Edito. Avec Faure, un autre Togo n’est pas possible

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Ceux qui continuent à rêver d’un Togo nouveau n’ont qu’à cesser de rêver.  En tout cas, ils devront attendre longtemps avant de voir leur rêve se réaliser du moins tant que les Gnassingbé seront au pouvoir. Le système en place à Lomé baigne tellement dans la fiente de la duplicité, de la corruption et de l’opacité et s’y plaît bien à tel point qu’il ne fera rien pour une véritable mue. Le changement n’est pas son affaire puisqu’il n’a pas grand-chose à y gagner.

Dans son film « Un monde dans tous ses états », l’ex ministre français des Affaires Etrangères Hubert Védrine, qui y a retracé les dégâts causés par la gouvernance mondiale actuelle encline à ne regarder que du côté des intérêts géostratégiques, appelle à l’instauration d’un nouveau monde. Un appel résumé dans cette phrase lourde de sens de cinq mots : Un autre monde est possible. Vu du côté de Lomé, nous pouvons nous permettre de paraphraser cet ancien ministre de Jacques Chirac en disant qu’un autre Togo est possible.

2005, 2006, 2007…et 2012, soit sept ans que le plus «Faure » de la fratrie Gnassingbé est au pouvoir sans impacter considérablement sur la vie de ses concitoyens.  Sept ans de tango au rythme d’une symphonie dirigée par le maestro Faure.

En principe, un président animé d’une volonté inébranlable de changer les choses aurait déjà fait beaucoup pour son pays en sept ans de règne. Mais à quoi assistons-nous au Togo depuis l’arrivée au pouvoir de Faure en 2005?  Au statu quo et à l’immobilisme, deux situations qui ne font que l’affaire des grilleurs d’arachides patentés et des profiteurs de la République. Suivez très bien nos regards.

A l’heure qu’il est, Faure n’a plus de choix. Soit il avance et donne des signes d’espérance, soit il libère vite et bien le plancher pour permettre à ceux qui veulent vraiment sortir le Togo du ghetto de prendre les affaires du pays en mains. C’est aussi simple que ça. Si Faure n’ pas les couilles pour engager les vraies réformes, qu’il cède sa place à un autre plus téméraire et courageux.

Un président qui va rythme d’une éolienne comme Faure ne rassure pas son peuple. A croire qu’il a une éternité devant lui à la tête du Togo. De quoi inquiéter le peuple qui ne voit rien venir et à qui Faure et ses sbires demandent à chaque fois de patienter. Jusqu’à quand au moment où beaucoup crèvent pour cause de misère et de confiscation de la richesse nationale par une poignée d’individus?  Le seul recours qui reste au peuple dans ces conditions est de manifester bruyamment. A cet effet, les manifestations de la rue des 12 et 13 juin derniers organisés par le Collectif « Sauvons le Togo » ne sont en fait que l’expression de l’immense ras-le-bol du peuple meurtri par tant d’années de souffrances. Il y avait foule dans les rues de Lomé le 12 juin n’en déplaise aux thuriféraires du régime qui parlent de quelques milliers pour faire croire à une minorité d’individus.  Le pouvoir du plus « Faure » des rejetons du vieux dictateur Eyadema est déjà averti. Le feu couve et bientôt ce sera l’incendie à grande échelle. Beaucoup étaient sortis dans les rues pour crier au secours et dire trop, c’est trop. Les populations sont fatiguées de l’immobilisme et de l’éternel recommencement au Togo. Elles en ont marre des mêmes têtes et des mêmes méthodes.

Si Faure continue à se confiner dans sa tour d’ivoire et à laisser faire, il n’aura que ses beaux yeux pour constater les dégâts. Les individus arrogants et vomis sur lesquels il compte tant ne pourront pas le sauver au moment où ça va péter. Le printemps arabe a pu déboulonner de puissants dictateurs tels Zine Abdel Abdine Ben Ali de la Tunisie, Hosni Moubarack d’Egypte et a secoué le roi du Maroc Mohammed VI et ce n’est pas un certain Faure Gnassingbé qui pourra résister à la pression populaire. Sous l’effet de l’ouragan, un fruit mûr ou non finit par tomber.

