Gerry Taama raconte ses derniers moments avec le lieutenant-colonel Madjoulba

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On s’est rencontré le 3 mai dernier. Tous les deux avec des masques au visage, je lui ai dit que je passerai au BIR jouer au ballon militaire et manger des viandes rares le samedi suivant. Il m’a demandé si je savais encore courir. Je lui ai répondu que si lui pouvait, moi aussi j’en étais capable car j’étais encore plus jeune que lui. Et je lui ai dit que je porterai plainte à la cndh si ses commandos me bousculaient trop. Il a souri. Malgré le masque, ses yeux m’ont communiqué son rire étouffé.

Comment pouvais-je savoir que c’était la dernière fois qu’on se voyait ?

J’ai rencontré la première fois le grand frère Madjoulba Toussaint en 2004, il était capitaine à l’époque et moi sous-lieutenant. Immense, sculptural, taillé à la serpe, ce tarzan africain était le genre de personne qu’on croise et on se dit: lui il est fait pour être militaire.

Ce corps d’athlète contrastait curieusement avec la voix, plutôt nasillarde et posée, et ce regard toujours rieur, qui mettait tout le monde à l’aise.

Très à cheval sur la discipline, c’était un homme réglementaire, juste et généreux, qui savait mener et protéger ses hommes, toujours à l’avant de la troupe et inspirant ses officiers. Toujours prêt à provoquer le P. O. T, c’était pour moi le modèle de l’officier togolais : Rigueur, loyauté et discipline. (tout à mon opposé, je l’avoue)

Mon chagrin est immense parce que le lieutenant-colonel Madjoulba n’est pas seulement un officier des Fat, c’est aussi et surtout un parent. Toute la famille est ravagée par ce drame.

Bien sûr qu’il y a des questions auxquelles il faudra des réponses. Bien sûr que nous voulons tous comprendre. Chaque perte d’une vie humaine nous amène toujours à nous prosterner devant notre Seigneur, les larmes aux yeux, en lui demandant pourquoi telle personne, si tôt ? Quand le décès n’est plus naturel, nos lamentations deviennent des interrogations, adressées non plus à Dieu, mais aux hommes. Cette quête de vérité dans ce cas précis est surtout liée à une recherche indicible de sécurité. Si le chef corps d’une troupe d’élite telle que la BIR n’est pas en sécurité dans son bureau, qui d’autre, en dehors du chef d’Etat, peut être en sécurité partout ailleurs dans notre pays ? C’est le souci sécuritaire que pose cette tragédie à l’ensemble de nos compatriotes.

Mais j’aimerais demander à chacun d’entre nous, de la réserve et et de la temperence. Évitons de verser dans des conjectures vaines et romancées. D’abord parce que ça peut se retourner contre leurs auteurs. Ensuite, souvenons nous que derrière cette tragique disparition, se trouve une femmes, des enfants et une famille qui pleurent. Moderons nos commentaires. Respectons la mémoire du défunt et attendons la vérité des hommes.

Cher ancien, on se retrouvera au whalhala où nous casserons encore des pellots et quelques juteux morceyayus . Mais pas encore. Pas encore.

Gerry

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