Interview : Faure souffre t-il d’une crise d’épilepsie ?

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« Vous savez le chef de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE/UE), José Manuel Garcia-Margallo Y Marfil se bagarre actuellement avec le chef de la Délégation de l’Union européenne, Patrick Spirlet. Ce dernier est un proche de l’ancien sulfureux commissaire européen Louis Michel un pro-Eyadéma invétéré et maintenant un pro-Faure assidu qui avait sévi en RDC pour faire élire Joseph Kabila. Contrairement au texte en vigueur, Patrick Spirlet n’avait pas à intervenir pour édulcorer le pré-rapport de la MOE » Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info

Lynx.info : Mr Toulabor les togolais ont fait de nouveau confiance en Faure. Ils l’ont réélu à 60% loin devant Jean -Pierre  Fabre….

Poser la question de la sorte signifie que cette présidentielle comme les précédentes a été sincère et transparente. Or tout indique que ce n’est pas le cas, à commencer par les alertes relatives aux premiers dysfonctionnements constatés lors du recensement électoral et notifiés à la CENI jusqu’à l’absence d’authentification des bulletins de vote. Dans un rapport, la CENI et sa tutelle reconnaissent ces dysfonctions, elles ont continué à avancer dans le mur de la mascarade, avec la caution de l’UE. Comment fait-on organiser des élections qu’on veut crédibles par un Etat voyou, profondément violent, corrompu et qui jouit d’une impunité totale ? L’UE se trouve aujourd’hui très embarrassée,  qui a agi en plaçant en toute naïveté sa confiance dans un Etat voyou. A moins que derrière cette naïveté apparente ne se cache tout simplement le racisme inconscient des Occidentaux qui continuent à croire que les dirigeants togolais sont de grands enfants incapables de les manipuler ou de les instrumentaliser. Ils en ont pris pour leurs grades, mais ce sont les Togolais qui continuent à boire le calice.

Lynx.info : On évoque au RPT  de nouveau une opposition divisée qui n’aurait pas un bon programme de société….

Non et non. La division de l’opposition et son absence de programme rentrent de façon très marginale dans la confection des fraudes électorales.  On est en train de mélanger deux niveaux du débat. En l’occurrence il s’agit de savoir si l’Etat togolais tel qu’il fonctionne est institutionnellement armé pour organiser techniquement des élections « fair and free » comme on dit. L’organisation électorale doit être une opération neutre et transparente, parce qu’elle participe des fonctions régaliennes de l’Etat. Que l’opposition soit divisée ou n’ait pas de programme rentre peu ou pas du tout dans l’organisation technique de l’élection. Si les mêmes causes doivent produire les mêmes effets, on doit s’attendre aussi que le RPT perde cette élection puisqu’il n’est pas uni (division du clan Gnassingbé, de l’armée et du parti à la suite de l’affaire Kpatcha et d’autres turbulences) et n’a pas de programme non plus. Le FRAC est allé aux élections non contre le RPT mais contre l’Etat et son administration dont on connaît le degré de neutralité, importante dans l’égalité d’accès de tous les partis aux ressources publiques et dans l’égalité de traitement.

Lynx.info : Si la France n’a pas tout de suite pris acte, elle n’a pas non plus aidée comme l’UE à dire ce qui s’est passé pour des analystes. Comment vous l’expliquez ?

