Injustice post-électorale : faut-il se révolter ou se résigner ?

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L’élection présidentielle, tant attendue, sensée sortir la Côte d’Ivoire d’une décennie de crises à répétions, s’est achevée. Malheureusement, dans une cacophonie voulue, parachevée par les bombes françaises.

Monsieur Ouattara Alassane s’est, malgré tout, assis dans le fauteuil présidentiel. Sitôt investis, il s’est empressé de se livrer à son jeu favori : la chasse à l’homme. Ses « gibiers » privilégiés, n’étaient nul autre que les partisans de son adversaire Laurent Gbagbo, y compris ce dernier lui-même. Résultat : Une centaine de prisonniers politiques et militaires ou de simples leaders d’opinions, jetés en prison. Plusieurs jeunes ivoiriens soupçonnées de vouloir déstabiliser son régime ou accusés d’être des miliciens pro-Gbagbo, sont exécutés. Des milliers d’ivoiriens sont contraints à l’exil. Monsieur Ouattara dirige désormais la Côte d’Ivoire d’une main de fer. Une main aux griffes si acérées que certains ivoiriens en étouffent, pendant que d’autres bénéficient, au contraire, des « largesses » de cette même main. Il passe ainsi pour « le président » d’une partie seulement des ivoiriens, et dans le même temps, pour « le bourreau » de l’autre partie.

La conséquence immédiate, du laxisme de monsieur Ouattara à l’égard de ses partisans et de sa politique répressive à l’encontre de ses opposants, a manifestement provoqué au sein de la société ivoirienne, notamment de ceux qui en subissent  les travers, un sentiment d’injustice. De sorte que l’injustice est aujourd’hui, dans cette période post-électorale, le mal qui ronge la société ivoirienne. C’est elle qui exacerbe les divergences et accentue la fracture sociale. Une injustice créée et entretenue par monsieur Ouattara et son clan, contre le reste des ivoiriens ne partageant pas leurs penchants. C’est de cette injustice qu’il s’agit lorsque l’on parle de « justice des vainqueurs » ou « justice à double vitesse ». Car elle consiste en effet, pour monsieur Ouattara, à « punir » immédiatement, quand il s’agit de ceux qui ne sont pas de son clan, et d’attendre la fin d’hypothétiques « enquêtes en cours », lorsqu’il s’agit des personnes qui lui sont favorables.

Comment justifier l’injustifiable ?

Comment monsieur Ouattara et ses sbires arrivent-ils à justifier cette injustice flagrante dans une Côte d’Ivoire où l’insécurité galopante, le rattrapage ethnique et la corruption règnent sans commune mesure ? Comment comprendre que jusqu’à présent aucun partisan de monsieur Ouattara n’ait été inquiété, alors que des preuves et des témoignages accablants existent bel et bien contre eux ? Là où monsieur Ouattara affirme que les autres « ont tué » et qu’ils ont été pris en « flagrant délit », ses suiveurs eux, prétendent plutôt que ces personnes constituaient des « dangers » et qu’il fallait d’abord les « mettre hors d’état de nuire ». Qui croire ? N’empêche, que ces arguments aussi ridicules et grotesques les uns que les autres ne tiennent tout simplement pas la route, devant l’ampleur de cette injustice.

Ainsi, des hommes et des femmes, jugés proches du régime de Laurent Gbagbo, ont été arrêtés, certains purement éliminés, mais ces nuisances qu’ils disent combattre, continuent malgré tout. Des nuisances qui sont bel et bien du fait de leurs « forces républicaines assassines». Cela heurtent le bon sens, tant la disproportion est flagrante dans le traitement des personnes, selon qu’elles appartiennent à l’un ou l’autre des camps. Comment donc dans ce cas, parler de réconciliation ? Comment, en pareilles circonstances, accepter cette sanguinolente « main tendue » ?

La France néocoloniale, pour ne pas soulever la question qui fâche les tenants actuels du pouvoir – c’est-à-dire l’injustice en Côte d’Ivoire – l’a soigneusement éludée, lors de la récente  visite de monsieur Ouattara en France. Dans le communiqué sanctionnant la visite du mentor du Rdr, l’Elysée « évoque » la justice (terme assez flou et vague), mais ne condamne, ni ne dénonce, l’injustice orchestrée par Monsieur Ouattara. En voici un bout: « La situation intérieure ivoirienne et le soutien de la France au processus de réconciliation et de reconstruction ont également été évoqués. (…) Il (le président français, ndlr) a évoqué avec son homologue la question de la réconciliation nécessaire entre les Ivoiriens, qui passe par le dialogue, la lutte contre l’impunité et la justice ». Vous l’aurez compris le terme « injustice » a été « diplomatiquement » évité. Mais il aurait pu logiquement prendre ici, la place du terme « justice ».

Accepter l’inacceptable ?

Certes la nature elle-même ne fait-elle pas preuve d’injustice en étant plus favorables à certains qu’à d’autres ? Face à l’injustice, l’on est souvent amené à adopter deux types d’attitudes : la révolte contre ce qu’on estime injuste et lefatalisme, nous poussant à accepter les choses telles qu’elles sont. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, faut-il accepter cette injustice telle qu’elle se présente, ou faut-il au contraire s’en révolter ?

Certains spécialistes disent que la révolte face au mal (ici l’injustice, ndlr) a des aspects positifs pour l’humanité. Et que cette attitude aide à améliorer par exemple, la législation, la technologie, l’accès aux soins, etc. Ils affirment aussi qu’en ne cédant pas à la fatalité (ou au fatalisme), les citoyens exigent de l’Etat qu’il lutte contre les injustices. Mais ils disent aussi que certains aspects du fatalisme, sont également positifs pour l’humanité. Elle permettrait en effet, d’accepter plus facilement des choses contre lesquelles on ne peut rien (Certes on ne peut pas tous êtres riches ou devenir tous des savants, ndlr). Selon eux, le fatalisme peut contribuer à accepter l’inacceptable lorsqu’il se présente.

Ici, en Côte d’Ivoire, en cette période post-électorale, l’inacceptable, c’est bien évidemment cette injustice du régime Ouattara qui conduit chaque jour des ivoiriens à la mort. Une injustice qui vous prive de votre droit le plus absolu, la liberté, ou qui vous contraint à l’exil est, somme toute, une mort en soi. Et cette mort programmée, nul ne peut l’accepter, quel qu’en soit le motif.

Marc Micael La Riposte

 

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