F. Hollande en Côte d’Ivoire : Un français est un français

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Les Européens se seraient fait désirer. Or, actuellement, les choses se passent comme si les Européens voulaient le bonheur des Africains malgré ces derniers. Il faut donc se rendre à l’évidence que ces gens n’ont pas d’amis au sens africain du terme, ils ne regardent que leurs intérêts.

Un Européen en général et un français en particulier, dans ses rapports avec un Africain, sait toujours ce qu’il veut, mais l’inverse n’est pas souvent vrai. Par ailleurs, l’Afrique des Africains ne coïncide pas absolument avec celle des étrangers dont les Européens.

Nous avons souvent critiqué la formule d’un Sarkozy sans tact, brutal et inculte, mais il est moins dangereux qu’un Hollande bon chic bon genre. Lorsque Sarkozy a dit que les Africains Noirs ne sont pas assez entrés dans l’histoire, il a donné son avis et les Africains devraient corriger sa vision tronquée de notre continent.

Dommage que personne, diplomatie oblige, n’a songé à lui rabattre le caquet. Quelle belle occasion manquée ! Les nôtres avaient peur de blesser un convive d’un haut rang, mais ce fut une erreur de débutant. L’Européen a besoin qu’on lui parle les yeux dans les yeux pour qu’il comprenne que s’il estime que l’Afrique a besoin de lui, l’Africain sait également pour sa part que l’avenir de l’Europe est en Afrique. Se dire la vérité afin de communiquer sur la même longueur d’onde est utile, car sans cela, c’est un dialogue de sourds. Quand l’Européen agit comme si le continent africain lui appartient, c’est à l’Africain de lui porter la contradiction en affirmant le contraire. En tout état de cause, si c’est seule l’Afrique qui avait pour son développement, besoin de l’Europe, le rapport de forces aurait été différent.

Les Européens se seraient fait désirer. Or, actuellement, les choses se passent comme si les Européens voulaient le bonheur des Africains malgré ces derniers. Il faut donc se rendre à l’évidence que ces gens n’ont pas d’amis au sens africain du terme, ils ne regardent que leurs intérêts. Ramenons l’écran à la dimension française par rapport à la Côte d’Ivoire. La visite de M. Hollande en Abidjan la semaine prochaine est appréciée selon le camp dans lequel l’on se trouve. – Pour la France, son président vient réchauffer des relations « historiques d’amitié ».

– Pour le camp du pouvoir ivoirien, c’est un adoubement de plus pour affirmer une victoire internationalement reconnue.

C’est la continuité. Le pouvoir socialiste n’est en aucune façon, différent de celui de la droite sarkozienne.

– Quant au camp de l’opposition, d’aucuns pensent que F. Hollande étant de gauche comme Laurent Gbagbo, cette visite sera l’occasion pour le président français de porter le message de libération de Laurent Gbagbo et Blé Goudé, car l’opposition ne manquera pas de le lui demander et d’avoir son sentiment par rapport à la réconciliation que les puissances étrangères appellent de leurs vœux en Côte d’Ivoire. La vérité est que dans les relations d’Etat à Etat, il y a ce qu’on appelle la continuité de l’Etat.

C’est dans ce sens que s’inscrit d’abord la visite de F. Hollande. Ensuite, il serait très mal venu à supposer que cet hôte soit pro-Gbagbo, de venir non pas pour rencontrer le pouvoir effectif d’Abidjan, mais directement l’opposition. Un chef d’Etat est reçu par son homologue quel que soit le bord politique de celui-ci. Par ailleurs, quand on sait que F. Hollande vient pour renforcer les relations d’intérêts de la France en Côte d’Ivoire, il serait maladroit de croire que c’est pour les beaux yeux du woudy de Mama qu’il est sur les bords de la lagune Ebrié. Quelles que soient vos amitiés avec un individu, dès lors qu’il devient locataire de l’Elysée, il oublie votre amitié pour ne regarder que les intérêts de son pays…

Perdre cela de vue, c’est refuser de devenir adulte. Pour un citoyen normal comme pour un président normal, il est important de compter sur les ressources de son pays pour le développer. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est important de gérer ces ressources avec la plus grande rigueur au bénéfice des concitoyens.

C’est aussi pour cette raison que nous soutenons la politique de Laurent Gbagbo qui a inventé le budget sécurisé par feu le ministre Bohoun Bouabré. Le point de départ d’un développement commence par compter sur soi-même. Et c’est ce que dit le budget sécurisé. Est-il normal de compter sur l’aide ou le crédit d’origine étrangère pour boucler son budget ou pour payer ses fonctionnaires ?

Celui qui mène une telle politique est l’ennemi du développement de son propre pays…

Dans ce genre de visite, l’hôte ne voit que ce qu’on veut lui montrer, il n’entend que ce qu’on veut lui dire. Malgré tous les problèmes que les Ivoiriens vivent, Madame Christine Lagarde est venue dire que le gouvernement ivoirien tient le bon bout. C’est pour dire qu’il ne faut rien attendre de la visite de F. Hollande parce qu’il est un français officiel comme un autre. Il ne faut pas perdre de vue que F. Hollande a été le premier en France à dire que Laurent Gbagbo est infréquentable, tout simplement parce qu’on a dit des contre vérités sur lui dans une presse française aux ordres.

La France officielle en général, est très paresseuse en matière d’information, parce que justement cette presse est d’opinion et non d’information. La différence entre les deux genres de presses est que celle d’opinion vous impose l’opinion que vous devez avoir alors que la seconde vous fournit une information et vous laisse la latitude de vous forger votre propre opinion. Aussi longtemps que cette paresse congénitale des Français officiels sera de rigueur dans l’Hexagone, rien ne changera dans la façon de traiter les informations. Espérons que les deux exemplaires du livre coécrit par Laurent Gbagbo et le journaliste François Mattei seront lus entièrement avant le départ de François Hollande en Côte d’Ivoire.

Si Laurent Fabius doit être du voyage, souhaitons qu’il lise son exemplaire. Il est tout de même surréaliste que le pays qui se vante d’être la nation des droits de l’homme souffre d’un déficit criard en matière de contrôle de l’information diffusée sur son territoire ; surtout quand il s’agit justement des droits humains. Ne dit-on pas que la confiance n’exclut pas le contrôle ? Aussi, quand bien même les Français font confiance à leurs journalistes, cela n’empêche pas qu’ils prennent la peine de s’informer de façon contradictoire ! Si le rêve d’une intervention de M. Hollande est permis quant à la libération de nos prisonniers de La Haye, n’oublions pas qu’un français reste un français, symbolisé par le coq gaulois.

A cet égard, ce gallinacé est le seul animal dit-on, qui chante quand il est débout dans ses crottes. N’est –ce pas aussi pour cela que le français dispense des leçons de démocratie quand la France officielle soutient les despotes en Afrique, et y installe des présidents en violation des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes ?

M. Fabius traine un boulet au pied avec l’histoire de son fils qui n’est pas imposable et s’offre une maison da plusieurs millions d’euros dans un quartier chic de Paris. Malgré cela, il viendra donner des leçons de rectitude aux Africains. C’est cela la France, elle ne voit pas la poutre dans son œil mais est incommodée par la paille dans l’œil du voisin. Quand on est compatriote de Nicolas Sarkozy, peut-on être fier d’être français à l’étranger ?

Julius Blawa Aguisso

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