Faut-il brûler Charles Onana ?

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Côte d’Ivoire le coup d’Etat, tel est le titre du dernier ouvrage du journaliste d’investigation
Charles Onana. Cette œuvre qui tente de montrer de fort belle manière, le coup d’état
perpétré par Sarkozy et son armée contre le Président Laurent Gbagbo, n’offre pas une nuit
paisible aux acteurs et complices de ce coup de force. Le pouvoir ivoirien, usufruitier de cette
atteinte à la souveraineté de l’Etat, ne cesse d’actionner ses réseaux franceafricains pour
cacher le soleil avec la main. L’exemple du rendez-vous manqué camerounais, en est un
témoignage vivant. Sur le territoire ivoirien, cet ouvrage ne se lit pas en public (pour ceux
qui ont le miracle de l’avoir). Le caractère pernicieux de toutes ces manœuvres politico-
diplomatiques n’a pour autant pas mis entre parenthèses le franc succès que ce livre
connait. Tenez, la première édition de 50 000 exemplaires, s’est vendue en 4 jours à Paris
en fin d’année 2011.
L’œuvre continue de nourrir l’appétit des curieux, elle attire tous ceux
qui veulent bien comprendre les conditions du renversement du Président Laurent Gbagbo.
Concomitamment, elle suscite les critiques de certaines personnes : journalistes, critiques
littéraires, hommes politiques. De Charles Onana, ces exégètes disent qu’il est partisan. Si
nous devons retenir cette critique, nous serons amenés à croire, comme eux, que l’ouvrage
n’est pas en harmonie avec la vérité.

Charles Onana, un auteur partisan?

Dire d’un auteur qu’il est partisan, c’est mettre en relief son parti pris, son attachement à une
cause dont il prend la défense. Cela nous impose la question suivante : existe-t-il une œuvre
non partisane ? Nous estimons qu’une œuvre, quelle qu’elle soit, traduit en gros le penchant
qu’à l’auteur pour une cause bien déterminée. Lorsque les négritudiens lançaient l’idée de
promotion des cultures négro-africaines, la trame de leurs œuvres étaient très claires,
défendre culturellement les noirs d’Afrique et de la diaspora. Lorsque dans l’affaire Dreyfus
Emile Zola écrivit le célèbre « J’accuse », l’idée était de défendre une ligne. Ces auteurs
auraient pu mettre tout à plat en exposant les côtés négatifs de chaque acteur et par la suite
faire une synthèse. Ils ne l’ont pas fait parce qu’ils avaient « un schéma directeur » bien
précis. Egalement les œuvres ludiques de certains auteurs, ainsi que les feuilletons télé, ont
toujours idéalisé le personnage principal de l’œuvre créant ainsi deux mondes : celui du
bon « brave » et celui du méchant « bandit » qui échoue toujours dans le rejet des lecteurs
ou téléspectateurs. Cet argumentaire est balayé du revers de la main par les critiques et
accusateurs de Charles Onana. En effet, ceux-ci estiment qu’il s’agit d’une enquête
(journalisme d’investigation) et que les enjeux politiques ne sont pas les mêmes. Même dans
ce cas de figure, ces critiques font fausse route pour deux raisons. Primo, le titre de
l’ouvrage est : Côte d’Ivoire, le Coup d’Etat. Il est affirmatif et non interrogatif. L’auteur
affirme qu’il s’agit d’un coup d’état. Il n’y a aucun doute dans son esprit. Deuxio, en
introduction Charles Onana définit la trame de son ouvrage. Nous allons pour ce faire, nous
référer à trois phrases. A la page 18 il nous dit ceci : « Si l’on veut cerner les véritables
enjeux de cette crise, il est surtout indispensable de remettre en cause le large
consensus politico-médiatique autour de la « victoire électorale» d’Alassane Ouattara,
soutenu et reconnu précipitamment par « la communauté internationale » ». La
première phrase de l’avant dernier paragraphe de la même page précise : « Loin des idées
toutes faites et de l’apparente unanimité sur la crise ivoirienne, ce livre, est avant tout
une enquête contre la manipulation éhontée des médias »
Enfin, à la page 23, nous
lisons : « Nous voulons aussi corriger le déséquilibre patent dans le traitement de
l’information envers un homme politique courageux et exceptionnellement digne.»
Voici donc trois phrases qui auraient aidé ces pourfendeurs à nous faire l’économie des
critiques ressassées. Ces phrases définissent l’objet de l’œuvre de M. Onana. Il ne s’agit
pas de venir démontrer une prétendue « victoire électorale » de Ouattara, ou encore dire
que Laurent Gbagbo a continué à signé des contrats léonins avec la puissance tutélaire.
S’appuyer sur ces éléments qui, selon les critiques auraient pu équilibrer l’œuvre de Charles
Onana, est tout simplement faire hors sujet. Au demeurant, le souci d’équilibre est bien
présent dans la pensée de l’auteur qui, par cette œuvre, a rééquilibré les opinions des uns et
des autres sur la réalité des urnes des élections présidentielles de 2010. Quand bien même
on se situe sur le terrain de l’investigation, le résultat recherché par Onana cadre bien avec
son introduction. Nous pouvons même dire que c’est parce qu’il n’existe pas de preuves de
la « victoire électorale » de Ouattara, qu’aucun intellectuel libre ne produit de document sur
cette prétendue victoire.

