Flambée de prix du maïs, inefficacité de l’ANSAT… Le Pr Aimé Gogué demande des comptes !

0

ANSAT n’a pas de prix plafond et il est fort probable qu’elle ne dispose pas également de prix-plancher !

Le citoyen togolais entre flambée de prix du maïs, inefficacité de l’ANSAT, agriculteurs dans la tourmente et la difficulté à s’assurer un repas par jour : ANSAT DOIT RENDRE COMPTE !

Lors de l’examen du projet de budget 2014 à l’Assemblée nationale, dans mon rôle de député, j’avais demandé au Directeur général de l’Agence Nationale pour la Sécurité Alimentaire du Togo (ANSAT) de nous faire le point sur les résultats financiers de son organisation au cours de l’exercice 2013. Ma requête résultait du fait que dans le document de ce projet de budget, j’avais constaté que tout comme en 2013, l’ANSAT devait bénéficier de l’état d’une subvention. Cette subvention a été reconduite dans le budget 2015. Malheureusement, ma demande n’a toujours pas été satisfaite et c’est l’une des raisons du refus des députés de l’ADDI de voter les projets de budget soumis par le gouvernement durant ces deux dernières années.

En outre, suite aux protestations de la population sur le coût du maïs, le Directeur de l’ANSAT s’est senti obligé de faire une conférence de presse pour donner des explications sur les causes de cette hausse du prix du maïs. Ces explications restent peu convaincantes pour les raisons qui suivent.

 Le cas du maïs est préoccupant dans la mesure où cette céréale est la principale culture céréalière de base au Togo devant le sorgho, le riz et le mil successivement ; tous les Togolais connaissent l’importance des céréales, notamment le maïs dans notre consommation.

Il faut rappeler que TOGOGRAIN, qui est devenu ANSAT, a été créé par le gouvernement à la suite de la famine de 1977 afin de contribuer à la sécurité alimentaire à travers des mesures pour éviter la pénurie des céréales notamment et des hausses de prix mettant ces produits hors de portée des bourses du ménage togolais moyen. Tout en visant la protection du consommateur, l’ANSAT doit également inciter les paysans, à travers des prix rémunérateurs, à accroître la production céréalière afin de commercialiser l’excédent.

C’est pour cette raison que le fonctionnement de l’ANSAT devrait être basé sur le principe de stock régulateur. Dans le cas du maïs par exemple, la gestion dont dispose l’ANSAT devrait lui permettre de jouer efficacement ce rôle de régulation.

La mise en place d’un tel stock public peut s’inscrire dans un objectif de stabilisation des prix à l’intérieur d’une fourchette ; c’est ainsi qu’il serait destiné à atténuer les effets d’une flambée des prix, source d’inquiétude et de soulèvement des consommateurs, ou d’une chute des prix pouvant conduire à une chute de la production. Dans tous les cas, cette politique a pour finalité la volonté politique d’assurer la sécurisation de l’approvisionnement du pays en produits alimentaires à un coût acceptable tant pour les producteurs que les consommateurs. En cas de baisse excessive de prix du maïs, si d’autres opportunités plus génératrices de revenus existent, les producteurs, qui constituent la majorité des plus pauvres du pays, seront tentés de délaisser la filière de production de cette céréale. En situation de hausse élevée de prix, les ménages urbains (ainsi que les ménages ruraux acheteurs nets) démunis peuvent être amenés à réduire leur consommation alimentaire, altérant ainsi leur sécurité alimentaire et nutritionnelle. Dans le cas extrême cela peut être source d’instabilité sociale.

Afin d’éviter de telles situations, la puissance publique dispose d’une gamme assez variée d’instruments. Les timides efforts pour la promotion de la recherche agricole et la construction d’infrastructures agricoles s’inscrivent dans ce cadre. Avec la création l’ANSAT, dans le cas des céréales notamment, le Gouvernement togolais a privilégié le système de stock régulateur pour la stabilisation des prix en évitant des actions directes sur le niveau des prix (mesures tarifaires et non tarifaires, administration des prix intérieurs, etc.).

Le fonctionnement du stock régulateur suppose la détermination de trois prix : (i) le prix plancher, prix en deçà duquel le prix du marché ne devrait baisser ; (ii) le prix plafond qui serait le prix le plus élevé que le prix du marché ne doit dépasser ; et (iii) le prix objectif, prix que le gouvernement souhaite voir prévaloir sur le marché ; en situation d’excellentes prévisions, le prix objectif ne devrait pas trop s’écarter du prix du marché. Le prix objectif doit donc se situer dans la fourchette du prix-plancher et du prix plafond.

