Cameroun. Mgr Samuel Kléda: « Nos dirigeants sont membres des sectes »

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A la faveur de l’actualité liée à la tenue de rencontre des adeptes de la franc-maçonnerie au Cameroun, l’Archevêque métropolitain de Douala dénonce l’amalgame entretenu par certains individus.

La rose-croix, la franc-maçonnerie et autres sectes du même ordre brandissent la Bible et citent en abondance les évangiles et les psaumes. Peut-on leur faire confiance à ce sujet ?

Dans l’évangile selon saint Luc, nous lisons : « Puis, le diable conduisit Jésus à Jérusalem, le plaça sur le faîte du temple et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges afin qu’ils te gardent » (Ps 91,11). A la lumière de ce texte, nous pouvons dire que la Bible peut être utilisée par n’importe qui, même par le diable. C’est la manière de l’utiliser qui détermine tout. En effet, toutes les sectes font habituellement référence à la Bible. Or, la plupart des temps, il est purement et simplement question de la manipulation de la parole de Dieu pour étayer par des simplifications abusives les projections de leurs idées sur certains passages.

Au lectorium rosicrutianum en l’occurrence, il est dit aux adeptes que cette branche de la rose-croix est une bénédiction divine car le Fils de Dieu y est la principale cause, le principal moteur. Quel sentiment cela vous suscite-il ?

La rose-croix nie la divinité du Christ. Le christianisme y est rejeté au prix d’un humanisme arrogant. Elle procède par des propos flatteurs et mensongers. On ne doit accorder aucun crédit à cela. Ils tentent en vain d’instrumentaliser la personnalité de Jésus Christ pour fonder leurs idéologies, et berner les chrétiens peu informés. De tels propos sont une ingérence prétentieuse dans le domaine théologique et catéchétique où ils n’ont aucune compétence.

Ailleurs à la franc-maçonnerie, il est dit aux adeptes qu’ils peuvent être membres de sectes et être chrétiens. Cela est-il possible ?

Il revient à la hiérarchie de l’Eglise catholique de dire si oui ou non, l’appartenance à l’Eglise catholique est compatible avec l’affiliation à la franc-maçonnerie. Il ne revient pas aux francs-maçons de le dire. Une fois de plus, il s’agit d’une ingérence prétentieuse dans le domaine théologique. On ne peut pas être à la fois membre d’une secte et chrétien catholique.

La chapelle religieuse à laquelle vous appartenez est farouchement opposée à la rose-croix, la franc-maçonnerie, etc. Pourtant, à en croire le journaliste anglais David Yalop dans son ouvrage « Au nom de Dieu » paru au lendemain de la mort en 1979 du pape Jean Paul I, ce journaliste dit avoir décelé au Vatican des cardinaux membres des sectes citées plus haut. Votre commentaire.

Votre expression, chapelle religieuse, pour désigner l’Eglise catholique n’est pas juste et respectueuse. On ne peut pas dire de l’Eglise catholique qu’elle est une chapelle religieuse. Vous utilisez là le langage des sectaires. Ce n’est pas la première fois qu’on entend que tel prêtre, évêque ou pape est rosicrucien ou franc-maçon. C’est souvent pour sécuriser la conscience des chrétiens. Notre foi ne doit pas reposer sur un homme,  mais en Jésus Christ. Il appartient aux chrétiens de choisir entre l’Evangile de Jésus Christ et les paroles enjôleuses des mécréants qui les conduisent au naufrage de la foi.

Selon vous, quelle est la face cachée de la rose-croix et des sectes de cet acabit ?

Toutes ces sectes gardent un grand secret sur leur doctrine et sur leurs actions. Les livres qui contiennent tout cela sont tenus secrets. Ils ne sont lus que par les membres. Ici, tout évolue dans l’ombre et ne peut produire que des œuvres de ténèbres. Le secret dont s’entourent les gourous fait leur force et leur réputation auprès des adeptes. Les sectes ont une très grande capacité de destruction ; elles aliènent des personnes par une pression morale et un conditionnement psychologique qui ne respectent pas la liberté individuelle de décision. Ce que recherchent les membres de certaines sectes, c’est le pouvoir, c’est la domination, c’est l’argent, et tout ce qui accompagne cela.

Comment comprendre la forte présence des passages bibliques lors des rites d’initiation à ces sectes ?

Je viens de dire ci-dessus que la Bible est un trésor de l’humanité. Toute personne peut l’utiliser.

