Jean-Michel Gentil : Ce juge qui veut voir Sarkozy en prison !

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« La réponse est très simple, je n’ai entendu parler de rien. Je ne suis au courant de rien. Je n’ai été témoin de rien. Pour mon mari (Jean-Pierre Meyers, membre du conseil d’administration de L’Oréal), ce sera la même chose. Mes parents ne disaient rien à ce sujet. » Le 21 décembre 2012, Françoise Bettencourt-Meyers botte en touche lorsque le juge d’instruction bordelais Jean-Michel Gentil l’interroge sur le fait de savoir si Nicolas Sarkozy, alors candidat UMP à la présidence de la République, avait « demandé ou non, perçu ou non de l’argent » de ses parents, et notamment de sa mère Liliane.

 

Ironie du sort, c’est l’ex-président qui a, lui-même, demandé au magistrat de poser cette question à la fille unique de la milliardaire. Simple provocation vis-à-vis du juge ? Ou pique lancée à Françoise Bettencourt-Meyers qui a transmis à la police, en juin 2010, des enregistrements clandestins de conversation au domicile de sa mère mettant en cause des personnalités du gouvernement ? Une chose est sûre : à l’époque, la fille unique de la milliardaire ne pouvait pas imaginer que sa démarche aboutirait deux ans et demi plus tard à la mise en examen de Nicolas Sarkozy. C’est pourtant bel et bien ce qui s’est passé, jeudi 21 mars.

Après une confrontation entre des employés des Bettencourt et Nicolas Sarkozy, le juge Gentil a considéré que l’ex-candidat UMP à la présidentielle avait commis un abus de faiblesse en février 2007 et courant 2007 aux dépens de l’héritière de L’Oréal, alors âgée de 84 ans, en lui demandant de l’argent pour financer sa campagne. Une manière assez habile de contourner le Code pénal. En effet, le délit de financement illégal est prescrit au bout de trois ans, mais pas l’abus de faiblesse. Or une expertise médicale diligentée en 2011 par le juge Gentil défend l’hypothèse que Liliane Bettencourt est diminuée intellectuellement depuis 2006, ce que n’avait jamais diagnostiqué l’ensemble des médecins qui la suivait à cette époque…

Le magistrat avait procédé en catimini à une répétition générale

Quoi qu’il en soit, contrairement à Françoise Bettencourt-Meyers qui n’a rien vu, rien entendu, des employés de maison de ses parents ont, eux, déclaré avoir croisé Nicolas Sarkozy plusieurs fois durant cette période. Ils évoquent des visites à la fois à M. et Mme Bettencourt, et quelques-uns relient même celles-ci à des demandes d’argent… Or l’ancien président de la République a toujours affirmé, sur la foi de son agenda, n’avoir été qu’une seule fois chez les Bettencourt et, qui plus est, n’avoir rencontré que « monsieur ». Quant aux enveloppes présumées, l’ancien président a déclaré avec mépris : les Bettencourt « ne m’ont jamais donné un sou et je ne leur en ai jamais demandé ».

Avant d’organiser, jeudi 21 mars, une confrontation-surprise entre l’ancien chef d’État et ces employés, Le Point est en mesure de révéler que le magistrat avait procédé en catimini à une répétition générale en auditionnant tout à tour, fin février, maître d’hôtel, infirmière, femme de chambre… Pour l’occasion, le juge Gentil avait déniché un document précieux libellé « indemnités de repas ». En clair, une sorte de tableau retraçant la présence ou l’absence de tel ou tel employé au domicile de l’héritière de L’Oréal, rue Delabordère, à Neuilly-sur-Seine. Il faut dire que, depuis des mois, le magistrat multiplie les investigations sur l’emploi du temps de Nicolas Sarkozy, à l’affût d’autres visites de celui-ci chez les Bettencourt. Sur la foi de ce document, le juge a acquis la conviction que Nicolas Sarkozy s’était bel et bien rendu au moins deux fois chez les Bettencourt, entre février et avril 2007. Et non une seule fois, le 24 février 2007, comme il l’a toujours affirmé. Le maître d’hôtel Pascal Bonnefoy affirme avoir vu Nicolas Sarkozy, et l’ancienne infirmière, Henriette Houtpachou, affirme avoir lu sur le planning de l’office le nom de « monsieur Nicolas ».

