Cas Blé Goudé. Strip-tease judiciaire à la Haye

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L’institution basée à La Haye a attendu vingt-deux mois pour «déclassifier» le mandat d’arrêt contre Charles Blé Goudé.

Combien de temps mettra-t-elle pour rendre publics ceux visant des pro-Ouattara ? Tout se passe comme si, en complicité totale avec le régime ivoirien, elle gagnait du temps tout en sachant que ses procédures n’iront nulle part. Et tout en s’assurant que sa seule vraie cible, le président Gbagbo, reste à l’ombre. Explications.

Est-ce une sorte de sentiment de honte suite à la bourde du ministre de la Justice Gnénéma Coulibaly, qui a révélé lors d’une conférence de presse ce qui était de toute façon un secret de Polichinelle – l’existence d’un mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale (CPI) contre Charles Blé Goudé – qui a poussé l’institution judiciaire basée à La Haye à sortir d’un bois au demeurant très clairsemé ?

En tout cas, la Chambre préliminaire I CPI a annoncé hier qu’elle «levait les scellés» sur le document qui devrait permettre d’extrader aux Pays-Bas l’ex-ministre de la Jeunesse et numéro un du Congrès panafricain des jeunes et des patriotes (COJEP).

«La Chambre préliminaire a conclu qu’il y a des motifs raisonnables de croire qu’au lendemain des élections présidentielles en Côte d’Ivoire, les forces pro-Gbagbo ont attaqué la population civile à Abidjan et dans l’ouest du pays, à partir du 28 novembre 2010, prenant pour cible des civils qu’elles pensaient être des partisans du candidat de l’opposition. Il est allégué que ces attaques revêtaient un caractère généralisé et systématique, ont été commises sur une longue période et dans une zone géographique vaste, et suivaient un mode opératoire général similaire.

En outre, elles auraient souvent été dirigées contre des communautés ethniques ou religieuses spécifiques et ont fait un grand nombre de victimes. La Chambre a également conclu qu’il y a des motifs raisonnables de croire que Laurent Gbagbo et son entourage immédiat avaient convenu d’un plan et qu’ils étaient conscients que la mise en oeuvre de celui-ci aboutirait à la commission des crimes allégués. En tant que membre de l’entourage immédiat de M. Gbagbo, Charles Blé Goudé aurait exercé un contrôle conjoint sur les crimes et apporté une contribution coordonnée et essentielle à la réalisation du plan. Il aurait eu le pouvoir de contrôler et de donner des instructions aux jeunes qui auraient été systématiquement recrutés, armés, entraînés et intégrés dans la chaîne de commande des forces de la Défense et de la Sécurité ivoiriennes, qui auraient été renforcées par des milices de jeunes et par des mercenaires loyaux à M. Gbagbo », peut-on lire dans un communiqué produit par la CPI. Rien de surprenant. Les mêmes accusations répétées à l’infini, qui s’appuient, comme on l’a constaté lors de l’audience de confirmation des charges contre le président Gbagbo, sur des éléments dont la solidité laisse franchement à désirer.

Strip-tease judiciaire à La Haye

Que retenir de cette annonce de la CPI, en mauvaise posture sur les dossiers ivoirien et kenyan et globalement mal vue dans une Afrique dont elle semble avoir fait son unique préoccupation ?

Premièrement, qu’il est difficile de saisir le sens du «strip-tease» judiciaire auquel elle se livre au sujet de la «situation» ivoirienne. A-t-elle la moindre explication rationnelle sur une attitude qui consiste à transmettre un mandat d’arrêt à Alassane Ouattara le 21 décembre 2011 et à rendre l’information publique près de 22 mois plus tard ? Elle gagnerait en tout cas à la communiquer à l’opinion publique, si sa réputation la préoccupe encore. Bien entendu, on aimerait demander à ses juges, s’ils daignent se débarrasser de leur langue de bois, s’ils entendent lever les scellés sur les mandats d’arrêt des «trois» pro-Ouattara qui sont censés créer un équilibre avec les «trois» pro-Gbagbo déjà désignés dans… 22 mois… ou dans 22 ans !

Quel est le sens des priorités qui conduit la CPI à demander le transfèrement de personnes déjà en prison, alors que d’autres personnes dont les mandats d’arrêt ont été transmis à leur chef politique, Alassane Ouattara, qui peut donc organiser leur impunité, sont en toute liberté, et peuvent profiter de leurs positions d’autorité pour intimider leurs victimes ?

Agenda caché

En réalité, la seule clé de compréhension de l’attitude a priori illogique de la CPI est la complicité notoire et scandaleuse qu’elle entretient avec Alassane Ouattara. En effet, si elle avait rendu publics d’autres mandats d’arrêt en dehors de celui visant Gbagbo, et surtout ceux visant les proches d’Alassane Ouattara, pendant tout le processus durant lequel la Défense du président Gbagbo ferraillait pour démontrer l’irrecevabilité de la plainte le visant, tout aurait changé de face. Ouattara aurait été obligé de faire un choix : soit il livrait ses proches, soit il sortait son arme consistant à dire que la Côte d’Ivoire peut désormais mener ses propres procès, et rendait impossible la poursuite de la procédure contre son rival.

La seule priorité de la CPI, de la «communauté internationale» qui l’alimente en rapports bidonnés et d’Alassane Ouattara est d’éloigner le plus longtemps possible Gbagbo de son pays, afin de faciliter la tâche à l’ex directeur général adjoint du FMI, qui peine à gouverner la Côte d’Ivoire.

A La Haye, on sait que le régime d’Abidjan ne livrera pas Blé Goudé, comme il ne livrera pas Simone Gbagbo. Et on se prépare à jouer avec lui à la comédie des requêtes, des rejets de requêtes, des requêtes en appel, etc… On gagne du temps, pour arriver au scrutin présidentiel de 2015 avec un Gbagbo embastillé. On perd du temps, tout en sachant qu’à un moment ou à un autre, on finira par le libérer et à mettre fin à la ridicule procédure ivoirienne…

Théophile Kouamouo

 

 

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