Exclusif ! Ali Akondo : La création du parti UNIR est un non évenement.

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Radio Gameli : Bonjour monsieur. Vous êtes Ali Akondoh et vous résidez en Allemagne ?

Ali Akondoh : Oui, c’est cela. Je suis Ali Akondoh, originaire de Sokodé. Je suis enseignant de profession. Je suis un citoyen togolais amoureux de la liberté. Je suis un défenseur de la masse silencieuse méprisée et dont la voix ne porte pas loin. Je suis dramaturge-poète admis à la chambre des écrivains de l’État allemand où je réside.
Je suis également membre de PEN-Club International pour écrivains en exil. Je vous signale en passant que je suis cofondateur et vice-président de Festékpé (Festival de la musique Kétékpé en pays Tem) qui a lieu chaque année en décembre à Sokodé et ce depuis 2008.
Je fus cofondateur et rédacteur à La « Lettre de Tchaoudjo », un hebdomadaire privé togolais interdit de parution en 1995 par les autorités du pays. Nous étions à l’époque trop gênante pour le régime et nous avions payés les frais en passant de très durs moments en prison.

Vous avez eu un passé dur, Monsieur !

Oui. Avant de répondre à vos questions, je tiens à vous remercier pour l’occasion que vous m’offrez de me prononcer sur certains éléments de la vie sociopolitique et surtout culturelle de notre pays, le Togo. Nous avons, vous et moi et l’ensemble des Togolais en partage une culture riche et variée dont nous devons être fiers.
Le sujet qui m’est proposé est grand et vaste pour être décortiqué seulement en un quart d’heure. Mais nous essayerons de dire l’essentiel.

Vous êtes basé en Allemagne, mais vous suivez quotidiennement l’actualité de votre pays. Les nouvelles qui vous parviennent sont-elles rassurantes ?

Notre pays vient de célébrer hier le 52ème anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. Cette indépendance a été l’œuvre de Grands Hommes qui incarnaient des valeurs de liberté. Je rends à ces Hommes à la tête desquels feu Sylvanus Olympio un hommage sincère et profond pour leur sacrifice.
Maintenant, pour répondre à votre question celle de savoir si les nouvelles qui nous parviennent sont rassurantes. Je répondrai par oui et non.

Oui, parce que les leaders de l’opposition togolaise ont accepté de se regrouper dans un collectif dénommé « Collectif Sauvons le Togo ». Je pense qu’ils sont cette fois-ci sincères et qu’ils éviteront de nous faire revivre le spectacle honteux de ces 20 dernières années. Le peuple les regarde. La jeunesse tant malmenée espère. Il n’y a plus d’erreur à commettre. J’ose croire que le temps où l’on se jetait des peaux de banane doit être révolu. Le temps est réellement venu de se serrer les coudes dans un élan de dépassement de soi car toute l’opposition n’a devant elle qu’un seul et dangereux adversaire.

Je dis non, les nouvelles ne sont pas rassurantes parce que les méthodes d’intimidation sont restées les mêmes qu’il ya 45 ans. Comment voudriez-vous que les nouvelles nous rassurent lorsque :
On ferme intempestivement des stations de radio
On traque et tabasse des journalistes de la presse privée. Certains voient leurs journaux interdits de parution. D’autres encore sont traduits devant les tribunaux pour des motifs dénués de sens.
On jette des gaz lacrymogènes sur des étudiants au cours de leurs marches revendicatives. On arrête et brutalise leurs responsables sans ménagement. On oublie du coup qu’ils sont l’avenir et l’espoir du pays.
On profère des menaces de tous ordres contre des leaders des partis politiques de l’opposition et des responsables d’organisation de défense des Droits de l’Homme. Il se passe des choses qui vont justement à l’encontre des droits et des libertés fondamentales du citoyen qui sont : la liberté de manifester, d’informer, de circuler et d’émettre des opinions. Ces actes graves prouvent à suffisance que les dirigeants togolais ne sont prêts ni pour le changement, ni pour le pardon et la réconciliation des Togolais dont on a fait de Monseigneur Nicodème Barrigah le cheval de bataille.
M. Faure Gnassingbé se comporte comme un héritier dans un territoire conquis. Rappelons d’ailleurs qu’il vient de créer son parti : Union pour la République. Cette création est en mon sens un non événement. Ce n’est pas une surprise d’autant plus qu’Unir amasserait essentiellement les militants de l’ex-parti RPT dont certains occuperaient des postes de responsabilité ou se transformeraient en anciens nouveaux membres. Donc ex-RPT et Unir c’est comme on dit : « bonnet blanc, blanc bonnet ». Cela s’appelle tout simplement « le changement dans la continuité ».

