Fauregouvernance : Le très bon, le bon,et le moins bon…

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Il est arrivé au pouvoir en 2005, dans des conditions abominables, suite aux contestations électorales réprimées dans le sang. Sincèrement et sérieusement traumatisé, Faure GNASSINGBE aborda courageusement son mandat avec un discours apaisant, aidé par un petit groupe de ses amis. Pour desserrer l’étau de l’Union Européenne et des autres bailleurs de fonds qui avaient coupé les vivres au Togo depuis des années, le jeune Président montra un profil bas, multiplia ses appels à l’apaisement et fit répercuter sur les collines d’Atakpamé, son tonitruant cri de ralliement : « Plus jamais ça ! ». Ce cri de fureur et de désespoir s’adresse à tous les togolais, mais avant tout, à ses propres partisans, qui ont usé et abusé de la force depuis 1963, mais aussi, aux néophytes de cette voie de la violence, qui n’ont trouvé comme slogan et chant de ralliement que ce cri guerrier : « l’alternance ou la mort !»… Lorsque nous avions fait remarquer, nous-mêmes, à ces néophytes, que ce slogan n’est pas approprié, puisqu’on peut avoir la mort, sans l’alternance, ils nous ont demandé de donner un exemple pratique. Et je leur ai donné le cas du RWANDA, où un million de Tutsis furent massacrés par des Hutus, puis ce furent les Tutsis qui massacrèrent (avec le concours de la faim, des serpents et de la maladie) un million deux cent mille Hutus, lors d’une exode à travers forêts, brousses et collines … Et depuis 1994, il n’y a toujours pas d’alternance, puisqu’un camp monopolise le pouvoir dans le pays, peut –être jusqu’au prochain génocide mutuel…

Faure GNASSINGBE manoeuvra habilement et fortement pour faire passer son cri de « Plus jamais ça ! » dans les oreilles de ses partisans comme dans celles de ses adversaires. Aux premiers, il fit voir que son faux air débonnaire est un leurre, puisqu’il n’hésita pas à faire inculper par la justice, ses demi- frères et cousins, ainsi que des officiers qu’on croyait intouchables, tous accusés de tentative contre la sûreté de l’Etat. Côté adversaires, la justice frappa fort les partisans du slogan « l’Alternance ou la mort », qui goûtèrent à la prison. L’apaisement doit être donc un concept connu de tous et pratiqué par tous, semble dire Faure GNASSINGBE à ses compatriotes. Ce climat d’apaisement permit à plusieurs centaines de milliers de réfugiés de rejoindre la terre de nos aïeux, et si certains sont encore dans les pays d’accueil, c’est plus pour des contingences conjoncturelles (emploi, études, situation familiale etc..) que pour des raisons uniquement politiques…

Mais l’apaisement est un terme à double facette : l’apaisement général, qui est politique, sécuritaire, social et économique, et l’apaisement des cœurs. Comment obtenir l’apaisement  du coeur d’un père qui a perdu son fils, lors des manifestations  post électorales de 2005 à Atakpamé, ou lors de la tuerie de Fréau Jardin en 1993 ?
 

 Faure GNASSINGBE a eu l’intelligence de créer une commission Vérité Justice Réconciliation (CVJR), mais surtout, de confier la direction de cette institution à Mgr Nicodème BARRIGAH, un prélat honnête, intransigeant, diplomate, que le Vatican a envoyé, dans ses missions antérieures, dans des pays effervescents. Monseigneur BARRIGAH ne réussira pas l’apaisement des cœurs, seul Jesus Christ peut le réussir !... Mais s’il est vrai que les victimes ou parents de victimes ne pourront jamais oublier, ils  peuvent au moins pardonner. J’ai lu dans les yeux d’un parent dont la maison a été détruite à Hiheatro, pendant les évènements tragiques de 2005, une telle détresse, une telle mélancolie, que même un dédommagement de l’Etat ne lui rendra pas le goût de vivre qu’il avait et que nous lui connaissions. Mais on peut atténuer la douleur, et je suis persuadé que Mgr BARRIGAH y parviendra. Mais il ne faudrait pas que nos compatriotes aussi fassent trop monter la température en faisant de la surenchère pour la surenchère, ou en jetant l’huile sur le feu des parents de victimes, en faisant du négationnisme intolérable !