En définitive, le caractère partisan de l’œuvre devient une question vague ce qui pourrait
expliquer le fait que les critiques veuillent donner à l’œuvre, la couleur qu’ils souhaitent.
Comment donc comprendre le terme? Si l’objectif est de « remettre en cause le large
consensus politico médiatique autour de « la victoire électorale » » de Ouattara, au
regard du cheminement de l’auteur, la critique consistant à dire que l’œuvre est partisane,
n’a aucun sens. Mais si l’objectif reste le même et que l’auteur donne des informations
erronées sur la base de la commune renommée, alors Charles Onana est partisan, parce
que là, il aura fait preuve de complaisance intellectuelle.

Charles Onana est-il en harmonie avec la vérité ?

La précédente critique engendre nécessairement une autre : Onana s’écarte de la vérité.
Les critiques, par honnêteté intellectuelle, n’ont pas osé franchir le pas. Mais à les entendre,
il est évident qu’ils pensent bien que l’œuvre est un marché de mensonges. Les termes
biens choisis, qui peuvent être considérés comme une litote, sont les suivants : manque
d’objectivité, œuvre propagandiste. Voyons de près ces deux critiques.

A propos du manque d’objectivité. Nous poserons la question de savoir par rapport à
quoi situe-t-on cette objectivité ? Par rapport à une œuvre générale ou par rapport à une

œuvre dont la mission « est avant tout une enquête contre la manipulation éhontée
des médias » ? De démontrer que l’armée française de Sarkozy a opéré un coup d’état en
Côte d’Ivoire ? Si l’on situe l’objectivité dans une œuvre générale alors, c’est sûr que nous
perdrons du temps à discuter du manque d’objectivité de plusieurs ouvrages. Encore faut-
il que nous comprenions la démarche de l’auteur. Cependant, si l’objectivité doit s’apprécier
par rapport au « cahier de charges » d’Onana, nous dirons simplement que le reproche est
vain et bien livide. L’ouvrage n’est pas le rapport d’une commission d’enquête internationale
dont la mission est d’établir les faits et de dégager les responsabilités des parties au conflit.
Même dans ce cas, l’objectivité est difficile à conjuguer car les enjeux sont tels que les
enquêteurs favorisent, bien souvent, la partie soutenue par la communauté internationale. Il
s’agit pour Charles Onana de nous donner les arguments qui attestent qu’il s’agit bel et bien
d’un coup d’état. Dire qu’il devait établir deux champs lexicaux chacun décortiquant Ouattara
et Gbagbo, n’est intellectuellement pas une démarche translucide. Ne pas le faire ne signifie
pas que M.Onana sacralise Gbagbo. Ne pas le faire signifie tout simplement que Monsieur
Onana reste attaché à sa démarche de départ. C’est cette démarche qui constitue la clé de
lecture. Nous prendrons l’exemple du livre de M. Samba Diarra intitulé Les faux complots
d’Houphouët Boigny. L’objectif de l’auteur n’était pas de présenter Houphouët comme
celui qui a fait sortir la Côte d’Ivoire du « trou » ou celui qui a fait de la Côte d’Ivoire un état
moderne envié, son objectif principal : révéler les faux complots fomentés par le Bélier de
Yakro. Les critiques nous dirons certainement que l’œuvre n’est pas objective parce qu’en
exposant les « faux complots », elle n’a pas mis en relief les bienfaits d’Houphouët.

