Camus Ali: Il parle de la France, de Gbagbo ….

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Gbassikolo.com : Les togolais disent ne plus vous comprendre sur vos positions sur les élections en Côte d’Ivoire

Camus Ali : C’est moi plutôt qui ne comprends plus mes frères togolais dans leur position. Aussi, je ne suis pas obligé de m’aligner derrière la communauté internationale pour être citoyen du monde. Le cas ivoirien devrait interpeller plus mes frères à réfléchir et se demander pourquoi cette hargne de l’Occident sur un pays, ses institutions et son président. Les intérêts, les appétits économiques sur ce pays sont monstres au point que chacun veut tirer profit et le plus rapidement. Et les communistes, socialistes, conservateurs, libéraux, frontistes français le savent mieux que moi.

Gbassikolo.com : Vous semblez tirer sur la France …

Camus Ali : Je ne tire pas sur la France. Je tire sur les endormeurs professionnels des masses que sont les politiques français. Dans leur propre pays, entre eux ils ne sont d’accords sur rien. Sur les retraites, la politique, l’économie, l’environnement, le social…, ces messieurs arrivent même à se regarder en chien de faïence. J’en veux pour preuve Daniel Cohn Bendit des Verts et Francois Bayrou du MoDem qui ont failli aller aux mains lors d’une interview télévisée. Mais chose bizarre sur la Côte d’Ivoire, même le socialiste Jacques Lang qui se disait ami des Ivoiriens a changé de veste parce que la patrie française appelle ses enfants à s’unir pour mettre le pays de l’Eburnie à genoux. Je veux savoir ce qui se cache derrière cette bien curieuse et soudaine fraternité française.

Gbassikolo.com : Un journaliste n’enfreint pas à la déontologie de son métier en prenant parti ouvertement?

Camus Ali : Ecoutez avant d’être journaliste, je suis un homme et sait regarder derrière le miroir comme nous demande notre métier. Mon confrère Vincent Hugueux de l’Express a pris position pour la France et Alassane Wattara. Lui aviez-vous demandé lui qui n’est pas africain pourquoi prend-il position pour un nègre et sa patrie la France? France 24, TV5, Europe1, TF1, etc., tout est mis pour la pub de Wattara vous leur aviez demandé ce qui les motive à prendre la cause de Wattara? D’ailleurs quelque part, il faut lire entre les lignes. Fouiller, observer. Depuis que j’observe et je fouille sur la Côte d’Ivoire, j’ai l’impression qu’il y a une conspiration internationale. Je ne suis pas du genre à m’aligner derrière la bêtise. Je ne suis pas un mouton de panurge.

Gbassikolo.com : Au Togo, beaucoup de vos confrères écrivent pour Wattara….

Camus Ali : Vous dites bien au Togo ! Je respecte bien les mecs, les confrères, et je sais qu’ils travaillent dans des conditions pitoyables et rudimentaires. Vous savez, en Suède vous avez droit aux archives des ministères, des banques, des sociétés, de la cour royale pour faire un article. De même, en France, en Allemagne vous avez à peu près les mêmes droits pour sortir votre papier. Tandis qu’au Togo tout part de la rumeur. Du « bouche à oreille ». Quand au Lynx, on écrit sur des choses qui se passent au sommet de l’Etat, personne ne nous croît. C’est dire que si ce qui se dit sur le Togo ne rime pas avec la rumeur alors c’est du mensonge. Qu’il me soit permis de remercier feu Atsutsé Agbobli qui m’a dit de rentrer au Togo, de m’installer et de mettre ma plume pour l’investigation… Revenons un peu sur Wattara qui fait des fans parmi mes confrères. Je veux les envoyer tous à leurs expériences personnelles, aux écrits des africanistes comme Francois-Xavier Verschavé, Odile Biyidi, Mongo Beti, Pierre Péan, Joseph Ki -Zerbo… et attirer leur attention sur la politique française en Afrique et d’apprendre à l’étudier et à la connaître. Quand ils réuniront tous ces aspects, il se peut qu’ils se reconvertissent un jour. Et vous n’allez pas demandez aux confrères de se tracasser pour en savoir plus. Les moyens font terriblement défaut.

Gbassikolo.com : Et vous pensez vous installer au Togo pour travailler et écrire beaucoup?

