique, la justice jette une portion de discrédit sur tout le processus. Notre condamnation est une honte pour le Togo et sans justice, nous sommes traumatisés et en colère.

Lynx.info : On reproche aux journalistes togolais de ne pas respecter la déontologie du métier. C’est ça aussi avec Tribune d’Afrique ?

Il peut avoir quelques ratés comme il en a partout, même en Europe et aux Etats Unis, mais dans l’ensemble, la presse togolaise se professionnalise de plus en plus. Il suffit de comparer les journaux d’aujourd’hui à ceux de 2005. Je mets quiconque au défit pour nous apporter la preuve que Tribune d ‘Afrique ne respecte pas la déontologie. Nous sommes l’un des journaux les plus vendus au Togo et la presse étrangère la plus lue. J’en suis déjà fier. En plus, nous avons importé une forme nouvelle de journalisme d’investigation, qui allie littérature et journalisme et qui est bien accueillie au Togo. Moi je veux rester objectif sur la presse en Afrique et son avenir, le Togo fait beaucoup d’efforts.

Lynx.info : Revenons un peu sur cette affaire de drogue. Comment aviez vous travaillé pour enfin citer Mey Gnassingbé ?

Nous sommes partis de divers rapports qui indexent sans cesse le Togo. Nous avons mené une longue enquête sur les personnes arrêtées avec Eugène Attigan et avions réussi à avoir une copie de la déposition de Eugène et de deux de ses co-arrêtés. Nous avons eu aussi accès à une multitude d’informations grâce à nos sources au sein de la gendarmerie et même au gouvernement. Il fallait ensuite confronter ces informations et passer ce qui est vérifiable, sinon vérifié. Ce fut un travail de fourmis et nous n’avons, aujourd’hui encore, rien à nous reprocher.

Lynx.info : Vous êtes interdit de publier désormais au Togo. Y a t-il au Benin les mêmes difficultés entre les pouvoirs et la presse ?

Nous allons continuer à paraître pour les autres pays que nous couvrons… Il y au Bénin des difficultés, mais d’un autre genre. Le pouvoir ne poursuit pas de cette manière acharnée la presse. Il faut dire que la presse béninoise est une vieille presse, qui date de deux décennies et plus dans sa diversité actuelle. Plusieurs journaux au Bénin datent des années 1970, il y a eu de l’expérience. Au Togo, c’est la Haac qui ne joue pas son rôle et qui se croit une cellule de communication du président de la République. Le 17 juin dernier, les conseillers de la Haac ont traumatisé un envoyé togolais de Tribune d’Afrique qui a dû se plaindre aux organisations des droits de l’homme. LA Haac est irresponsable et liberticidaire.

Lynx.info : Je vous remercie

C’est moi qui vous remercie pour votre promptitude et votre confraternité.

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info

Laisser une réponse