« Charlie Hebdo « : François Hollande embrasse Faure Gnassingbé

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« Je suis Charlie » pour défendre la liberté d’expression et de la presse en France et pas au Togo

 

 

 

 

Rappelons que si la liberté de chacun s’arrête là où commence celle de l’autre, tout le problème vient du lieu où chacun met le curseur. Au Togo, ce curseur a conduit à mettre en prison de nombreux journalistes quand certains comme le feu Atsutsé Kokouvi Agbobli, le Directeur d’un Journal local n’ont pas tout simplement été assassiné au mois d’août 2008 8. Pourtant, le Président du Togo, Faure Gnassingbé, introduit par le Président Macky Sall, a embrassé François Hollande à Paris. Rassurez-vous, ce n’était pas sur la bouche ! Si officiellement, personne n’a été invitée, on peut se demander si Faure Gnassingbé a arborée « Je suis Charlie » pour défendre la liberté d’expression et de la presse en France et pas au Togo.

Ou alors, est-ce qu’il s’agit pour la France de récompenser l’autocrate président d’un petit pays qui refuse de faire des élections locales depuis plus de 10 ans qu’il est au pouvoir alors le Togo a fourni des troupes pour soutenir la France dans ses opérations militaires en Afrique dont le Mali. Ou encore, le « je suis Charlie » de Faure Gnassingbé, fils d’Etienne Gnassingbé Eyadéma qui a dirigé le Togo pendant 38 ans par la force, l’intimidation et le blocage de la liberté d’expression et de la presse sauf pour faire l’éloge de sa gouvernance-autocratique ou celui de son parti sans démocratie ? Est-ce encore peut-être pour rappeler au monde que la France de François Hollande n’a pas de problème avec ce genre de dirigeant africain dès lors qu’il a réussi à changer la Constitution de 1992 du Togo en catimini, alors que cette Constitution a été adoptée par référendum par le peuple togolais ? C’est bien Faure Gnassingbé qui a fait modifier par le parlement dominé par son parti (RPT/UNIR (Rassemblement du Peuple Togolais) devenu Union pour la République, en avril 2012 9) cette Constitution qui a supprimé le 2e tour lors des élections présidentielles et législatives. Mais en recevant un Président du Togo qui refuse entre autres choses :

de recenser la Diaspora togolaise de plus de 2 millions de personnes et donc de les associer au droit de vote ;
de revoir le fichier électoral sur des bases consensuelles avec les partis de l’opposition pour les élections présidentielles prévues en mars 2015 ;
de garantir des élections fondées sur la vérité des urnes en acceptant la parité entre opposition et le parti au pouvoir au sein de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ;
de laisser la justice travailler en toute indépendance en l’instrumentalisant au point de faire de l’impunité et l’absence de vérités des comptes publics, le droit commun et non l’exception au Togo ;
de réduire le déficit de l’Administration centrale en faisant passer le solde budgétaire global hors dons de -3,6 % du Produit intérieur brut (PIB) à sa prise de pouvoir dans le sang en 2005 à ‑7,6 % du PIB en 2014 10, témoignant sa qualité de gestionnaire alors que pendant la même période la croissance économique du pays s’est améliorée passant de 1,2 % à 2005 à 5,6 % en 2015 grâce aux recettes engrangées par le port en eau profonde et le travail des citoyens togolais ; et non moins important,
de réduire la corruption puisque toutes les entreprises publiques du pays sont dirigées par les personnes nommées par lui avec un taux de 90 % de mauvaise gouvernance ;

François Hollande a-t-il pris la mesure des contradictions importantes de la position de la France auprès des peuples africains de moins en moins manipulables ? Que faut-il penser de sa décision d’exfiltrer, pour des raisons humanitaires, et discrètement, l’ex-Président Blaise Compaoré du Burkina Faso vers la Côte d’Ivoire, puis vers le Maroc et apparemment vers le Togo ? Faut-il remercier un autocrate pour avoir accepté de cacher un autre autocrate au Togo, pour que le premier ne vienne pas demander un asile politique en France compte tenu des nombreux services rendus à la France par le Burkina-Faso et au-delà, en Afrique ?

Néanmoins, les bruits qui courent sur le « soutien » supposé de François Hollande à Faure Gnassingbé, semblent conforter ce dernier sur ses chances de renouveler son sport favori, à savoir la contre-vérité des urnes lors des prochaines élections présidentielles prévues, en principe, en mars 2015 pour préserver sa famille à la tête de l’Etat togolais depuis 1967, ce par un troisième mandat consécutif à la tête du Togo pour cinq ans. Le mois de mars 2015 risque d’être encore un mois où une crise électorale risque de créer des morts… Les effets collatéraux des embrassades entre Faure Gnassingbé et François Hollande pourront alors être établis.

© Afrocentricity Think Tank. 20 janvier 2015.

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