Camus Ali : Le journaliste n’a pas besoin d’être au Togo, en France ou en Côte d’Ivoire pour savoir ce qui se passe sous le lit de Sarkozy, Obama, Gbagbo ou de Faure. À l’école de journalisme de Paris, on nous a appris à faire des recoupements à des milliers de kilomètres de notre lieu de travail, de notre maison. Pour autant, je suis Togolais et je rentrerai quand je veux.

Gbassikolo.com : Vous n’avez pas peur pour votre sécurité ?

Camus Ali : Qui ai-je tué ou fait du mal au Togo pour avoir peur ?

Gbassikolo.com : Votre confrère Atsutsè est mort sans avoir tué un Togolais….

Camus Ali : Allez demander au pouvoir de Lomé ce que ce grand Homme a fait pour mériter la mort. Ecoutez pour être franc je n’ai pas des habitudes dans la vie et je mets 95% des chances de vivre de mon côté. Les 5% restants sont pour ceux qui pensent que je suis si important pour être tué.

Gbassikolo.com: Revenons à la Côte d’Ivoire. Vous titrez dans un article « Gbagbo seul contre tous ». Pourra t-il s’en sortir face à la communauté internationale?

Camus Ali : Vous savez, l’africain a un faible et une tare qui lui colle à la peau : l’oubli. La Communauté Internationale avait pratiquement détalé et capitulé devant le génocide rwandais. Si Paul Kagamé n’avait pas pris sur lui d’oublier pour un petit temps soit peu cette Communauté Internationale, le Rwanda n’existerait plus sur la carte du monde. Il faut le marteler. Quand Faure capte en 2005 le pouvoir et tue 1000 togolais, cela n’émeut personne si ce n’est une reconnaissance pour avoir martyrisé son peuple en plus. Quand Blaise Compaoré se fait réélire avec 84% au 21° siècle cela paraît normal. Aussi rappelez-vous quand le général Ibrahim Mainassara a été tué lors d’un coup d’Etat, cette communauté internationale avait condamné, détalé et mis le Niger au banc des accusés. On ne sait comment et quand ils ont fait un feed-back pour revenir dans ce pays. Comparé le Rwanda, le Togo à la Côte-d’Ivoire qui regorge de tout et de tout Laurent Gbagbo peut mieux s’en sortir. Ecoutez il y a les pays émergents, Brésil, Inde, Indonesie, Thailande, Afrique du Sud… et il y a la grande Chine avec la Russie. A quelque chose malheur est bon. Tous les pays francophones ont essayé avec la France et l’Europe. Le bilan de 50 ans d’indépendance et d’amitié dans les affaires est bien là. Alors si Gbagbo veut essayer avec les autres pour 50 ans aussi, je suis sûr que personne en Afrique ne le reprochera d’avoir essayé. Et on ne force personne pour être ami des ivoiriens selon un confrère ivoirien. Et tout dépend de Gbagbo. A lui de rentrer dans l’histoire en prouvant qu’il peut mieux faire pour son peuple même sans l’aide des prédateurs, des pays qui pensent encore que l’Afrique ne peut survivre sans leurs aides et que eux ils peuvent vivre sans les ressources naturelles de l’Afrique.

Gbassikolo.com : Les risques d’éclatements des violences en Côte d’Ivoire sont bien là?

Camus Ali : Oui le pays est plus que sur une corde raide parce que divisé en deux. Mais ce n’est pas Laurent Gbagbo qui va tirer le premier parce que il n’a pas besoin de la guerre actuellement pour diriger la Côte d’Ivoire. On l’oublie le plus souvent. Dans le livre de Guillaume Soro il intitule lui même : « Pourquoi je suis devenu rebelle ». Apparemment ce n’était pas la bonne solution la guerre puisque à la fin il est le grand perdant, les morts en plus. Mais si la rébellion du nord veut la guerre, les autres ne se laisseront pas faire. Pour moi ce n’est pas la guerre qui est le problème à partir du moment que L’Europe et la France aussi ont écrit leur histoire dans le sang. Si c’est le prix à payer pour une Côte d’Ivoire libre et prospère nous prendrons acte!

Gbassikolo.com : Vous faites trop d’yeux à Laurent Gbagbo?

Camus Ali : Soyez plus explicite

Gbassikolo.com : Sa politique est décriée par le monde entier

Camus Ali : Et laquelle dans ce monde est la bonne ?

Gbassikolo.com : Merci Camus Ali

Camus Ali : C’est moi qui vous remercie

Une interview réalisée par Ismael Souare

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