Installation des populations Bassar-Konkombas [Par Gnon-Kondi Aboudourahmane]

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Le Pays bassar-konkomba couvre une superficie de 6 000 Km2. Sur le plan administratif, il est dans la région de la Kara qui totalise 12 000 Km2. L’ensemble semble tourner le dos au reste du Togo, mais s’ouvre largement sur le territoire ghanéen. Sur le plan national, c’est un isolat, au sens géographique du terme, une sorte de ″Lom-Nava″ en langue EWE.

1- Comment se sont installées les populations dans le Pays bassar-Konkomba? Question très intéressante, mais très difficile scientifiquement et très délicate humainement et politiquement ! Car de gros privilèges et intérêts sont en jeu.

Avant d’en venir au sujet quelques préalables sont indispensables.

a) On ne peut pas comprendre l’occupation du Pays bassar-Konkomba si on n’a pas à l’esprit les mouvements de populations dans l’Histoire ancienne et récente de l’Afrique de l’Ouest. Ces mouvements de population sont liées à la construction ou à la dislocation des grands Empires et Royaumes de l’Afrique de l’Ouest : les guerres font bouger les populations.

b) A cela s’ajoutent les raids et razzias liés à la traite négrière jusqu’à la fin du 18ème siècle, voire bien au-delà.
c) La recherche de terres cultivables a fait bouger les populations, collectivement ou individuellement.
d) Les raisons commerciales et religieuses ont leur part dans ces mouvements de populations et bien d’autres choses encore comme l’artisanat et le voisinage. Passons concrètement dans le cas du Pays bassar-konkomba, la question qui nous intéresse ici est maintenant, l’archéologie et la tradition orale nous seront d’un grand secours.

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Dance du feu en pays Bassar

2- Les grands traits de la mise en place des populations dans le Pays bassar-konkomba. Disons tout de suite que, si sur le plan géographique le Pays bassar-konkomba est un isolat, sur le plan historique, ce fut un espace ouvert à tous les peuples, voisins ou lointains.

Dans le cadre du voisinage voyons cette occupation du Pays bassar-konkomba :
a) Au nord, les voisins immédiats sont les TCHOKOSSI. Des villages entiers d’origine TCHOKOSSI, installés dans le Nord du pays KONKOMBA au bord du fleuve KARAL. Ils occupent des quartiers à KABOU et à BASSAR. venus de l’autre côté de la rivière Kara, nous avons les Gangans, du même groupe linguistique que les Bassar et les Konkomba, les mêmes noms de personnes et de lieux (Nakoudja, Naboudja, Be Kotibe, D’kotigbande, etc).
Venus de loin, de l’Empire Mossi et du Royaume Gourman, les Mossi et les Gourman de Katchamba et de Kouka.

Au nord-est du pays Konkomba, il y a des Lambas autochtones et des Lambas immigrés.
Au nord-est du pays Bassar, nous avons le grand groupe Kabiyè que l’on retrouve comme immigré à Sanda AFOHOU, à Sanda Kagbanda et comme immigrants agricoles dans tout le pays Bassar. Quelques quartiers Bassar sont carrément d’origine Kabiyè (Djamdè)

A l’Est du pays Bassar, un autre groupe important est constitué par les TEM ou Kotokolis. Après la dislocation de leur ancienne capitale TABALO, dans l’ATAKORA, près de Malfakassa, quelques clans Tem se sont retrouvés à Bassar (Nangbani essentiellement dont on connaît les quartiers et les vestibules). Comment ne pas rappeler que le quartier OUKORE et apparentés, du clan Sando, sont d’origine Tem ?
Dans le Sud du Pays bassar-konkomba, nous constatons un brassage inextricable d’éléments bassar, Tem, Adélé, Ashanti, etc. A l’Ouest s’ouvre sur les peuples Bassar et Konkomba d’une part et sur les peuples Gondja, Dagbah, Mamproussi et Ashanti ! les villages de Bapuré de Bangeli, de Bikambombé (qui veut dire les Ashanti) de Bitchabé, etc en sont les témoignages vivants.

Face à ces mouvements d’occupation de l’espace de grande envergure, des commerçants, venus de près ou de loin (Bénin, Niger,Nigeria …) ont acquis droit de cité dans nos villes et villages. D’ailleurs le nom du chef-lieu de la Préfecture de Dankpen nous le rappelle avec éloquence : Guérin-Kouka, ″le pays des Baobabs″.
Pour des raisons d’islamisation des autochtones Bassar, des individus ou des familles entières se sont installés dans quelques villages pour constituer des noyaux musulmans. Des noms comme Diabaté à Kouka, Karamon, Touré, Bamba à Kabou et ailleurs.

Les autochtones Bassar ont connu des invasions Dagban et Gondja et ont, à l’intérieur, créé d’autres villages : Kabou, Benanwalibe, Baghan sont issus de Kalghan, Biakpabe de Bassar ville est issu de Biyakpabe de Bangeli. Dans le pays Konkomba, Naware a pour origine Sabobo (Ghana) Namon vient de Takpamba. L’entre deux guerres mondiales est une période de colonisation des terres cultivables par les Lamba et Kabiyè.

Les troubles politiques dans les plateaux ont obligé les autorités à procéder au transfert massif de Kabiyè à Bassar, dans le Sud de la Préfecture.

Dans le cadre des projets de développement entrepris par le FED, des migrations provoquées ont touché les Lambas et Kabiyè dans les régions de Sanda, Kouka, Katcha et tout le Sud-Ouest de Bassar. Tout le pays Bassar a connu une brillante industrie métallurgique fondée sur le travail du fer : les rares hauts fourneaux qui subsistent, les scories, les forges, les lieux de traitement de la fonte brute, etc l’attestent abondamment !
Pour plus amples informations, il faudrait se référer aux travaux du Professeur Philippe DE BARROS sur la métallurgie du fer à Bassar. Un chercheur de l’ORSTOM, M. DUGAST a publié il y a quelques années un gros ouvrage sur les forges et forgerons de Binaparba.

La datation des scories donne des résultats effarants : plus de 2 000 ans.

Tout le pays Bassar a été une zone industrielle dont ces produits étaient exportés dans toutes les directions.

2- Les perspectives

a) Aujourd’hui, le Pays bassar-konkomba est un melting pot fait de tous les apports anciens et récents.

b) Pour les immigrations récentes, il importe de mettre en place des règles de coexistence pacifique pour éviter les problèmes à long terme sur le plan foncier.

c) Pour la renaissance du Pays bassar-konkomba il faudrait examiner les voies et moyens pour la création d’un Musée du fer et d’un Institut de métallurgie.

d) Pour cette renaissance pour le développement, que les populations soient sensibilisées afin qu’elles prennent leur destin en mains. Chacun doit apporter sa petite ou grande contribution. Enlever de nos mentalités l’atte vunte d’un messie qui viendra, par magie, transformer nos conditions de vie actuelles et notre destin !

Gnon-Kondi Aboudourahmane

Un commentaire

  1. Merci infiniment à LynxTogo pour la publication de ce précieux article sur le pays Bassar-Konkomba.
    Je prie humblement l’Auteur ou la Rédaction de LynxTogo de me permettre de le diffuser à partir du site http://www.pyramid-of-yewe.org
    Prière de bien vouloir m’envoyer à cet effet le document en format Word, à l’adresse e-mail suivante: Kofi.Folikpo@hotmail.com

    Fraternelles salutations depuis la brumeuse Suisse alémanique.

    K. Kofi FOLIKPO

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