Une analyse de la vie sociale du Togo fait dire à certains observateurs que le Togo n’est pas politiquement encore moins économiquement indépendant. Par contre, on estime que culturellement, le Togo est indépendant. Votre avis sur ce sujet.

 Le sens et la notion d’indépendance que feu Sylvanus a voulu donner au Togo, c’est qu’il ait sa propre monnaie et sa liberté vis-à-vis de l’Occident. 49 ans après son assassinat, cette notion est-elle encore valable ? Le Togo mérite-t-il d’être encore considéré comme un pays indépendant à proprement parlé ?
Aujourd’hui, on ne peut dire du Togo qu’il ne présente qu’une façade de pays indépendant. Car la régence sanglante et corrompue des Gnassingbé père et fils a tout bradé. S’il faut aujourd’hui considérer que notre pays est indépendant c’est tout simplement parce qu’il est un Etat ayant des frontières communes avec les pays voisins. Il a ses institutions, ses lois, un Chef d’Etat, un parlement, un gouvernement et un peuple « dirigé ». En dehors de cela, le Togo n’est qu’un trou béant de problèmes : Il plie sous des dettes contractées ici et là auprès des bailleurs de fonds particulièrement auprès du Fond Monétaire International et de l’Union Européenne. En 2007, la dette du Togo s’élevait à 1,8 milliards.
Pire, le Togo par ses dirigeants fait partie avec d’autres pays africains du réseau françafricain. Ces dirigeants sont des girouettes qui tournent au gré de la France.

Sur le plan culturel, le Togo est moins dépendant. Seulement les jeunes adoptent des attitudes qui s’apparentent à celles des Européens. Exemple : le port de mini-jupe, poitrine presque nue chez la jeune fille, la consommation de cigarette à un âge intolérable, musique européenne et américaine, amitié charnelle déjà à 12 ans entrainant des grossesses précoces et non désirées. Aucune ou peu d’observation aux eus et coutumes du terroir. La fréquentation des boîtes de nuit en lieu et place des chants et danses traditionnels. L’abandon progressif des rites initiatiques, etc.…

Il se dit aussi que le Togo n’exploite même pas la moitié de ses richesses traditionnelles et culturelles. Si c’est le cas, à quoi cela est dû, selon vous ?

Cela est dû au manque de volonté des dirigeants qui pensent que la culture n’est pas une priorité. Ils ne s’intéressent pas à la culture et ils ne mettent pas non plus suffisamment des moyens dans les domaines qu’ils croient prioritaires. Par exemple : l’agriculture, la santé et l’éducation.
Rien ou presque rien n’est fait pour protéger afin de pérenniser nos traditions. On feint de savoir que notre culture et nos traditions sont un grand atout pour le tourisme et une source considérable de revenus pour notre pays. Il est vrai que dans la plupart de nos préfectures et villages, on célèbre les fêtes de la moisson, les fêtes d’initiations, les fêtes religieuses incluant des rites spirituels de nos ancêtres. Ils ont comme noms : Agbogbozan chez les Ewe, Tingban-Pab chez les Mobas, Evala et Akpéma chez les Kabye, Sintou Djandjaagou chez les Nawda, Gadao-Adossa chez les Tem, D’pontre chez les Bassar… pour ne citer que ceux-là. Le domaine culturel et traditionnel est autant un vaste chantier que celui de l’agriculture, de la santé et de l’éducation. Tous ces domaines s’entrelacent, se complètent, prennent appui l’un sur l’autre.

