Côte d’Ivoire – L’improbable réconciliation de Ouattara avec le Fpi – A quand la fin de l’histoire ?

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Les dissensions actuelles au Fpi relèvent simplement de cette volonté de l’adversaire Ouattara qui a trouvé des ouvriers dans ce parti pour l’accomplissement de cette mission

A quand la fin de l’histoire ?

Entre Alassane Ouattara et le Fpi l’histoire a commencé en 1990 et elle suit son cours. Le premier acteur a pour lui l’aversion pour la contestation et la contradiction. Le deuxième fait de ces deux principes le socle de son action politique. Ouattara est de la droite, il est libéral jusqu’aux orteils quand le deuxième fait du socialisme pragmatique l’épine dorsale de son projet de société. Deux entités donc diamétralement opposées. Entre Ouattara et le Fpi c’est le désamour total après un bref moment de convivialité entre 1994 et 1995 à l’époque du Front républicain. Cette idylle entre deux politiques inconciliables a vécu.

Alassane Ouattara fait une irruption sur le landerneau politique ivoirien au début des années 90 quand le président Houphouët-Boigny, sur recommandation des bailleurs de fonds internationaux, le nomme d’abord comme président d’un comité interministériel pour le redressement de l’économie ivoirienne alors au bord du gouffre. Les programmes d’ajustement structurel des années 80 n’ayant rien pu dans une Côte d’Ivoire exsangue et en proie à une crise sociale sans précédent. Même le plan Moïse Koumoué Koffi, du nom du ministre ivoirien des finances d’Houphouët, n’a pas séduit les partenaires de la Côte d’Ivoire, lui préférant le plan Ouattara, l’homme de la finance internationale venu de la Bceao. Quand il est nommé finalement Premier ministre en 1990, c’est un homme avec pleins pouvoirs qui entreprend des réformes impopulaires privant certaines catégories de fonctionnaires de plusieurs avantages acquis sans coup férir durant les années fastes. Les enseignants paieront le prix fort avec la mesure de raccrochage. Des agents de l’Etat sont licenciés des hôpitaux et des sociétés d’Etat. Les étudiants perdent tous leurs privilèges. Un train de mesures qui se présentaient alors comme du pain béni pour le Fpi de Laurent Gbagbo qui voit ses rangs grossir par les victimes du plan Alassane Ouattara. La Côte d’Ivoire s’installe dans une période d’instabilité avec la perte du mythe houphouétien. Contestations tous azimuts, marches de protestation, création de nouveaux organes de presse, création de syndicats dont la puissante Fesci chez les étudiants, le Synares et le Synesci dans l’enseignement supérieur et secondaire. Le Fpi capitalisait tous ces mouvements pour son compte et cela n’est pas fait pour plaire à Ouattara qui voit ainsi son action contrariée. Lui, le grand technocrate soutenu par les puissances financières. Cet affront, il devait le laver. La maladie d’Houphouët aidant, il s’arroge des pouvoirs au-delà des limites. Gnamien Messou du Synares se souviendra encore pour longtemps, de l’une de ses rencontres avec le Premier ministre Ouattara qui a vertement menacé d’arrêter tous ceux qui menaient la fronde à l’université. Ouattara n’a jamais voulu se mettre dans une posture de négociation, préférant l’imposition de ses idées.

La marche du 18 février 1992 fut l’occasion pour l’homme de croquer du Fpi. Et Laurent Gbagbo fut un veinard. Il a échappé à un plan d’assassinat pour un emprisonnement à la Maca. Ceux qui ont vécu ses événements se souviennent encore d’un Premier ministre jouant sur tous les plans : à la fois policier, gendarme, procureur et juge. A la conférence de presse qu’il organise après l’arrestation de Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara affirme que Le secrétaire général du Fpi d’alors a été pris en flagrant délit de casse. Cette période-là, où le Fpi était comme un os dans sa gorge et un vrai contre-pouvoir à son désir d’hégémonie, Ouattara ne l’a pas oubliée. Le Fpi non plus.

