Cynisme politique ou insouciance ? [Chronique de Kodjo Epou ]

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Le pire lui pend au nez et n’est malheureusement pas derrière tant que ces AK47 seront toujours dans la nature. A moins que ce soit lui-même qui organise ces braquages pour créer une peur générale en prévision d’une présidentielle alambiquée. 

Ici, pas question d’un pessimisme infondé. Mais, du constat d’une noire réalité qui s’ouvre sous nos yeux impuissants. Braquages ou plan de rébellion ? Faure Gnassingbé est désormais au cœur de bouleversements internes dont on ne connaît encore ni les véritables tenants ni les inévitables aboutissants. Les tares principales de sa gouvernance sont en bout de course. Ses pilules ne passent plus. Un jour ou l’autre, le sans-gêne qui dirige le Togo comprendra pourquoi lorsque des AK47 et des milliards de CFA se retrouvent dans la nature, dans des mains inconnues, priorité devrait revenir à la sécurité de la population, en lieu et place d’un incongru « Conseil national de sécurité maritime ». Cynisme politique ou insouciance, avons-nous dit.

Nous y sommes en plein. Et il faut être sourd ou aveugle pour ne pas s’en rendre compte. L’hydre du grand banditisme est dans la cité. Et, à voir la façon dont elle opère, il sera quasiment difficile de la contrôler. Les braquages en plein jour : c’est de cela qu’il s’agit. Ce phénomène monstrueux est bien le triste résultat du pilotage à vue de Faure Gnassingbé. Elle se nourrit de la gouvernance tordue du président chez qui, en plus de sa mauvaise foi caractérisée, se retrouvent les trois principaux vices de Satan : tromper, détruire, voler. En dix ans, sous lui comme sous son père en quarante ans, le Togo en est toujours à une démocratie contorsionnée.

Si beaucoup de gens s’inquiètent de la multiplication des braquages à l’Italienne tant dans la capitale qu’en dehors, très peu les condamnent. C’est pourquoi lorsque l’ancien Premier Ministre Joseph Kokou Koffigoh a essayé, à travers un poème, de s’inquiéter de la gravité du phénomène, ses lecteurs n’ont pas fait dans la dentelle pour fustiger le rescapé du 3 décembre 1991. Les gens n’ont surtout pas apprécié que ce soit lui, Koffigoh, qui appelle la population à aider la police dans sa traque des « malfrats dangereux » qu’il va jusqu’à suspecter de vouloir constituer une armée parallèle, donc une rébellion, avec le magot dérobé. C’est le lieu de questionner, ouvertement, cette peur diffuse qu’à l’ancien premier ministre de voir naître au Togo une rébellion armée. Il n’y aura pas de rébellion. Mais ce pouvoir mafieux du RPT/UNIR, qui a fini d’escalader tous les vices de la terre et qui, depuis un certain temps, s’est transformé en ogre pour manger ses propres enfants, tombera de lui-même. Les opérations de vol à mains armées en plein jour ne feraient ni froid ni chaud à grand monde, si elles ne provoquaient pas des effets collatéraux ou des victimes innocentes.

N’est-ce pas qu’une autre rébellion existait déjà au Togo depuis des années ? Un peuple qui cesse de cultiver son histoire s’apparente à un arbre sevré de sa sève. Les éléments des FAT qui avaient exécuté la piteuse guerre du RPT contre le gouvernement de transition et qui ont tué, à la primature, leurs propres camarades d’armes avant de capturer le locataire Me Koffigoh, n’étaient-ils pas des rebelles? En effet, ils ne l’étaient que trop, soulevés contre le processus démocratique, contre l’état de droit que les forces vives de la nation avaient ensemble décidé de construire. Ces soldats qui braquaient, plastiquaient impunément domiciles et magasins privés bien ciblés étaient des malfrats officiels, payés par le trésor public c’est-à-dire avec l’argent du contribuable. Ces individus dangereux trompeusement appelés « éléments incontrôlés des FAT » sont restés en activité et ont récidivé en 2005 pour placer Faure Gnassingbé à la magistrature suprême. Et les stigmates de cette période de violence inouïe dans les bureaux de vote sont restés dans les mémoires surtout dans nos villes et villages martyrisés parce que considérés comme étant des fiefs de l’opposition. Les rebelles contre l’état de droit au Togo existent bel et bien depuis. Et c’est sur eux que compte encore Faure Gnassingbé pour soumettre notre peuple à ses desiderata, refusant obstinément de faire les réformes que le monde entier lui réclame avant la prochaine présidentielle. C’est sur ces rebelles « officiels », de véritables intouchables, que malheureusement d’autres groupes, si on n’y prend garde, pourraient prendre exemple.