Il y a un manque de réalisme et un manque de volonté politique dans la gestion du patrimoine culturel. Il y a aussi une injustice notoire dans la célébration des fêtes culturelles et traditionnelles. Lorsqu’on célèbre chaque année la lutte des Evala en pays kabye, on a l’impression que c’est tout le pays qui est mobilisé. Feu Eyadéma consacrait des journées entières dans la Kozah où il participait aux différentes phases de la lutte. Des millions de nos francs étaient distribués gracieusement. Son successeur Faure ne s’est pas dérobé à la règle. Fait regrettable, c’est que des ministres, des députés et même certains ambassadeurs accrédités dans notre pays, abandonnent leurs postes respectifs pour aller assister au déroulement de la lutte. Quel gâchis ! Ce n’est pas le cas pour les fêtes dans d’autres villes où seuls les ministres ou directeurs de service qui y sont originaires prennent part. Le gouvernement ne trouve bon que d’envoyer à cet événement le ministre de la culture ou son représentant pour gaver une fois de trop les populations de discours creux dont le simple but est de vanter le Chef de l’Etat.

S’il vous est donné de changer quelque chose ou d’apporter quelque chose de nouveau au monde culturel togolais, que feriez-vous ?

Je ne suis pas un technicien en la matière. Et ce ne sont pas des techniciens qui manquent au Togo. La corruption et le favoritisme ont fait qu’on place à des postes de responsabilité des hommes qui ne le méritent réellement pas.

D’abord il faut placer à ces postes des gens rompus en la matière puis mettre des moyens matériels et financiers nécessaires à leur disposition.

-Il s’agira ensuite de répertorier sur l’étendue du territoire national les richesses culturelles et traditions propres à chaque région en vue de les mettre en valeur.

-Créer dans ces régions des comités pour faire un travail de fond en mettant également à leur disposition des fonds.

-Subventionner les préfectures pour l’organisation de leurs fêtes.

– Inclure dans les matières scolaires l’enseignement de tout ce qui fait la richesse de notre identité culturelle.

-Créer en dehors du musée national d’autres musées régionaux pour la conservation des vestiges locaux.

-Créer des centres culturels dignes de ce nom dans chaque Préfecture pour des artistes de la chanson et du théâtre togolais. Organiser des festivals ou des concours pour eux afin de favoriser davantage leur génie créateur.

Le manque de ces infrastructures et des moyens a réduit certains de nos artistes au silence. D’autres sont morts dans l’indifférence totale quand je pense à des géants de la musique togolaise comme Ouwi Tassane, Alonyo Dégbévi, Mamam Azendji Louwo, Le Grio de Pagouda, Akofa Akoussa, etc.
Au niveau du football, c’est encore dramatique. Ces jeunes qui se battent et se sacrifient pour nos couleurs nationales, sont abandonnés à leur triste sort. Rappelons-nous de la tragédie de Cabinda. Je ne voudrais pas revenir sur ces événements qui font la honte de nos gouvernants. On préfère se plaire ailleurs en roulant dans de grosses cylindrées, des villas insolentes, des garages de voitures climatisés que de s’occuper des vrais problèmes de notre pays.

Supposons que le gouvernement décide d’accorder une plus grande importance à la culture et de faire exploiter entièrement les richesses traditionnelles du Togo, quelles devraient être les premières actions à mener ?

Monsieur, vous êtes prétentieux, vous ! Croyez-vous que le régime que dirige Faure Gnassingbé est prêt pour cela ? Trouvez-vous en lui un homme capable de changer du jour au lendemain ? Pensez-vous qu’il s’intéresserait à la culture plutôt qu’à des voyages touristiques improductifs chez ses amis à l’étranger ?
À votre question, je répondrais qu’il n’y a pas de première ni de dernière action à mener en matière de culture. On décide de prendre en compte la culture comme tout autre domaine ou rien. C’est à prendre ou à laisser. Vous trouverez à cette question ma réponse dans mes suggestions précédentes.

Merci monsieur Ali Akondoh d’avoir répondu à nos questions.

Merci aussi à vous.

Radio Gaméli

 

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