La France et l’UE ont manqué une occasion historique de « rupture » d’avec la françafrique lors de cette présidentielle. Parce que le Togo n’est pas un pays stratégique disposant de pétrole et d’uranium, elles peuvent marquer le cinquantenaire des indépendances africaines en donnant un signal fort par l’organisation d’une présidentielle vraiment propre et exemplaire à tous les points de vue. L’habitude françafricaine, qui met en musique l’option RPT, a pris le dessus. Vous savez le chef de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE/UE), José Manuel Garcia-Margallo Y Marfil se bagarre actuellement avec le chef de la Délégation de l’Union européenne, Patrick Spirlet. Ce dernier est un proche de l’ancien sulfureux commissaire européen Louis Michel un pro-Eyadéma invétéré et maintenant un pro-Faure assidu qui avait sévi en RDC pour faire élire Joseph Kabila. Contrairement au texte en vigueur, Patrick Spirlet n’avait pas à intervenir pour édulcorer le pré-rapport de la MOE daté du 6 mars. La bagarre entre les deux hommes porte le contenu du rapport défintif attendu pour début mai que Patrick Spirlet voudrait influencer pour le rendre moins sévère pour le pouvoir Faure.  Dans tous les cas, le RPT a mis de gros suppositoires à ce beau monde et peut sabrer du champagne comme nous le montrent certaines vidéos post-électorales.

Lynx.info : Le pouvoir semble plus privilégier la reconnaissance internationale que celle du peuple. Votre avis ?

Cela aussi relève aussi des habitudes de la maison RPT : rechercher la légitimité extérieure au détriment de l’interne. Le père avait indiqué la voie que le fils suit rigoureusement. C’est le propre de certains pouvoirs (néo) coloniaux en Afrique. Ces pouvoirs n’ont rien à cirer avec les aspirations profondes des populations qu’ils ont vassalisées au profit de l’Occident, le véritable suzerain. On va privilégier la reconnaissance de celui-ci qui donne du poids à leur pouvoir. Tout se tient dans une logique mathématique !

Lynx.info : Les marches peuvent t-elle faire plier le régime ?

Oui et non. Oui, si elles prennent de l’ampleur, montent en puissance dans tout le pays. Le pouvoir a une peur bleue de ces marches dont il ne sait sur quoi elles vont déboucher. D’autant que Faure est dans la nature et n’a pas apparu depuis la fin du scrutin. On murmure dans les rues de Lomé qu’il souffre d’une crise d’épilepsie, ce qui hypothèque sa prestation de serment. Non, car le pouvoir peut jouer la montre, rouler les mécaniques et laisser passer l’orage. Il est assis sur le trône, il peut se permettre de fermer les yeux sur ces marches.

Lynx.info: Que retenez- vous des 50 ans d’indépendance du Togo ?

Pour ce qui me concerne personnellement c’est un non-évènement. C’est un échec pour notre pays et il faut être un demeuré pour célébrer un échec. Mais comme nous vivons dans un monde où les valeurs sont inversées, on peut commémorer la violence, la corruption, et l’impunité qui sont devenues les trois vertus théologales du pouvoir comme il en est de la foi,  de l’espérance et de la charité chez les chrétiens. Quand tous les indicateurs socio-économiques montrent une progression constante de notre  pays vers l’abîme, je ne vois pas ce qui pourrait me donner la fierté d’être Togolais. Tenez : en novembre 2007 : le Togo doit 114 millions d’euros à la Banque mondiale et au FMI, il leur doit un encours de la dette de 16 millions d’euros à la fin 2004, et il doit aussi en dette intérieure à la fin 2005 420 millions d’euros selon le document officiel  intitulé « Stratégie intérimaire de réduction de la pauvreté au Togo » élaboré en mars 2008 par le gouvernement lui-même. Tenez encore : selon le même document, 61,70 % de Togolais vivent à la lisière de la pauvreté. Plus on remonte vers le Nord et plus les populations sont pauvres. On vit avec 30,80 euros mensuels à Lomé et seulement 19 dans les régions Centrale, de Kara et des Savanes. C’est cela l’indépendance quand dans le même temps entre 200 et 300 individus maximum contrôlent la totalité de la richesse nationale. Faut-il donner raison à ceux qui disent que le bulletin de vote ne changera rien de fondamental dans notre pays et qu’il faudrait une révolution populaire  et prendre des armes pour chasser ces bandits qui gouvernent le pays depuis 1967?

Merci

C’est moi qui vous remercie sincèrement.

Bordeaux 5 avril 2010.

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