Lorsque nous avions proposé à plusieurs reprises, qu’on rapatrie les restes de feu Sylvanus OLYMPIO à Lomé, au lieu de laisser sa dépouille en terre étrangère (ce qui ne fait pas honneur au peuple togolais et à ses dirigeants actuels), certains « surenchèristes » ont répliqué que l’assassin du Premier Président de la République togolaise doit d’abord être identifié et que ses enfants demandent pardon à la famille du défunt Président avant toute exhumation. Ce à quoi nous avions répondu, que la dépouille restera éternellement donc au Bénin si on n’identifie pas formellement l’assassin et si les héritiers ne demandent pas pardon ! J’avais écrit que si mon père avait abattu un homme, surtout au moment où je n’étais pas  encore né, je ne suis pas responsable de ses actes ! J’avais aussi ajouté que l’Afrique a connu plus de trente assassinats de dirigeants depuis nos Indépendances et demandé si on allait rester les bras croisés jusqu’à ce qu’on identifie tous les assassins avant de nous réconcilier ?

Toutes les surenchères sont superflues, puisque la 1ère puissance du monde (les USA), a connu sept assassinats de Présidents depuis leur indépendance et plus d’une trentaine de tentatives d’assassinat contre leurs dirigeants !
Après avoir identifié formellement les victimes, il faudrait apaiser un tant soit peu les cœurs, par un dédommagement. L’Etat aura –t-il les moyens conséquents pour indemniser toutes les victimes de la violence politique dans notre pays ? Rien n’est moins sûr ! Dans tous les cas, l’apaisement des cœurs est un souhait virtuel que seul le temps peut atténuer avec l’aide de Dieu.
L’apaisement politique est un concept très fluide, à la limite, mais sûrement une chimère. Dans une démocratie, la majorité (parlementaire au pouvoir), ne peut, en aucun cas, épouser toutes les idées de la minorité (parlementaire) qui est dans l’opposition. Les deux entités mènent un combat d’idées pendant toute la durée de la législature  ou du mandat présidentiel (dans le cas d’un régime présidentiel ou semi-présidentiel) et c’est une utopie que de vouloir parvenir à un apaisement politique. Je ne parle pas d’élections contestées ou de violences post électorales…

Dans le cas d’espèce du Togo d’aujourd’hui, malgré quelques petites aspérités, l’élection du 4 Mars 2010 a été une élection présidentielle transparente, et n’en déplaise à un petit groupe d’opposants !

Dès lors, Faure GNASSINGBE ne peut espérer obtenir un apaisement politique à 100% dans un pays démocratique. Le président s’est trop laissé embourber dans un tourbillon de surenchères d’origines diverses.  

L’apaisement doit plus se conjuguer avec le développement et le social qu’avec la politique, et ses baromètres s’appellent pouvoir d’achat, chômage, vie chère, logements décents etc.

Les bons points de la Fauregouvernance sont engrangés dans le règlement du problème de délestage, dans l’avancement des travaux d’infrastructures routières, dans la maîtrise de la sécurité urbaine, dans l’instauration prochaine d’une assurance maladie, dans la liberté de la presse etc. …

Mais là où le Président a raté le coach, c’est dans l’enseignement, surtout supérieur, et les étudiants n’ont pas hésité à le lui rappeler, avec la grande grève de fin d’année universitaire. Ce sont plus les conditions déplorables d’études que le système LMD, qui semblent cristalliser la colère des étudiants. Une cité universitaire dégueulasse, des aides universitaires faméliques, une absence quasi-totale de bibliothèques, une absence d’amphithéâtres dignes de ce nom, l’absence de plans d’études et de perspectives d’embauche, tout cela doit interpeller le Président et le gouvernement. Pour remédier à cette situation, le budget de l’Enseignement supérieur et de la recherche doit être, au minimum, doublé. Nous proposons un système de prêts- bourses aux étudiants, sur la base du mérite. En pratique, les bacheliers avec « Mention Très bien, Bien et Assez bien », doivent bénéficier de bourses ou de prêts- bourses en priorité, les autres bénéficiant, dans la mesure du possible, d’aides universitaires. Cette approche est déjà explorée, avec la publication des noms des meilleurs élèves au BEPC et au BAC1 en 2011, par les ministres chargés de l’enseignement secondaire et chargés de la jeunesse. Cette prime à l’excellence, initiée par Mme LEGUEZIM et DOGBE est une très bonne approche…

L’autre ventre mou de la Fauregouvernance est l’emploi. Le chômage endémique qui frappe la jeunesse africaine en général et togolaise en particulier, est lié à l’absence d’une industrialisation, même légère dans nos pays. Le budget de l’Etat ne peut en aucun cas, être pourvoyeur d’emplois en grand nombre et seules une industrialisation et une agriculture innovante peuvent résorber le chômage. Nous encourageons le gouvernement à se pencher sérieusement sur cette voie d’industrialisation légère, en espérant des lendemains meilleurs où on pourra voir, par exemple, une société étrangère délocaliser au Togo.
Pour l’Agriculture, des efforts réels sont entrepris par le gouvernement pour redynamiser le secteur, mais nous trouvons insuffisants les efforts déployés par l’excellent ministre chargé de ce secteur. Tout juste pourrons-nous lui reprocher de ne pas commencer la mise en valeur de la vallée de l’Oti et de la vallée du Mono, qui sont de véritables greniers de produits agricoles.