Pendant que les populations végètent dans la misère et que la jeunesse à bout de souffle crie à la détresse, Faure lui va à son rythme depuis 2005. Il  s’enrichit et enrichit les siens comme il n’est pas permis. En si peu de temps, son entourage s’est enrichi au point de s’offrir des appartements en Europe. C’est le cas de son conseiller diplomatique Robert Dussey (il est né en 1972).

Les chantiers des réformes, Faure les a abandonnés au profit de ceux pouvant lui permettre de demeurer au pouvoir pour des siècles, des siècles. Or, les premiers sont les plus importants. Ce sont eux qui vont donner au pays, un autre visage. Jusque-là, les réformes constitutionnelles et institutionnelles susceptibles de hisser le Togo au rang des pays modernes et respectueux des règles démocratiques se font désirer. Or, les jours passent et les Togolais trépassent de désespoir. Depuis 2005 que Faure a marché sur 500 crânes pour capter le pouvoir, très peu de choses bougent. La lassitude a gagné les rangs de nombreux Togolais qui n’arrivent pas toujours à comprendre les raisons qui font que lorsque, les pays voisins avancent, le leur stagne et même recule.

Un autre Togo est possible !

Sous le règne des Gnassingbé,  le Togo a un visage hideux et rebutant. Seuls ceux qui connaissent très peu de choses sur le système en place à Lomé se laissent avoir. Toutes les institutions de ce qu’il reste encore da la République togolaise sont moribondes. La plus ridicule d’entre elles est la Cour des comptes nouvellement mise en place pour tromper la vigilance des partenaires. Une Cour des comptes dont le président, un vieux de la vieille du régime se plaît à signer les documents avec ces mots ridicules : Le Premier Président de la Cour des comptes. Ce président pas comme les autres de la Cour des comptes se nomme Tankpadja Lalle. Nous continuons à pouffer de rire en écrivant ces lignes. N’appartient-il pas à l’Histoire de dire qu’un certain Tankpadja Lalle fut en 2012 le premier président de la Cour des comptes du Togo ? Quel mérite que de se bomber le torse d’être le premier président d’une Cour des comptes qui n’existe que de nom ? Ça, c’est au Togo sous le règne de la dynastie des Gnassingbé. L’on ne cessera de le dire, le système ayant pris en otage tout un peuple depuis des décennies ne fera pas sa mue si personne ne l’y oblige. De toutes les façons, un autre Togo est possible que celui défiguré et méconnaissable actuel.

Une République dans laquelle le président de l’Assemblée nationale peut offrir 2 millions de F CFA pour réaliser un ponceau dans un coin de la capitale et mobiliser la Télévision nationale pour couvrir l’inauguration par lui-même de ce petit ouvrage en est une bananière. Quel enfantillage ! Mais nous sommes en plein cœur d’un système moribond où le ridicule ne tue point. Qui dit que la comédie s’arrêtera si  l’on n’y met pas fin ?

Le pouvoir de Faure baigne dans l’opacité et ce n’est pas bon signe. L’exploitation du fer de Bassar, les carrières de ciment du pays, la nouvelle unité de marbrerie de Blitta, les phosphates, l’exploitation de la carrière de schistes par la société Togo Carrière pour ne citer que ceux-ci, tout cela rapporte combien à l’Etat ? Seul Dieu le sait.

Nous ne cesserons de militer en faveur d’un Togo nouveau. Il faut que ça change et ça doit changer. Rien à faire, un autre Togo doit être possible pour que vivent et prospèrent les Togolais.

Anicet Moutouari Lynx.info

 

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