Chroniques des veilles VII : Les dates mortes : 27 avril, 05 octobre et consort [ Gomalex Anani LOGO ]

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Sans doute que le régime se sert de ces appels de pied comme caution démocratique pour se prévaloir d’une ouverture

« J’ai raté 9000 tirs dans ma carrière. J’ai perdu presque 300 matchs. 26 fois, on m’a fait confiance pour prendre le tir de la victoire et j’ai raté. J’ai échoué encore et encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi je réussi. ». (Michael Jordan, basketteur)
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« A quoi bon, compagnons, évoquer le passé alors que l’œuvre colossale est devant nous dans le futur » (Michel Kinvi, Discours à ma génération)
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. Au Togo, on s’intéresse de moins en moins à un 05 octobre 90 ou à un 27 avril 1958. C’est de bonne guerre ! Les artisans de ces journées de bouleversements historiques sont devenus (plutôt on les a fait devenir) des reliques de temps irrémédiablement révolus que quelques nostalgiques rappellent à notre mémoire par le truchement des fêtes anniversaires devenues, elles aussi, ennuyeuses. Les nouvelles techniques de communication en nous imposant l’information brute, l’actualité et l’immédiateté, occultent les faits historiques ; maintiennent et favorisent leur oubli. L’histoire est méconnue de plus en plus. Le 05 octobre -avant lui le 27 avril- a pourtant été le point culminant d’un travail énorme qui s’est fait avec des jeunes qui ont manifesté des convictions fortes, qui ont manifesté une foi presque religieuse en la réussite ; une réussite qui ne pouvait pas ne pas être au rendez-vous. La Conférence nationale Souveraine et le Haut Conseil de la République que certains citent à tort et à travers pour avoir fait de la figuration dans ces instances ne sont, en réalité, le point de départ de rien du tout. C’était une étape dans le long processus d’humanisation de la vie politique. C’est dommage que quelques agités en eussent fait une classe de récréation et un défouloir. J’ai, moi, plus de respect pour un Jean Dégli, jeune et bouillant conférencier d’avant la Conférence Nationale Souveraine que l’avocat expérimenté qui paradoxalement s’infantilise dans des échanges avec un Claude Améganvi, lui, chantre d’un radicalisme hier applaudi mais aujourd’hui obsolète. J’ai plus d’admiration pour un Eloi Koussawo, audacieux et altruiste combattant du temps de la JANK (Jeunesse Action Nyekonakpoe-Kodjoviakopé) que le patron d’un MO5 évidé ; un patron réduit à jouer au père fouettard avec des vains communiqués annuels. Kangni Alemdjrodo, Kossi Efoui, jeunes et brillants écrivains, jadis téméraires dans leur engagement, devenus regrettablement de l’eau glacée -comme disait MaÏga dans les Guignol d’Abidjan.

L’opposition togolaise est devenue lisse. Elle n’a plus assez d’aspérité pour prétendre se distinguer par son rôle institutionnel du régime qui, en réalité, la formate à travers des attrape-nigauds dont le dernier en date est le statut de chef de l’opposition pour lequel les chefs de partis s’écharpent encore. On connait les poncifs de l’indispensabilité des élections et le cortège des grands principes qu’on nous martèle. Personne n’est cependant dupe : les élections telles qu’organisée au Togo sont de l’arnaque. Elles ont prioritairement pour but de rendre fréquentable un pouvoir prédateur et oppresseur. Cependant même qu’il est justifié le reproche fait aux partis et regroupements « dominants et dominateurs » comme l’ANC et le CAP 21 notamment, il faut reconnaitre que l’organisation périodique des marches de protestation est un gain pour l’opposition qui, noyée dans l’inaction, ne serait point visible autrement. Sans doute que le régime se sert de ces appels de pied comme caution démocratique pour se prévaloir d’une ouverture. Mais cette jactance est à haut risque puisque le fait de jouer avec des simulacres constitue un grain de sable dans la machine absolutiste, une épine dans le pied de ce régime qui doit permanemment y veiller- à son corps défendant, au risque d’en perdre le contrôle au moindre couac (des dictatures sont tombées pour mille fois moins que ça et celle dont nous parlons tombera !). Normalement le parlement aurait pu être le lieu d’une résistance pensée et assumée. Il n’en est rien. Le député Jean KISSI, Secrétaire Général du Comité d’Action pour le Renouveau(CAR) s’est nommé lui-même mouton parmi les moutons de la « chambre d’enregistrement ». Le miracle aurait été de devenir loup dans l’enclos bien gardé par les bergers du groupe UNIR.