La résorption du chômage est un objectif urgent à atteindre et le secteur agricole peut absorber au moins trois cent mille jeunes. Lorsque j’ai proposé que des centaines de jeunes de l’ANC nous produisent des produits maraîchers plutôt que de battre le pavé, chaque samedi, depuis plus de 17mois, certains de ces jeunes m’ont répondu que ce sont des jeunes de Faure GNASSINGBE qui doivent produire ces produits et que Jean Pierre FABRE n’est pas au pouvoir. Je leur ai répondu qu’on n’a pas besoin d’être Président de la République pour donner du travail à ses compatriotes. BILL GATES fait travailler plus d’un demi million de gens à travers le monde, sans être président des Etats-Unis d’Amérique. Les deux étudiants américains qui ont inventé le moteur de recherche GOOGLE ne sont pas présidents de la République ! Si on attend d’être Président de la République avant de faire travailler ses compatriotes, qu’arrivera-t-il si l’on n’arrive jamais  à être Président ?

Pour en revenir à l’Agriculture, la filière café-cacao doit rapidement être revalorisée. Il faut que le Togo arrive rapidement à produire 200.00 à 300.000 tonnes de cacao. A titre de comparaison, le Ghana a produit cette année, plus d’un million (1.000.000) de tonnes de cacao.

 La Fauregouvernance a vraiment échoué dans sa politique de logement et d’habitat. Depuis l’indépendance, curieusement, aucune politique crédible de l’habitat et du logement n’a été engrangée. Il y a eu les « habitats » de Tokoin- Seminaire , Tokoin- habitat et Baguida, puis, la résidence du Bénin (ou la CAISSE), qui est un projet de grand standing. Mais, une vraie politique de construction de logements sociaux comme en Côte d’Ivoire et au Sénégal n’a jamais été mise en route.
Récemment, un effet d’annonce nous apprenait qu’un projet de logements sociaux va être lancé, mais rien de concret à nous mettre sous la dent. Avec tous les problèmes de vente illicite ou de double ou triple vente de terrains dans nos villes et la cherté de la vie, le gouvernement togolais serait bien inspiré de s’occuper enfin et sérieusement de l’habitat au Togo.

Enfin, les péchés récurrents des gouvernements de la Fauregouvernance sont le gigantisme et l’inconstance. D’abord, quatre (4) Premiers Ministres (Edem Kodjo, Yaovi AGBOYIBO, MALLY Komlan et Gilbert HOUNGBO) en moins de 6 (six) ans de règne de Faure GNASSINGBE… Quatre ministres des Affaires étrangères au moins, quatre ministres du Commerce…, tout ceci en six ans de pouvoir ! Puis,ce sont des gouvernements tous pléthoriques, avec une moyenne de trente (30) ministres, dans un pays qui a traversé pendant ces six ans plusieurs situations délicates. Nous pensons que pour un pays comme le Togo, un gouvernement de 18 à vingt (20) ministres  est très largement suffisant..

Pour nous résumer, nous pouvons dire que dans beaucoup de domaines, un bon travail a été abattu par Faure GNASSINGBE depuis son arrivée au pouvoir en 2005 ; mais par contre, dans certains domaines, du moins bon boulot a été aussi exécuté, surtout, dans le domaine de l’utilisation judicieuse des cadres dont il dispose. Comment expliquer que le Directeur du port autonome de LOME, soit aussi le MAIRE de LOME, alors que, pour chacune de ses fonctions, il faut au minimum, douze à  quinze heures de travail par jour ! Il appartient au Président de dynamiser les secteurs négatifs, de continuer vers l’excellence dans les domaines où le bon domine. La constance, la rigueur, la fermeté et le discernement seront les compagnons du Président pour que son mandat en cours se termine positivement en mars 2015.

Au moment du bilan, on ne comptera pas le nombre d’accords, de concertations, de gouvernements d’union nationale, de cadres permanents de dialogue et de concertation, de comités de suivi etc., que le Président aura conduits, mais le nombre de kilomètres de routes construites, de rails posés, le nombre de logements sociaux construits, le nombre d’emplois créés, le nombre d’industries créées, d’hôpitaux construits ou rénovés, et le nombre d’années que l’espérance de vie du togolais a gagnées etc. Seul le Président sera comptable de son règne !…   

Dr David IHOU
Ancien Ministre de la Santé et de la Population.

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