Concernant la propagande, il est reproché à l’auteur de parfumer les pieds de Gbagbo, lui
dresser un tapis rouge, le présenter comme Jésus, la victime de Juda. Mais pourquoi un
tel reproche? Parce que l’auteur, sur les 415 pages, nous dit-on, n’a pas été en mesure de
présenter les défauts de Gbagbo, ses compromissions sa responsabilité dans la survenance
du coup d’état…Bref. Alors, si l’ouvrage avait pour objectif de présenter le bilan négatif de
Gbagbo, quel serait l’intérêt des propos introductifs ? Ce bilan négatif justifierait-il l’action
militaire de la France ? Si oui, alors nous poserons la question de savoir si dans un Etat
souverain, les erreurs d’un dirigeant commandent qu’une armée étrangère, sous couvert de
l’Onu, bombarde la résidence du dirigent en question? Si oui alors, déployons le contexte
de l’intervention (partant du 19 Septembre 2002) ainsi que la forme de celle-ci. En tout état
de cause, de furtifs coups d’yeux à la mauvaise politique n’auraient pas excusé le coup
d’état perpétré par la France. Ce coup d’état, puise ses racines dans l’élection du Président
Gbagbo en Octobre 2000. Pas besoin de sortir des Sciences po de Paris pour le savoir.
De prétendus termes élogieux, qui ne pèsent pas 1% de l’ouvrage général, ne peuvent en
aucune manière servir d’échelle à cette critique impotente.

Dans cette atmosphère de critiques, certains esprits malmenés par les révélations
de l’auteur, prennent un raccourci saugrenu et affirment que l’œuvre est un tissu de
mensonges. Curieusement, ils ne disent pas ce qu’ils pensent être la vérité. Ils sont tous
dans des idées qui tournent leurs thèses en dérision. L’œuvre est parue en Novembre 2011,
et depuis ce jour, aucun procès en diffamation n’a encore été intenté contre l’auteur. Or c’est
la voie qui s’offre dans une société policée. Les pièces produites par l’auteur ainsi que ces
affirmations sont telles qu’on perdrait du temps à crier au mensonge. La meilleure manière
de détruire l’œuvre c’est d’attaquer son auteur en justice. Aussi, est-il important de souligner
la crédibilité de l’auteur. En effet, au regard des témoignages et des pièces, pour l’essentiel
confidentiels, Charles Onana achève de nous convaincre sur sa crédibilité et sa maîtrise
du sujet objet de son investigation. Nous n’imaginons pas un diplomate ou un homme d’un
service secret faire des révélations à n’importe quel quidam qui se présenterait comme
un journaliste d’investigation. Si l’auteur a pénétré les milieux les plus obscurs pour sortir
les éléments présentés, il se doit d’être félicité. Félicité parce qu’il n’est pas à sa première
œuvre, il n’aurait pas eu ses éléments si ses œuvres antérieures l’avaient décrédibilisées.
Tous ses éléments mis en commun, exposent l’argument du mensonge à la huée populaire.

Au final, les critiques on fait leur travail : dire ce qu’ils pensaient être justes. Mais comme
celles-ci ne peuvent résister à une analyse sérieuse, il ne serait pas inutile, pour eux, de
mettre sur le marché, l’antithèse de l’œuvre de Charles Onana et ensemble, on la passerait
au feu des critiques.

Alain Bouikalo

Juriste-consultant

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