Or, comme l’atteste le fameux tableau des « indemnités repas », ni l’un ni l’autre ne travaillaient ce jour-là. D’où la certitude du juge que Nicolas Sarkozy est venu au moins une autre fois et lui a donc menti. En réalité, le 24 février, toujours à l’appui du même document, c’est Bruno Lantuas, un autre maître d’hôtel, qui a ouvert la porte au candidat UMP à la présidentielle. Interrogé par le juge Gentil le 21 février 2013, l’employé décrit un visiteur « en costume-cravate avec de la prestance et de l’énergie », qu’il conduit dans « le salon rond avec ses portes monumentales dans lequel l’attendait M. et Mme Bettencourt ».

Or Nicolas Sarkozy a toujours déclaré n’avoir vu, ce jour-là, qu’André Bettencourt. Lors de ses précédentes auditions, le maître d’hôtel avait affirmé avoir vu Nicolas Sarkozy « une semaine avant les élections ». Cette fois, plus prudent, il déclare que c’était pendant la campagne présidentielle, ce qui, selon lui, « intéressait beaucoup André Bettencourt ». Pour démontrer la présence du maître d’hôtel chez les Bettencourt, ce 24 février 2007, le juge Gentil n’a pas ménagé ses efforts. Il a ainsi récupéré des factures de pressing de l’employé datées du 22 et 26 février 2007 qui émanent d’une teinturerie de Neuilly-sur-Seine.

« Tout ça est vraiment tiré par les cheveux »

Lors des récentes auditions des employés de maison des Bettencourt que Le Point révèle, Dominique Gaspard, ex-femme de chambre, a également démenti la version de Nicolas Sarkozy. Interrogée le 27 février, l’employée a confirmé avoir conduit Liliane Bettencourt au salon rond où se trouvait déjà son époux avec le candidat UMP. Le 18 décembre dernier, la femme de chambre avait déclaré : « Elle (Mme Bettencourt) était toute contente de l’avoir vu (Nicolas Sarkozy) ».

Outre ces quelques témoignages, le juge dispose des agendas de « madame » (Bettencourt), dans lesquels est notée pour le 24 février 2007 la visite d’un certain « monsieur S ». Ces éléments font-ils pour autant de Nicolas Sarkozy un menteur ? « Tout ça est vraiment tiré par les cheveux, observe une source proche du dossier. Sarkozy a pu oublier un deuxième rendez-vous qui n’est pas noté dans son agenda. Par ailleurs, cela ne prouve pas qu’il est venu chercher des enveloppes. »

Concernant l’argent, justement, le juge s’appuie sur le témoignage de Nicole Berger, une ex-gouvernante aujourd’hui décédée, qui aurait confié que, lors de sa visite en février 2007, Nicolas Sarkozy serait venu chercher de l’argent. Les propos de l’employée qui était très proche de Liliane Bettencourt sont aujourd’hui relayées par Dominique Gautier, l’ancien chauffeur des Bettencourt, désormais à la retraite. « C’est Mme Bettencourt qui l’a relaté à Mme Nicole Berger, a-t-il affirmé le 18 décembre 2012, au juge. Vous savez, c’était en quelque sorte sa confidente. » Une déclaration à rapprocher des propos énigmatiques que le photographe François-Marie Banier prête à Liliane Bettencourt dans ses carnets en avril 2007. « On me dit que Sarkozy m’avait encore demandé de l’argent, si je lui dis oui, comment être sûre qu’on ne lui donne rien ? »

Pour étayer sa démonstration, le juge a mis en rapport les visites de Nicolas Sarkozy chez le couple Bettencourt avec des mouvements de fonds suspects. Des retraits d’espèces en Suisse effectués par Patrice de Maistre, l’ex-gestionnaire des Bettencourt, suivis de rendez-vous avec Éric Woerth, l’ex-trésorier de l’UMP. « Ce qui ne constitue aucune preuve judiciaire », souligne une source proche de l’enquête.

L’avenir politique de Nicolas Sarkozy est désormais entre les mains de la chambre d’instruction de la cour d’appel de Bordeaux, saisie par l’avocat Thierry Herzog. C’est elle qui doit désormais se prononcer sur la légitimité de la mise en examen de l’ancien président de la République…

Le Point fr

 

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