Faure : Et s’il nommait Jean-Pierre Fabre comme premier ministre !

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Jeudi 25 juillet 2013, les Togolais se sont rendus aux urnes et ont élu leurs nouveaux représentants à l’Assemblée nationale au nombre de 91. L’Union pour la République (UNIR), la nouvelle formation politique créée sur les cendres du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) est créditée de 62 sièges soit la majorité des 2/3. Si le pouvoir de Lomé est de bonne foi et veut effectivement que le Togo s’en sorte, il devrait saisir la perche que les populations lui ont tendue pour poser des actes majeurs allant dans le sens du pardon et de la réconciliation. Au nombre de ces actes, la nomination au poste de premier ministre du leader de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) Jean-Pierre Fabre, parti arrivé deuxième avec 19 sièges lors des législatives et la libération du demi-frère du président, Kpatcha Gnassingbé.

A propos de la nomination de Jean-Pierre Fabre à la primature, d’aucuns nous demanderons si nous sommes fou pour penser un seul instant à une telle éventualité irréalisable à leurs yeux. Aussi, l’on nous dira que, non seulement l’intéressé, Jean-Pierre va rejeter cette offre mais aussi, un attelage Faure-Jean-Pierre Fabre est impossible dans le Togo actuel. Et les arguments massue ne manqueront pour nous convaincre du fait que cette éventualité est utopique.

D’abord, Jean-Pierre Fabre et ses amis du Collectif « Sauvons le Togo » refuseront catégoriquement l’offre d’entrer dans le prochain gouvernement pour s’éviter soigneusement le syndrome Gilchrist Olympio. Ceux-ci qui ont entamé déjà la contestation des résultats, préféreront siéger au parlement que d’entrer dans une équipe gouvernementale pour finir déplumés et inaudibles au sein de l’opinion. Nous sommes en apprentissage démocratique au Togo et il est tout à fait normal qu’ils se voient les choses ainsi. Mais il se trouve que le pays est en crise avec une partie de la classe politique sur le pied de guerre et amère sur tout sauf rien. Un pays qui évolue dans ce schéma de tensions a besoin d’une thérapie de choc pour s’en sortir. Prenons l’exemple du Zimbabwe où Morgan Tsvangirai, l’opposant farouche du vétéran président Robert Mugabe a dû accepter malgré lui le poste de premier ministre pour sauver la paix civile dans son pays. Il fallait à tout prix éviter l’embrasement et le chaos au Zimbabwe, ce que le soldat Morgan Tsvangirai a compris en décidant de collaborer le temps de colmater les brèches et de calmer la tension. En le faisant, Tsvangirai n’a rien perdu de son aura au sein de l’opinion mais il a contribué plutôt à garantir la paix civile dans son pays. Et le cas Kényan où Raila Odinga, l’opposant au régime a consenti aussi des sacrifices pour sauver le pays. Le meilleur de tous ces exemples nous est donné par l’Afrique du Sud où le grand Mandela au lieu de se venger et de se mettre à trancher des têtes, a pris sur lui de pardonner, de faire la paix avec ses bourreaux, ses ennemis d’hier. Grâce à Mandela, l’Afrique du Sud a eu une autre chance de poursuivre sa route sur la voie du développement. Si Mandela n’avait pas posé cet acte d’une portée incommensurable, les Sud Africains en seront à s’entretuer sans fin et à reconstruire tout. Le pays Arc-en-ciel aurait régressé de cent ans. Pourquoi ne pouvons-nous pas copier un tel exemple au Togo ? Qu’y a-t-il de plus important que la paix civile, la cohésion nationale et l’unité? Nous sommes d’accord, beaucoup de Togolais ont souffert dans leur chair et dans leur âme les avatars de la dictature. Nous sommes d’avis aussi que le système a fait le lit à l’injustice et au non droit mais cet état des choses ne doit-il pas cesser au nom de notre survie à tous ?

D’aucuns nous diront que le Zimbabwe, le Kenya et l’Afrique pour ne citer que ces trois cas, ne sont pas le Togo et que chaque pays a son histoire, ses réalités.  Certes, le Togo n’est ni le Zimbabwe, ni le Kenya ni l’Afrique du Sud, mais au nom de la cohésion et de la survie du pays, les Togolais doivent cesser de regarder trop dans le rétroviseur et de ruminer leur colère à chaque fois. Ceux qui sont au pouvoir ont l’obligation de mettre fin à la provocation à travers leurs actes de tous les jours et nos frères et sœurs de l’opposition doivent arrêter de ressasser le passé et de tenir des discours violents, incendiaires teintés de haine. Si les Zimbabwéens, les Kényans, les Sud Africains ont tout fait pour contourner l’explosion et l’incendie, pour quelle raison, allons-nous au Togo vouloir la confrontation et la tension en permanence?

En votant largement selon les résultats communiqués par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) en faveur du parti présidentiel crédité de 62 sièges sur les 91 de l’hémicycle, les électeurs envoient un signal fort en direction du pouvoir en place. Au fait, pour ceux qui ne le savent pas encore, c’est un test que les populations veulent faire au pouvoir de Faure. Tous les Togolais sans exception ont soif de changement, de réformes et de pas qualitatifs vers un avenir plus sûr et prometteur. Faure et ses amis le savent bien. En accordant la majorité à l’Union pour la République (UNIR) au pouvoir, les Togolais entendent voir ceux qui empêchent les réformes constitutionnelles et institutionnelles se mettre à l’œuvre. Le message se présente comme suit : Nous avons décidé que celui qui est au pouvoir et qui a toutes les cartes en main pour faire les réformes nécessaires dans le pays, se mette au boulot au plus vite mais gare à lui s’il nous fait chier. Les électeurs veillent au grain et les faux pas seront sanctionnés. UNIR a donc la lourde responsabilité d’opérer des réformes et de jeter les bases du pardon et de la réconciliation. Si Faure et sa cour s’entêtent dans le conservatisme et refusent toujours d’entendre raison, 2015 n’est plus loin, le carton rouge leur sera brandi. Le peuple togolais est réputé versatile et ne pardonne pas les faux semblants et le mensonge. A présent, que va faire UNIR avec sa majorité au parlement pour soulager les populations et inaugurer vraiment une nouvelle ère au Togo?

Anicet Moutouari Lynx.info

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