ÉDUCATION EN AFRIQUE : Éviter le piège hérité de la colonisation. La commerçante du marché ou le maçon devient à la communauté que le diplômé [Par Anani Sossou]

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Le système éducatif africain est très obsolète. Il ne produit que des diplômés, la plupart des cas sans aucune compétence et qui en réalité, ne sont que des perroquets répétant à longueur de vie des théorèmes fondés sur le concept éducatif européen éloignés des réalités africaines. Alors que l’école devrait être « une chaîne de production », de valeur ajoutée, elle ne produit que des chômeurs qui inondent les rues et le marché de l’emploi.

Le diplôme dans l’état actuel du système éducatif africain ne sert à rien. Il ne valorise d’ailleurs ni la compétence ni la connaissance des apprenants par rapport à ceux qui n’en ont pas et qui ont tourné le regard vers la formation pratique, l’entrepreneuriat les besoins et les réalités africaines.

Les femmes des marchés n’ont pas besoin de faire des études de gestion, de comptabilité ou de finances avant de prospérer dans les affaires. Le maçon africain n’a pas besoin d’être un architecte avant de construire des maisons modernes. Le mécanicien ou le plombier dispose très vite d’un emploi ou se crée sa propre entreprise sans être un diplômé universitaire. Il en est de même de l’artisan, de l’électricien, du soudeur ou du frigoriste. D’ailleurs ces derniers possèdent de la richesse, disposent de leurs domiciles propres à eux pendant que l’universitaire devenu par la force du recyclage fonctionnaire, gagne difficilement sa vie en arrondissant ses fins de mois.

Des études des instituts de statistiques dans plusieurs pays africains montrent que la capacité d’auto-entreprendre ou de s’orienter vers une formation professionnelle pratique dirigée directement vers l’emploi, diminue au fur et à mesure qu’on est diplômé. Au Cameroun par exemple cette capacité se présente comme suit:

CEP = 29%
BEPC = 24%
SANS DIPLÔMES = 19%
BAC 12%
MASTER 2 = 1%

Sur 100 diplômés en Master 2, un seul voudra créer son emploi ou est capable d’en créer. Ceci signifie en clair que les 99 autres auront le regard tourné vers l’État pour devenir fonctionnaires ou au mieux vont se reconvertir dans d’autres études pratiques ou dans des formations, perdant ainsi un précieux temps. Or nulle part au monde aucun État n’est pourvoyeur de plein emploi. Au contraire c’est le secteur privé et l’entrepreneuriat qui diminuent le chômage et créent de la richesse.

L’agriculture, l’informatique et d’autres métiers pratiques qui sont le socle de l’économie actuelle ou future du continent africain, manquent d’apprenants, de bras permettant la création de toute une chaîne de valeur. Car l’agriculteur a des besoins en informatique à travers des applications pour booster sa production, la valoriser, la transformer et la mettre à disposition du marché.

Il est temps d’éviter le piège du système éducatif issu de la colonisation car l’acquisition de trop de connaissances universitaires rend moins utile à la communauté.

Les défis et les menaces pour l’avenir de la jeunesse africaine sont sérieux. Autorités éducatives, enseignants, parents, étudiants et élèves ne doivent plus orienter le savoir vers l’acquisition de grands diplômes mais plutôt vers la création d’emploi et de la richesse. Cela passe par une orientation scolaire dès la fin des études primaires comme c’est le cas dans les pays asiatiques et occidentaux actuellement. Les cursus scolaires doivent refléter nos réalités et non plus servir de faire-valoir pour gérer des administrations calquées sur le modèle de la colonisation. Autrement les pays africains ne seront jamais des États émergents, développés, mais stagneront dans le sous-développement.

Anani Sossou

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