Dossier Norbert Zongo : 17 ans après, les Burkinabè réclament toujours vérité et justice

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Soyez rassurés, nous allons rendre justice au camarade Norbert Zongo 

13 décembre 1998 – 13 décembre 2015. Voilà bientôt 17 ans que Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune ont été assassinés puis brûlés à quelques encablures de Sapouy. Depuis lors, les Burkinabè n’ont cessé de demander vérité et justice pour ces quatre suppliciés. Comme chaque année, le Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques et la Coalition contre la vie chère organisent une série d’activités commémoratives pour marquer ce triste anniversaire. Ils ont animé une conférence de presse ce 08 décembre 2015 pour annoncer les activités prévues pour ce 17e anniversaire. Les avocats également étaient présents pour faire le point de l’évolution du dossier.

Le 17e anniversaire du crime crapuleux de Sapouy sera commémoré sous le thème « Poursuivons la lutte contre l’impunité et pour la vérité sur le dossier Norbert Zongo et compagnons, ainsi que sur l’ensemble des crimes de sang et des économiques impunis ». A travers cette commémoration, il s’agit de rendre hommage à toutes les victimes de violence en politique. De ce fait, des hommages seront rendus à Norbert Zongo et à ses trois compagnons, mais aussi à Flavien Nébié, Dabo Boukari et aux victimes de l’insurrection populaire et de la résistance au putsch de septembre 2015. Avec au programme : des rassemblements, des recueillements et des dépôts de gerbes de fleurs dans les cimetières et le port du deuil.

Dans les différents régions, provinces et départements du pays, il est prévu des assemblées générales, des conférences, meetings, marches-meetings autour du thème de la commémoration et de la plateforme d’action réactualisée du collectif et de la CCVC.

A Ouagadougou, il est prévu un rassemblement au cimetière de Gounghin pour le dépôt de gerbes de fleurs, le recueillement et l’hommage à Norbert Zongo et à ses compagnons, aux martyrs de l’insurrection populaire et de la résistance au putsch et autres victimes. C’est dans ce cimetière que repose Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune, mais aussi la plupart des victimes de l’insurrection et du putsch. Il est aussi prévu un meeting à la Place de la Révolution.
La conférence de presse était animée par Chrysogone Zougmoré, le président du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), membre du collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques, Bassolma Bazié, président de la CCVC. Avec à leur côté, les avocats Bénéwendé Sankara et Prosper Farama.

Les ayants-droits attendent toujours les indemnisations

Faut-il le rappeler, une ordonnance de non-lieu dans l’affaire Norbert Zongo avait été rendue en 2006. Mais, après l’insurrection populaire et la décision rendue par la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples, le dossier a été rouvert le 08 avril 2015. Depuis, un certain nombre d’auditions sont en cours. « Le 20 octobre 2015, Me Farama et moi avons été reçus par le juge d’instruction pour nous faire le point de l’évolution du dossier et également solliciter notre collaboration pour continuer sereinement l’instruction. Suite à l’insurrection populaire, il y a des documents qui ont circulé ; le MBDHP a même confié un certain nombre de documents, il y a des noms qui circulent et nous sommes en train de verser ces noms à l’instruction pour lui permettre de faire son travail », explique Maître Bénéwendé Sankara.

Aussi, la décision rendue par la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples enjoignait à l’Etat du Burkina Faso d’indemniser les familles des victimes et les ayants-droits. « En ce qui concerne la procédure d’indemnisation, nous avons notifié le 06 juin 2015 à 9h55 à l’Etat du Burkina Faso représenté par l’Agent judiciaire du trésor, l’arrêt sur les réparations (…). Selon nos informations, tous ces dossiers ont été examinés par l’Etat du Burkina Faso à travers l’Agent judiciaire du trésor. Et il me semble que instruction aurait été donnée de payer. Mais, je dois vous dire qu’à l’heure où je vous parle, nous n’avons pas reçu une information susceptible de nous dire que ça a été payé », précise Maître Sankara.

Pourtant, selon l’ordonnance de la Cour africaine, l’Etat burkinabè avait jusqu’au 04 décembre 2015 pour s’exécuter. Ayant signé des accords au niveau international, le Burkina devrait donc être amené à s’expliquer sur ce retard par rapport à l’indemnisation.

Allez dire à Zida que le dossier de « son camarade » n’a pas encore bougé !

Le dossier suit son cours, dirait-on. Pourtant, l’on se rappelle encore cette visite surprise à la place de la révolution le 13 décembre 2014 du Premier ministre Yacouba Isaac Zida (alors président de la transition). Il avait lancé à la foule : « vous voulez la justice ? ». La foule ayant répondu par l’affirmative, il avait déclaré : « soyez rassurés, nous allons rendre justice au camarade Norbert Zongo ». Un an après cette déclaration, le président du MBDHP, Chrysogne Zougmoré de lui rappeler : « Votre camarade Norbert Zongo là, son dossier n’a pas encore avancé ». Avant de souligner que le mot d’ordre demeure le même depuis maintenant 17 ans : la mobilisation. C’est pourquoi, il invite les Burkinabè à sortir massivement le 13 décembre prochain pour demander justice pour les suppliciés de Sapouy et toutes les autres victimes de violence en politique.

Une trêve sociale ? Pourquoi ?

Ces derniers jours, des rumeurs font état d’une éventuelle trêve sociale que les syndicats voudraient accorder au nouveau président Roch Marc Christian Kaboré. Une conférence de presse de l’Unité d’action syndicale est prévue le lundi 14 décembre pour donner des éclairages sur la question, mais aussi sur la grève générale lancée lors du putsch de septembre 2015 qui est suspendue depuis quelques temps mais non encore levée. D’ores et déjà, tout porte à croire qu’il ne sera pas question de trêve sociale, à entendre le président de la CCVC, Bassolma Bazié. « Une trêve sociale, son synonyme, c’est le calme social ou la paix sociale mais la paix sociale est une conséquence qui découle d’une cause. Cette cause, c’est la gouvernance politique, économique, sociale et culturelle. On ne peut pas aller d’une conséquence à une cause. C’est comme si on disait à quelqu’un couche- toi, on amène une machette, on le cisaille et on dit ne pas crier, on est en trêve sociale. (…) Pour approfondir, on vous donne rendez-vous le lundi à 10h », lance-t-il.

Moussa Diallo
Lefaso.net

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