Si le prix du marché s’élève au-dessus du prix plafond, l’ANSAT devrait intervenir en déversant sur le marché une partie de son stock pour accroître l’offre. Cette action devrait conduire à une baisse de prix qui descendrait à l’intérieur de la fourchette. Dans cette intervention, ANSAT protège le consommateur en évitant que le prix n’augmente à des niveaux trop élevés ; ceci pourrait correspondre à la situation que nous vivons actuellement. En cas de chute de prix en-dessous du prix-plancher, ANSAT devrait intervenir comme acheteur de maïs pour accroître la demande ce qui lui permettrait de (re)constituer son stock. Ici nous comprenons que ANSAT intervient en faveur du producteur en évitant une baisse excessive du prix du maïs.
Si le prix plancher est défini à un niveau trop élevé par rapport au prix du marché de long terme, l’ANSAT interviendra souvent comme acheteur et donc fréquemment en faveur des producteurs : ANSAT serait alors un organe de soutien à la production. Dans ce cas il accumulera des stocks ; il est possible que sa capacité financière ne soit pas suffisante pour lui permettre de réaliser cette fonction. Il est également évident qu’avec sa capacité de stockage estimée à 20 000 tonnes répartis dans ses 67 magasins le plus souvent mal équipés, ANSAT ne soit pas en mesure d’acheter indéfiniment. Une manière de faire face à ce problème de capacité financière et physique de stockage est de recourir aux exportations. Mais il est important aussi de savoir si cette tendance à un prix de marché faible révèle ou non un changement structurel du marché. Ce qui demanderait dans ce cas des mesures qui sont d’une autre nature.

Par contre, si le prix plafond déterminé est continuellement très bas par rapport au prix du marché, l’ANSAT interviendra souvent comme vendeur en prélevant sur son stock, protégeant ainsi l’intérêt des consommateurs : elle devient alors un organe de protection des consommateurs. Lorsque son stock est épuisé, elle pourra avoir recours aux importations : encore faut-il qu’elle dispose de ressources financière à cet effet.

Des méthodes pour la détermination des prix-plafond et des prix-planchers existent.
Mais dans tous les cas, il est important de noter que ANSAT achète lorsque le prix du maïs descend en dessous du prix-plancher et revend lorsque le prix s’élève au-dessus du prix plafond. Il est donc évident que l’ANSAT, bien gérée, doit dégager des profits financiers qui pourront servir par exemple à améliorer le faible rendement à l’hectare dans le secteur (1197 kg/ha en 2012). La gestion de plusieurs produits par le même système accroît également la probabilité de réalisation de profits. Il est donc inadmissible que l’ANSAT ne reçoive que des subventions sans nous rendre compte des profits réalisés.

La crise du maïs que nous connaissons actuellement prouve clairement une chose : ANSAT n’a pas de prix plafond et il est fort probable qu’elle ne dispose pas également de prix-plancher ! Or ce sont les instruments de base pour remplir sa mission de régulation au profit des producteurs et des consommateurs. En effet, si le prix plafond existait, le Directeur général de l’ANSAT serait intervenu comme vendeur avant les protestations de la population. Au cas où il a jugé prématurée une telle intervention, le Directeur général lors de sa conférence de presse, en aurait donné les raisons d’une part et justifié d’autre part un prix plafond plus élevé. Mais il ne l’a pas fait.

Le citoyen togolais en tant que consommateur ou producteur, reste donc sous la menace permanente de l’incapacité de ANSAT à assurer de façon optimale sa mission et les fluctuations incontrôlées du prix des denrées alimentaires risquent de persister.

Tout en faisant abstraction des considérations politiques qui caractérisent des interventions de ANSAT, surtout au niveau des exportations, il est capital que le Directeur général de l’ANSAT justifie les subventions annuelles dont bénéficie son organisation. Ne pas le faire confirmerait les soupçons d’opacité de la gestion des ressources des pauvres contribuables dans un contexte où les pressions pour la satisfaction des besoins sociaux se font de plus en sentir. Dans une situation de tension budgétaire, qu’un organe de la République devant réaliser des profits perçoivent des subventions chaque année sans rendre compte de sa gestion constitue une preuve de mauvaise gouvernance.

Le directeur général de l’ANSAT doit donner des explications plus crédibles sur ce qui explique la situation de tension actuelle sur le prix du maïs et doit mieux se préparer pour la prochaine discussion du budget à l’Assemblée nationale en donnant une justification plus satisfaisante des subventions de l’état qu’il reçoit chaque année.

Prof Tchabouré Aimé GOGUE
Président National de l’Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI)
Député à l’Assemblée Nationale
 

Laisser une réponse