Autrement dit, si par la force des choses la rébellion dont a tant peur Koffigoh venait à naître un jour dans notre pays, on ne pourra y voir que la fumée du feu que le RPT a depuis 1990 allumé dans notre pays et qu’aujourd’hui encore Faure avive au lieu de chercher à l’éteindre. On pourrait alors dire, la rébellion appelle la rébellion. Voilà ce qui est la noire réalité que la soif maladive du pouvoir de Faure Gnassingbé va engendrer. Les Togolais veulent croire que les individus qui ont emporté les milliards en circulation sur le marché noir dans le parking de l’aéroport ne sont que de simples voleurs. Mais ici aussi, il ne faut pas vite aller en besogne pour les condamner comme a semblé le faire Me Koffigoh avant de les avoir arrêtés et écoutés devant une juridiction qualifiée, laquelle notre pays n’a pas non plus. Leur acte, au cas où ils ne seraient que des bandits de grand chemin avide d’argent facile, ne serait que la réplique ou l’imitation d’un vieux phénomène récurrent chez nous: « moi aussi j’ai pris ma part ». Les témoins des années de plomb sous Eyadéma connaissent l’auteur de cette phrase. Il ne faut donc pas s’étonner si les braqueurs d’Avépozo, Adétikope, Adawlato et de l’aéroport venaient à revendiquer d’avoir eux aussi pris leur part, notre pays étant transformé par ses dirigeants en une baleine en perdition échue sur la côte dont tout le monde vient couper une partie de la chair pour sa consommation.

Comment peut-on condamner ces braqueurs lorsqu’il se révèle que le vol est devenu un sport national, lorsque depuis le sommet de l’état s’organisent de gigantesques sorties frauduleuses d’argent liquide quand, au même moment, les enseignants qui éduquent notre jeunesse, l’avenir de la nation et les infirmiers qui soignent nos populations déprimées, doivent à peine survivre avec des salaires de misère. Comment la population peut-elle se porter volontaire pour aider la police à arrêter les malfrats ? Cette police politique qui sert de bras de répression du RPT, le parti ayant bâti dans la sous-région les plus gros silos de moignons de chair humaine et de fémurs moulinés. Qui voudra risquer sa vie pour ce régime ? Lors des assauts à l’aéroport comme dans les autres localités, il y a eu mort d’hommes. C’est triste et c’est condamnable ! Certes mais il faut autant dénoncer le président qui refuse de donner les bons exemples. Que fait-il, le chef de l’état, pour moraliser la vie publique ou décrisper le climat socio-politique? Rien. Bien au contraire, désespérément accroché au pouvoir, il continue de jeter certains Togolais en prison ou sur le chemin de l’exil en agitant des raisons saugrenues qui ne trompent personne. Faure Gnassingbé doit moderniser ses instincts. Il doit apprendre à écouter aussi bien les citoyens que les événements, et non seulement ses impulsions congénitales de fils d’un tyran. Passer outre et continuer à gouverner par distorsions superposées, son programme trompeur de « mois du civisme et de la citoyenneté » qu’il vient de mettre en route restera vain.

Le pire lui pend au nez et n’est malheureusement pas derrière tant que ces AK47 seront toujours dans la nature. A moins que ce soit lui-même qui organise ces braquages pour créer une peur générale en prévision d’une présidentielle alambiquée. Dans tous les cas, il nous revient à nous tous, en tant que citoyens ayant le droit inaltérable d’intervenir dans les affaires publiques de notre pays, de nous lever comme un seul homme pour demander aux FAT de se désolidariser de la famille Gnassingbé, de déposer définitivement ces armes qu’ils retournent épisodiquement contre le peuple. A nos juges et magistrats, ils doivent savoir qu’il est temps de commencer à dire le droit. C’est seulement à partir de ce moment que, petit à petit, les esprits vont se désarmer, la morale va reprendre sa place dans les comportements individuels pour se substituer au vice et que les actes de désespoir vont s’éloigner de la cité. Notre pays est trop pourri vers le haut. Il y a donc de bonnes raisons que les choses se gâtent en bas : ceci explique cela. On ne peut pas ignorer ces causes très palpables pour ne traiter que leurs effets.
L’école inférieure que Faure pratique année après année, faite de l’arrogance, du déni du droit, de l’entêtement et de la méchanceté, du défi et de l’immoralité dans lesquels il s’est retranché, loin des aspirations du peuple, va le conduire à sa propre chute. C’est toujours au regard du même principe de cause à effet et du devoir d’équilibre de la nature qu’un plan supérieur pourrait s’exécuter à tout moment pour rendre justice au peuple togolais et descendre de son piédestal Faure Gnassingbé ci-devant commandant-en-chef autoproclamé.

Kodjo Epou
Washington DC
USA

 

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