Il s’ensuit que cette «résistance » a généré une difformité structurelle faite de paresse attentiste et d’entre-nuisance. L’opposition s’est tout bonnement contentée d’exister et a fabriqué des professionnels qui attendent leur salaire à la fin des mois en émargeant de temps en temps à la tribune facile des vociférations stupides. Ceux qui n’ont pas pu être distingués au point de devenir représentants du peuple à cause surtout de leur militantisme tardif, attirent de temps en temps l’attention sur leur petite personne en multipliant des assauts contre tout ce qui a été fait et bien fait avant eux. Les élections arrivent ! Ainsi sonne, pour l’opportuniste, l’urgence. Le 05 Octobre est aujourd’hui mort, comme son autre pendant le 27 avril. Mort comme les mots de tralala et autres slogans ânonner à longueur de temps sur nos têtes. Nous avons devant nous d’autres réalités et d’autres défis à relever qui demandent d’autres méthodes de lutte. Il fut un temps où « notre arme, c’est le Bic » comme le disait El-Hadj Coubadja Touré. Il fut un temps où le discours contradictoire se suffisait à lui-même et était pourvoyeur de liberté. C’est fini ce moment. La constante, en regardant de près les batailles gagnées, c’est l’engagement des hommes et des femmes de conviction qui ont foi en ce qu’ils font ; qui croient en des valeurs universelles comme le rappelle infatigablement le docteur Frédéric Galley. La constante, c’est l’engagement des hommes et des femmes pour qui la sacralité de la vie humaine recommande au mortel qui se sacrifie noblement, de se saisir comme un moment de la longue chaine de vie pour en assurer divinement, dans la grâce, la perpétuation. C’est cela un mahatma Gandhi, c’est cela un Nelson Mandela., c’est cela un Marcus Garvey, c’est cela un mouvement Rastafari. C’est cela un Luther King. Il ne s’agit pas de sigle racoleur en lettres capitales, ni de dénudations impudiques et blasphématoires ni de proclamation urbi orbi d’un pacifisme de lâches.

Il est temps de revenir aux fondamentaux du combat pour la démocratie sans pour autant se lancer encore( oh Ata !) dans des définitions marathoniennes du concept déjà assez maltraité. Quand vous allez voir le pauvre paysan, à Mango, dépossédé de ses terres et que vous lui parlez de droit de l’homme ou que vous lui récitez Montesquieu, certainement qu’il vous regardera avec des yeux hébétés et vous prendra pour un lilliputiens descendu d’une autre planète. Parce que le pauvre hère connait mieux que votre monsieur Montesquieu ou votre savant de Voltaire ses besoins à lui ; il n’a pas pour se faire, à lire dans vos livres et autres statuts de parti politique. Il les vit, dans sa chair, au fond de ses entrailles ! Mais lorsque vous direz à cet homme, viens, frère, allons reprendre ta terre confisquée, son visage s’illuminera et il vous suivra en toute confiance. Nous en sommes là. L’opposition doit rompre radicalement avec le renoncement permanent qui l’a transformée en alliée objective de la dictature. Cette institution, par l’attitude responsable de ceux qui l’animent, doit s’institutionnaliser davantage pour survivre à ces hommes et femmes que nous voyons aujourd’hui et qui, vieillissant, doivent humblement passer le témoin.

Faisons le vœu que nous allons tous participer dès à présent, et jamais plus complaisamment, à ce new deal. Il n’y a pas de togolais UNIR ni de Togolais CAP 21 ni d’aucun autre togolais en marge du Togo. Amorin Tavio nous le rappelait « l’histoire est à nous et c’est les peuples qui la font »

« …If you get down and quarrel everyday (Si tu déprimes et te disputes tous les jours)
You’re saying prayers to the devil, I say (Tu fais des prières au diable, écoute)
Why not help another on the way (Pourquoi ne pas s’aider les uns les autres en chemin)
Make it much easier (Rendre tout ça plus facile)
Say you just can’t live that negative way (Ecoute, tu ne peux simplement pas vivre de cette façon négative)
You know what I mean (Tu vois ce que je veux dire)
Make way for the positive day (Laisse la voie libre pour le jour positif)
Cause its a new day (Car c’est un jour nouveau)
New time, new feeling yeah ! (Nouvelle époque, nouveau feeling ouais !)
Say it’s a new sign (Écoute c’est un signe nouveau)
Oh what a new day (Oh, quel jour nouveau). »

(Positive vibration, Bob Marley. Source : www. Lacoccinelle.net)

Bonne Année.

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