Côte d’Ivoire : Mutins Vs Ouattara: Ils ne peuvent mentir, lui, si ! [ Par Arsène Dogba, Politologue]

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Des jeunes gens sont fâchés contre vous parce que, disent-ils, vous refusez de tenir une promesse envers eux. Après plusieurs tentatives infructueuses de trouver discrètement un compromis avec vous, ces militaires décident de manifester bruyamment. Sur la place publique, ils crient leur indignation, et donnent l’unique raison de leur colère. Ces mutins disent clairement, à haute voix que vous les aviez mis en mission, entre 2002 et 2011, pour déloger le président Laurent Gbagbo. Et, selon vous, une fois la mission accomplie, vous donneriez à chacun d’eux la coquette somme de 5 millions de Francs CFA et une belle villa.

La diabolique mission a été accomplie le 11 Avril 2011. Ils ont tué, violé, violenté, torturé, arrêté et déporté nos leaders. Et, ils ont contraint beaucoup d’autres ivoiriens à l’exil. Pour eux et sans doute pour vous, la mission a été bien accomplie. Mais malheureusement depuis que vous êtes au pouvoir et que vous contrôlez tous ses leviers, ces militaires ont fini par découvrir votre arrogance et apprécient aujourd’hui, mieux que quiconque, l’orgueil et la haine qui vous animent et avec lesquels vous dirigez la Côte d’Ivoire. Vous êtes devenu subitement intouchable, disent-ils. Et quand ils ont la chance de discuter avec vous par personne interposée, vous demeurez intraitable dans vos prises de positions vis-à-vis d’eux.

Toutefois, ils reconnaissent que grâce à votre politique de rattrapage ethnique, ils ont tous intégré l’armée nationale. Ce qu’ils apprécient à juste titre, même s’ils précisent que cette mesure tribaliste n’était que la première clause du contrat qui vous lie. Après six années d’attente, ils n’en peuvent plus de rester inactifs face à votre attitude qui frise le mépris pour eux et pour la mission que vous leur aviez confiée. Depuis 2011, ils demandent leur argent et leurs belles maisons. Mais, nous sommes en 2017 et vous ne semblez pas comprendre et apprécier leur patience. Alors, ils ont décidé depuis le 6 Janvier dernier de se faire entendre bruyamment. Ils ont décidé de communiquer avec vous dans la langue que vous comprenez le mieux: celle des armes. Ils ont choisi sans trop le vouloir de troubler votre sommeil et de fragiliser votre autorité ainsi que celle de votre monarchie. Pour attirer le regard de vos concitoyens vers eux et sur vous, ils ont choisi de gaspiller les munitions et les armes prises dans les armureries de l’Etat ivoirien que vous leur aviez confiées.
En vue de ramener le calme et la quiétude dans les casernes afin de mettre les populations ivoirienne en confiance, vous avez négocié dare-dare avec les mutins, quelque part à Bouaké, et vous avez enfin accepté de payer votre dette envers eux. Oui, pour une fois de votre vie, vous avez accepté de négocier avec des mécontents, et décidé de tenir votre engagement. Certainement parce qu’il s’agit ici des hommes en armes et de l’utilisation de l’argent du peuple et non des opposants politiques et de votre propre argent.

Après avoir débuté l’opération de remboursement de votre dette avec l’argent du contribuable ivoirien, vous avez jugé utile de justifier ce décaissement inopportun de plus de 42 milliards de francs CFA. Dans vos explications, vous nous dites que les 8400 mutins ont menti sur la cause de leur mutinerie. D’après vous, contrairement à ce qu’ils veulent faire croire, l’argent des contribuables n’a pas servi à payer votre sale dette, mais plutôt à honorer un engagement que l’Etat ivoirien aurait pris envers l’armée entre 2007 et 2011 et qu’il n’aurait pas tenu.

Des mutins et vous, à qui devons-nous croire? Qui d’entre vous serait-il en train de mentir au peuple ivoirien? Si c’est eux, quelle serait leur motivation ? Si c’est vous le menteur, qu’est-ce qui vous oblige à mentir ? Autrement dit, quelle peut être la raison de ce mensonge d’Etat ? 

Dans cette affaire qui défraie la chronique, les ivoiriens essaient de comprendre. Parce que la situation actuelle dans leur pays entache davantage ce qui reste de la dignité de leur nation. Nous avons donc réfléchi longtemps pour comprendre et trouver qui de vos anciens mercenaires et vous a menti aux ivoiriens. Surtout, qui des deux camps a de bonnes raisons de tromper le peuple?
A ce jour, avec les informations à notre possession, nous sommes à mesure de trancher. C’est pourquoi, en toute impartialité, nous pensons que c’est vous qui, comme d’habitude, ne dites pas la vérité aux contribuables ivoiriens. En tant que débiteur, c’est vous que les mutins encaissent. Pour ramener le calme dans les casernes, c’est vous qui avez eu besoin de l’argent des contribuables pour vous acquitter de votre dette personnelle et consolider ainsi votre pouvoir qui était en train d’être mis à mal par la mutinerie. De vos créanciers et vous, celui qui doit des explications au peuple est bien vous. Non seulement parce que vous êtes le chef suprême des Armées, mais aussi et surtout parce que vous êtes la personne qui cherche à convaincre le peuple de l’utilisation de son argent.