Devenu président dans des ‘’conditions calamiteuses’’ en 2000, Alassane Ouattara et le Rdr constitué depuis 1994 comme un parti politique ne donneront aucun répit à Laurent Gbagbo. Ce dernier, dès les premières heures de sa gouvernance va affronter l’affaire du charnier de Yopougon. Près de 57 corps amassés non loin de la prison civile d’Abidjan, à la lisière de la forêt du Banco. Si Gbagbo esquive ce coup avec le jugement de cette affaire, il n’aura pas d’autre choix que de consentir à la partition du pays en 2002 après une deuxième tentative de coup d’Etat manqué. Il est l’œuvre de soldats déserteurs de l’armée ivoirienne, tous proches d’Alassane Ouattara, aidés dans leur tâche par des civils qui se recrutent au sein du Rdr. L’on se souvient d’un certain adjudant Beugré, pseudonyme d’Alain Lobognon alors membre des services de communication d’Alassane Ouattara et aujourd’hui ministre de la jeunesse. Guillaume Soro qui se proclame plus tard chef de la rébellion était colistier de Henriette Dagri Diabaté aux législatives de 2000 que le Rdr a finalement boycotté après le rejet de la candidature d’Alassane Ouattara sous le régime Gbagbo. Laurent Gbagbo n’aura véritablement eu qu’un an et demi de gouvernance autonome. Pour le reste, il a composé avec la rébellion et tous ceux qui gravitaient autour de celle-ci, sur un programme qui n’était plus le sien mais celui de la communauté internationale sous les auspices de la France. Son image s’en trouvera gravement écornée à coups de tintamarre médiatique savamment orchestré par les réseaux pro-Ouattara. Tour à tour, de sales dossiers à sa charge sont montés. Les plus grotesques sont ceux des « escadrons de la mort », « l’assassinat de Guy André Kieffer », « la répression d’une marche de l’opposition à Abidjan ». Pendant dix ans Ouattara ne lâcha point Gbagbo d’un pouce.

Quand il prend le pouvoir le 11 avril 2011, dans les décombres des bombardements de la coalition franco-onusienne, huit mois ont suffi à Alassane Ouattara pour expédier Laurent Gbagbo à La Haye, à défaut de l’anéantir physiquement. Ouattara campe désormais sur la mort politique de son adversaire qu’il redoute tant. Avec la ‘’disparition’’ de Gbagbo du paysage politique de la Côte d’Ivoire, il ne serait pas malheureux de voir son parti subir le même sort. Les dissensions actuelles au Fpi relèvent simplement de cette volonté de l’adversaire Ouattara qui a trouvé des ouvriers dans ce parti pour l’accomplissement de cette mission. Le Fpi ne s’avoue pas vaincu pour autant. Il tente de résister au vent de la déstabilisation et se dresse aux obstacles d’Alassane Ouattara, l’adversaire de toujours.

L’histoire est si profonde, ses sources si lointaines que l’offre de réconciliation d’Alassane Ouattara du bout des lèvres et à ses conditions ne peuvent trouver une grande oreille attentive dans ce parti. Surtout qu’il y a un fait fâcheux, un scénario catastrophe dont le Fpi n’avait jamais rêvé : le transfèrement de Laurent Gbagbo, qualifié de déportation pour les besoins de la communication. Tant que Laurent Gbagbo restera à La Haye, il y aura une sorte de lutte sans fin entre Ouattara et le Fpi. Et comme l’a réussi le Rdr en son temps, le Fpi n’est pas loin d’écorner l’image du président ivoirien présenté aujourd’hui comme un geolier, un dictateur qui emprisonne à tour de bras ses opposants. Pour sûr, le Fpi poussera Ouattara à la faute jusqu’à ce que, à son tour, il subisse les conséquences de ses propres tribulations. Une sorte de piège sans fin comme dirait l’écrivain béninois Olympe Bhêly-Quénum, un vrai cercle vicieux et improductif pour un pays qui a vraiment besoin de paix.

SD Connectionivoirienne.net

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