De John AZIAMOUR, Chants et Silences à Mélo

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De John AZIAMOUR, Chants et Silences à Mélo, (Recueil publié aux éditions Bergame, Paris 2017)

D’abord, il faut lire en verlan les noms des localités, comme nous le trouvons dans le leitmotiv du poème intitulé Témoignez-en ! (page 55)

À Raka, la racaille allume le feu.

À Mélo, le mélodrame attise le feu.

C’est en effet une histoire de feu et de sang. Il restait peut-être à préciser que Mélo et Raka se situent au Goto, toujours en verlan, et que des gens prennent plaisir, trouvent tous leurs intérêts à mettre le Goto à feu et à sang. Histoire de machettes brandies çà et là, de fusils, de balles, de bombes larguées à partir des avions de l’armée, presque à chaque page tout au long d’un règne de cinquante ans, histoire de crocs d’un grand chien musclé arborant des lunettes noires au royaume des chiens, déchirant, déchiquetant ses proies, histoire de scie, si elle vous était contée (cf. le poème Des scies, page 15 ), histoire de fleuves et de marigots de douleurs, de larmes, de cris ou de fleuves tout court dans lesquels hommes, femmes, enfants précipités se noient, appelant en vain au secours. Enfin, histoire d’un trône que l’on veut coûte que coûte consolider, même porté par des crânes humains, comme ceux de nos anciens rois traités de sanguinaires.

Pendant ce temps, le règne brille, flamboie dans le miroir du Glaive de Kodjo (p. 27-28) qui, bien sûr, possède tout le bagage intellectuel, tout l’armement verbal pour se défendre d’être un podosant ( (Le petit capitaine et le vieux bateau, p. 35-36), dans Le Glaive de Kodjo :

« …Le clan continue son festin

Les gueules s’abandonnent au vin rouge

Et le clan nourrit ses devins

Nos bourreaux exorcisent l’ivresse rouge

Du sang qui coule partout

Des huit cents âmes en tout

Et la fête continue… » (p.28)

Mais, c’est aussi un long chant possédant une allure vive, donc un refus de la résignation pleurnicharde, presque une marche dans l’espoir d’une libération qui pointe à l’horizon, l’éclat de « l’or de l’humanité ».

Et le chant est servi par l’ironie. John Aziamour est de la race des ironistes, dont Jankélévitch écrit :

« L’ironiste ne veut pas être profond ; l’ironiste ne veut pas adhérer, ni peser ; mais il touche le pathos d’une tangence infiniment légère, et quasi impondérable… » (Jankélévitch, in L’ironie, éd. Flammarion, 1964, p. 33).

Nos sages ne diraient-ils pas en mina : « Ne eve wo tchᾶ a sↄ ko » ( Même si ça te fait mal, il faut en rire ).

En rire pour dépasser le stade de la douleur et entrer dans celui de l’action pour sortir de cette situation qui fait mal. Tel est le message de John Aziamour.

L’humour ici est servi de la caricature, remarquable dès la couverture où l’on assiste à ce festin que se donne l’actuel représentant du clan, assis dans un fauteuil, portant deux femmes aux rondeurs en relief sur chacun de ses genoux, foulant aux pieds le Goto (c’est-à-dire ce pays aux valeurs renversées dont nous parlons.). Chacun des trois personnages tient en main son verre (de sang) et boit, tandis que des hommes et des femmes naufragés tentent, tant bien que mal, de nager pour s’en sortir. Ou encore cette autre illustration de la page 22 où le coq moustachu, écrasé par un énorme glaive, tente de se dresser, de déployer ses ailes, pour fuir ( ses responsabilités d’intellectuel ? ) face à une machette brandie en sa direction, et laisse s’éparpiller les feuillets de son livre ( les valeurs que de manière livresque il connaît peut-être ) alors que des crânes au sol l’entourent de partout.

Lisez Chants et Silences à Mélo de John Aziamour ou plutôt chantez ces textes avec l’auteur, car John Aziamour est avant tout un chanteur. Chantez en prenant aussi le temps nécessaire d’observer des silences, c’est-à-dire de vous livrer à la réflexion, car John Aziamour est aussi un penseur.

Commentaire de Sénouvo Agbota ZINSOU

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