L’Etat camerounais est prompt à interdire des rassemblements politiques ou des rencontres visant des revendications sociales. Jusque-là, on n’a pas entendu l’interdiction d’un séminaire, d’une conférence de presse des francs-maçons ou tous ceux qui leur ressemblent. Comment comprendre cela ? Notre Etat est-il de mèche avec ces sectes ?

Vous avez déjà donné vous-même la réponse à votre question. Beaucoup de nos dirigeants sont membres des grandes sectes historiques. Ils ne cachent pas du tout leur appartenance à ces sectes. Ceux qui viennent tenir leurs séminaires dans le pays sont invités et financés par eux. Tous les milieux politiques africains sont dominés par les sectes. Je vous renvoie au numéro 2621 de Jeune Afrique, du 3 au 9 avril 2011. Vous allez découvrir comment ces gens travaillent : gouverner nos pays selon les méthodes utilisées par les sectes.

Pendant que certains adeptes démissionnaires de ces sectes dénoncent des sacrifices qui leur sont demandés, les « maitres », eux, nient l’existence de quelconque sacrifice et disent « Dieu n’aime pas qu’on verse le sang ». Comment comprendre cette situation ?

Ecoutez, d’habitude, personne ne peut avouer publiquement qu’il est un assassin, sinon il serait poursuivi par la justice. Je crois à ce que racontent les victimes des sectes. Certains font état de comportements sexuels ou érotiques, tels que l’inceste et le viol. Beaucoup d’autres phénomènes de ce genre sont décrits par Titus Edzoa dans le livre qu’il vient de publier : Méditations de prison, pages 57, tels que boire du sang humain, pratiquer comme rituel de purification et d’allégeance l’homosexualité, déguster de la chair humaine,  etc… Je trouve tout cela horrible et inhumain.

Quels dangers représentent les sectes aujourd’hui ?

La volonté des membres de sectes est, au niveau religieux, de détruire l’Eglise et tout ce qui est moral dans notre société. Il s’agit d’un véritable projet de sécularisation, de déchristianisation et de paganisation de la société. Les sectes représentent un grand danger pour les familles aujourd’hui. Le Pape Léon XIII avait bien vu cela. Voici le plan des sectes qu’il rapporte : « Le mariage n’est qu’une variété de l’espèce des contrats ; il peut donc être légitimement dissous à la volonté des contractants. Les chefs du gouvernement ont puissance sur le lien conjugal. Dans l’éducation des enfants, il n’y a rien à leur enseigner méthodiquement, ni à leur prescrire en fait de religion. C’est affaire à chacun d’eux, lorsqu’ils seront en âge, de choisir la religion qui leur plaira. » Le Pape écrivait ce texte le 20 avril 1884. Aujourd’hui, on voit des choses plus odieuses que cela ; c’est le cas, par exemple, de l’homosexualité et de l’inceste qui s’installent partout, et constituent de véritables fléaux pour nos familles.

Au moment où certains responsables de ces sectes multiplient leurs visites et des conférences à Yaoundé et Douala pour vendre l’image de leurs loges, que doivent faire les jeunes en quête de repères et d’une place sociale ?

Les jeunes doivent être prudents et fermes dans la foi. Ils doivent aussi beaucoup s’informer. Vous pouvez contribuer à ce travail d’informations : présenter au public le vrai visage de ces sectes et les vrais dangers qu’elles représentent. Comme vous le savez bien, beaucoup de gens y adhèrent au départ par ignorance, et après ils ne peuvent plus en sortir. Un bon éclairage sur ces sectes est nécessaire pour les fidèles du Christ ; les journalistes ont à jouer un grand rôle à ce niveau.

Le journaliste anglais dont nous évoquions le nom plus haut soutient que l’Eglise catholique ne peut s’appuyer que sur le « Je vous salue Marie » pour être partout dans le monde. Une posture partagée par les membres de la franc-maçonnerie, rose-croix, etc. Que lui répondez-vous ?

On ne peut accorder la moindre importance à ce que dit une personne qui a une telle ignorance de la spiritualité et de la théologie catholiques. Les membres des sectes, quant à eux, ne peuvent que s’en réjouir. Lorsqu’on veut apprécier une doctrine à sa juste valeur, la bonne voie à suivre est d’accepter, d’une manière sincère et honnête, de l’étudier, de la connaître. Ce n’est pas cette attitude que beaucoup adoptent en ce qui concerne l’Eglise Catholique.

Propos recueillis par Aloys Onana

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