Pas les mutins.

Supposons que les mutins aient menti, comme vous essayez de le démontrer sans convaincre, pourquoi leur avez-vous remis notre argent? Si tant est qu’ils ont tous menti, vous auriez pu refuser de leur verser une quelconque somme et vous auriez pris le peuple à témoin. Mais non, une fois que les armes ont crépité à travers le pays à partir de Bouaké, la capitale préférée de vos coups d’état et de votre rébellion, vous avez envoyé le ministre de la défense les rencontrer. Et, vous avez accepté de verser 5 millions à chaque ancien rebelle qui avait entre temps levé les enchères en doublant leurs primes. Cette mission qui devait être faite par un membre de votre famille, l’a été par un représentant de l’Etat. En le faisant, vous avez ainsi décidé de faire payer votre dette par l’Etat comme vous l’aviez déjà fait avec beaucoup de pays et des hommes d’affaires qui vous ont aidé à prendre le pouvoir par les armes dans la même période. Au lieu d’assumer vos responsabilités auprès de vos nombreux créanciers, vous continuez de faire endosser vos dettes à l’Etat de Côte d’Ivoire.

Et, vous voulez nous convaincre que vos créanciers mutins ont menti. Non, nous ne pouvons vous croire. Parce qu’entre nous, comment 8400 personnes peuvent-ils mentir en même temps? C’est impossible. Voulez-vous nous faire croire que vos anciens mercenaires sont tous contre vous ? Les ivoiriens se retrouvent inconfortablement dans une situation de la parole des mutins contre la votre. D’ailleurs, comment pourraient-ils mentir tous sur le même sujet? Vos anciens mercenaires vous aiment et continuent malgré tout de vous aimer. Ils n’ont jamais caché le soutien qu’ils vous accordent. Et nous le savons. C’est pourquoi nous sommes arrivés à la conclusion que c’est vous qui continuez de mentir aux ivoiriens.

En 2011, vous nous aviez dit que notre pays allait surprendre le monde. Notre pays semble bien parti dans cette logique de surprendre le monde avec ses fausses élections et ses faux dirigeants, ses faux indices économiques et son faux développement, sa supposée croissance à deux chiffres et sa fausse stabilité politique, sa fausse réconciliation et sa fausse démocratie…Hélas ! Comme on le voit bien, la Côte d’Ivoire continue de surprendre le monde depuis votre arrivée au pouvoir. Et, il est clair qu’elle continuera sur cette voie aussi longtemps que vous présiderez aux destinées de ce pays.

Depuis six ans, les ivoiriens souffrent dans tous les domaines de leur vie. La liberté et la justice ont foutu le camp. La pauvreté, l’injustice, et l’insécurité, pour ne citer que ces trois maux seulement, se rivalisent pour renforcer le nombre de leurs victimes. Pendant ce temps, « l’argent travaille », comme vous le dites pour narguer les ivoiriens. Et, il continuera peut-être encore de travailler pour longtemps.

Aujourd’hui, pouvons-nous voir, sans que vous ayez besoin de le dire, la croissance pour laquelle l’argent a longtemps travaillé sans passer dans les mains des ivoiriens ? Confirmez-vous qu’elle est réellement là ? Déborde-t-elle ? Est-ce cette croissance qui a permis la distribution des dividendes aux rebelles ? Si oui, n’avons-nous pas le droit de vous demander pourquoi vous n’avez pas décidé de distribuer le fruit de ce progrès économique à tous les citoyens ivoiriens? En réalité, personne n’attend une réponse de vous à toutes ces interrogations. Il semble que votre choix de partage n’a pas trahi votre vision pour la gestion de notre pays en relation avec votre plus grand projet politique: la suprématie des peuples du nord sur ceux du sud ou le rattrapage ethnique. Malheureusement pour vous, pour une fois, les ivoiriens ont le courage de vous dire non. Un non assourdissant et qui ne tardera peut-être pas à être violent face à vos menaces permanentes des responsables syndicaux. Face à vos méthodes liberticides.

Toutes les couches sociales, l’ensemble des autres ivoiriens que vous avez longtemps méprisés veulent que le partage du fruit de la croissance économique de leur pays soit reversé sans exclusif à chaque fonctionnaire. A ce niveau, malgré les menaces de vos milices, ils ne semblent pas prêts à céder. Ils sont plutôt déterminés à aller jusqu’au bout.

Comme on le constate, sans vous en rendre compte, le mensonge et la haine viennent de vous laisser dans un carrefour qui s’ouvre sur deux voies menant à la même destination: la fin de votre règne. Si les mutins ont menti, cela n’impliquera pas forcement que vous avez dit la vérité aux ivoiriens, mais plutôt que vous avez trahi en détournant leur argent. Si c’est vous qui avez menti, c’est encore plus grave. Mais, au lieu de chercher à vous traduire devant un tribunal qui n’existe pas sous votre règne, ils ont choisi de passer tous à la caisse pour jouir comme les 8400 mutins du fruit de la « croissance économique à deux chiffres et de l’émergence » que vous prônez dans tous vos discours. En attendant le passage des autres couches sociales, le peuple encourage la Gendarmerie et les autres corps habillés à réclamer leur part du gâteau.

Par Arsène Dogba, Politologue

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