En Libye post-Kadhafi, la situation s’empire de jour en jour.

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Le pays est pratiquement ingouvernable alors que l’insécurité a pris des proportions alarmantes après l’assassinat samedi de trois officiers. Le gouvernement de Mohamed Zeidan est dépassé et n’arrive plus à contrôler le pays, à la dérive depuis la chute du régime de Kadhafi. Le problème pour autant qui se pose aujourd’hui est la montée des groupes armés à la lisière du terrorisme et du grand banditisme, mais également d’une multitude de groupes ethniques puissamment armés qui compliquent davantage la nouvelle carte politique du pays.

 

L’émergence d’un groupe amazigh du Djebel Neffoussa et revendiquant que la langue amazighe soit prise en compte dans la nouvelle Constitution du pays et qui a bloqué le pompage d’un gazoduc dimanche dans l’ouest du pays est symptomatique de cet extrême délitement des responsabilités et de la puissance des actuelles autorités libyennes. En plus clair, le gouvernement de Mohamed Zeidan est effroyablement pris au piège de l’impasse politique, sur fond de violence et d’insécurité qui mettent en danger l’avenir de la Libye. Beaucoup estiment qu’à ce rythme, le pays n’est pas loin de plonger irrémédiablement dans un long cycle de recul sociopolitique et économique généralisé.

A Benghazi comme à Tripoli, les autorités ne gouvernent que difficilement un pays qui n’arrive plus à exporter son brut, pris en otage par des groupes armés qui veulent avoir eux également leur part des exportations libyennes de pétrole. Et, plus grave, les armes de l’arsenal de Kadhafi alimentent un vaste réseau de trafic d’armes de guerre dont profitent les groupes terroristes, dont ceux d’Aqmi. D’où ce danger extrême que les groupes terroristes d’Aqmi, qui menacent aujourd’hui la sécurité de la région, dont la Tunisie, empêtrée dans une dramatique impasse politique et économique, ne reprennent du poil de la bête et ne mettent en cause le fragile équilibre dans ces deux pays, avec une assise en Libye et des actions de prédation politique et sécuritaire en Tunisie, et jusque vers le Sahel. Les mises en garde de l’Algérie, qui a cadenassé ses frontières autant avec la Tunisie qu’avec la Libye, et les pays sahéliens, ne sont pas fortuites.

A Tunis, le gouvernement dirigé par Ennahda en a pris la juste mesure et tente en même temps de trouver un terrain d’entente avec l’opposition pour une sortie de crise politique rapide qui ouvrirait la voie à une meilleure prise en charge de la menace terroriste. La Libye comme la Tunisie, et même les pays sahéliens, sont en fait les otages d’une nouvelle configuration politique et sécuritaire et sont sous la menace d’une longue période d’instabilité tant que la menace terroriste n’est pas vaincue, tant que l’opposition en Tunisie et en Libye reste sourde à une sortie de crise par le dialogue. Une situation que les autorités algériennes appréhendent énormément.

Yazid Alilat

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